‹ Les Formes Inférieures de L'ExplicationChapitre 56 sur 194 · Lévy-Bruhl. La Ment. primit., p · texte numérisé non relu

Lévy-Bruhl. La Ment. primit., p

3. Lubbock. The Origin of civilisation, 1892, 5° édit., p. 225. 4. Sieroszewski. Op. cil., p. 231,

à qui le bien comme le mal est indifférent, le grand Inconnu lointain, inaccessible‘. Quand enfin semble poindre l’idée d’un dieu tutélaire, l’efficacité de sa providence paraît être bien peu sentie, puisqu'on ne le prie pas, qu'on ne lui dresse pas d’autels, comme si sa bonté était surtout faite d'impuissance ou plutôt exprimait une timide espérance qui n’arrive pas à triompher de la crainte.

S'il est permis de parler d’une philosophie des peuples primitifs, on peut dire qu’elle est le plus souvent pénétrée d’un pessimisme profond. En Malaisie, par exemple; « badi est le nom donné... au mauvais principe qui adhère comme un mauvais ange à tout ce qui a vie... » Mieux encore : toute chose a une influence ensorcelante ou destructrice : « un tigre qu’on voit, un arbre vénéneux sous lequel on passe, la salive d’un chien enragé, une action qu’on a accomplie? ». L’humeur anxieuse du sauvage n'est pas éloignée du tableau clinique de l'anxiété morbide. Elle comporte des réactions sensiblement analogues à celles des grands nerveux qui ont peur de tout. Et elle fait comprendre que les premières religions constituées aient été souvent cruelles. La peur rend féroce. L'horreur des sacrifices est proportionnée à l'intensité de l’effroi : déplorable cercle vicieux d’ailleurs, car l’épouvante qu’inspirent les dieux grandit avec l’atrocité du culte qu’on leur voue. Au reste, cette issue qu'a prise l'anxiété originelle n’était pas la seule et elle n’était pas fatale. En Australie et dans maintes sociétés arriérées, « les expiations cruelles… sont rela-

1. Ehrenreich. Zeitsch. f. Ethnol., 1906. Cf. Sieroszewski. Op. cit. p. 302.

2. Skeat. Malay Magic, p. 427. Cité par Lévy-Bruhl, Fonct. ment., P- 33. a

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