‹ Les Formes Inférieures de L'ExplicationChapitre 59 sur 194 · NATURE DES PREMIÈRES CAUSES · texte numérisé non relu

NATURE DES PREMIÈRES CAUSES

nies, et leur personnalité même demeurait fort vague, elle se réduisait à l’être que l’homme leur attribuait et qui était le minimum indispensable pour servir de substrat aux sentiments et aux intentions qu’il leur prêtait : le bouc émissaire des foules en proie à la colère est-il plus nettement défini et plus personnel? Le plus clair de sa réalité lui est fourni par les accusations dont il est l’objet. Il peut prendre, d’un moment à l’autre, une figure ou une autre’. Le primitif avait tout à créer et il a dû se contenter d’abord des modalités de réaction imaginative les plus élémentaires et les plus frustes. Mais pourquoi eût-il inventé des forces impersonnelles ? Ces grands phénomènes naturels qui l’éfonnaient, étaient avant tout pour lui des drames qui bouleversaiént son cœur et son esprit, et il ne pouvait recouvrer son assiette mentale, surmonter cette désadaptation profonde où il se trouvait tout à coup en face de la réalité, qu’à la condition d'imaginer au centre de ces drames des acteurs qui fussent proportionnés à l’étendue du spectacle et à l'intensité de son émotion.

Cependant l'humanité primitive a conçu des forces et même une Force, sorte d'énergie universelle qui a joué un grand rôle dans la constitution de ses premiers systèmes religieux et explicatifs. Quel est le rapport qui existe entre cette Force et les Étres-Causes primordiaux ? Procède-t-elle de ceux-ci et si elle en procède, comment s’en est-elle dégagée et qu’en a-t-elle conservé? Une rapide analyse de la notion de mana va nous permettre de répondre à ces questions.

On sait que le mana est le nom que donnent les Mélanésiens à une sorte de force magique répandue partout

Page 1