Cf. P. Fauconnet. La Responsabilité, p. 247 et suiv
ESSERTIER. 9
et capable de produire les eflets les plus divers. On retrouve cette même force, sous des noms différents, dans toutes les religions des sociétés inférieures. L'énumération a souvent été faite : wakan des Sioux, orenda des lroquois, pokunt des Shoshone, manitou des Algonquins, nauala des Kwakiutl, à quoi on ajoute moins souvent, malgré leur intérêt puisqu'ils appartiennent à des pays très différents les uns des autres, le hasina malgache, le dzo des Ewe de la Côte-d'Or, le #70 des ba-Ronga, le niyya des Musulmans, le #inh-khi annamite, le brah man hindou... Une telle universalité est imposante et il n’est pas surprenant que l’on ait pensé que la première métaphysique humaine a été une sorte d'Énergétique, dont les éléments affectifs originels n’auraient pas tardé à disparaître pour laisser la place à un système abstrait d'explication. Mais il est clair que notre concept de force physique, produit d’une longue et pénible évolution, nous offre complaisamment le moule où, sans nous en douter, nous coulons cette force mystique. Nous ne prenons pas garde, encore une fois, que rien n’a été plus difficile à l’homme que d’isoler mentalement une idée, de prendre conscience de notions qu’il appliquait avec aisance dans son action, en un mot de penser théoriquement. Ce stade auquel nous sommes toujours tentés de nous référer pour expliquer ce qui l’a précédé de très loin, est récent. La force mystique — le mana, si l’on consent à la désigner par ce nom — est quelque chose de très différent de ce que sera la force physique de la science. Sans doute, elle est bien en un sens le produit d’une généralisation. Mais cette généralisation estéminemment concrète. La force mystique, indéfinie, universelle, n’en est pas moins toute chargée des émotions, des passions, des désirs de l’homme. C’est