‹ Les Formes Inférieures de L'ExplicationChapitre 62 sur 194 · Lévy-Bruhl. La Mentalilé primitive, p · texte numérisé non relu

Lévy-Bruhl. La Mentalilé primitive, p

réduire la peur qu’inspirent les invisibles. C’est une protection définie contre un danger indéterminé. C’est aussi une protection contre la tentation qui, si l’on y succombait, pourrait provoquer ce danger. L’homme s’est entouré d’interdictions pour se rassurer, de même que l’anxieux se crée des craintes précises, des phobies, comme pour occuper et user sa propre angoisse. — Les passions de l’homme ne sont pas moins riches en mana. Un homme en colère a beaucoup d’orenda, selon les Iroquois‘. Et il n’en a pas moins, s’il est possédé par un désir violent. Le désir, nous l’avons vu, est une force irrésistible, étrangère en un sens à l'individu qu'elle anime, et qui, une fois déclanchée, va vers son but. La haine et la malédiction sont encore plus puissantes, car redoutables et redoutées, leur efficacité est certaine. L’individu menacé perd tout espoir et se résigne à son sort, comme un malade qui se sait condamné?. La peur n’a pas créé seulement les dieux : elle a créé les sorciers. Dans la plupart des cas les sorciers, que l’on pourrait appeler les maîtres du mana, sont précisément ceux qu'une singularité physique ou morale, difformité, étrangeté du regard, nervosité, souillure morale, impiété, met à part des autres, et revêt d’un prestige inquiétant.

Rien d'étonnant, dès lors, si la force mystique est tantôt bienfaisante, tantôt malfaisante. En elle-même, elle est indéterminée. Elle a l'ambiguïté de la vie affective, dont elle est le reflet. Mais jamais elle n’est réellement neutre, de même qu’il n’y a jamais une réelle indiflérence affective. À un moment donné, dans un

1. Hewitt. Orenda and a definition of Religion DS Anthropologist, 4902).

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