LE MANA
objet donné, elle est ou bonne, ou mauvaise. Chez les Mélanésiens, les plantes qui guérissent ont du mana, mais les plantes qui tuent en ont aussi‘. Le #i/0 des ba- Ronga fait vivre ou mourir, selon les cas. Les indigènes disent alors : Tilo l’a aimé, ou : Tilo l’a haï?. La « force » devient, ou redevient, un être. Une force bienfaisante, c’est un être qui fait du bien, et le sauvage dit.: qui aime. — Parfois la force magique se dédouble : ainsi les churingas australiens ont des vertus bienfaisantes. De la poudre obtenue en râclant la pierre de ces objets sacrés est un excellent remède. Mais il existe aussi une force maléfique, qui porte un nom spécial, larungquiltha. Or, ici encore, il y a une tendance à revêtir cette force de formes personnelles, puisque le même mot désigne de méchants esprits, par exemple, ceux qui causent les éclipses’. — Les Musulmans, monothéistes, ont imaginé une force bonne, qu’ils appellent baraka et qui a sa source en Dieu. Par suite, le champ laissé à la force mauvaise est plus restreint : elle est réduite aux mauvais désirs qui s’échappent de l’âme et que décèle le « mauvais œil* ».
Cependant le mana ne procure pas seulement succès et santé, et il a aussi un autre rôle que celui de provoquer, lorsqu'il estcapté pour des fins hostiles, l'accident, la maladie, la mort. En un sens, on pourrait presque dire qu'il s'élève à la dignité de notion métaphysique, puisque les Mélanésiens y voient le principe de tout ce qui vit et de la reproduction des espèces, et que, chez