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LA FORGE IMPERSONNELLE

force mystique à laquelle tous les dieux participaient. Mais la magie, en se séparant de la religion qu’elle imitait, lui a contesté la possession exclusive de la force mystique, et celle-ci, alors, a été décidément élevée audessus des dieux qui n’en ont plus été, comme les hommes, que les tributaires. La notion de mana est née de la rivalité des hommes et des dieux, rivalité inaugurée par quelques individus plus audacieux dont la conquête de la force magique consacrait l’orgueilleuse ambition, la soif de puissance, le besoin de merveilleux, la haine des limites que leur imposait le monde sensible. Le premier magicien a été le vrai Prométhée. La lutte entrela religion et la magie s’est d’autant plus prolongée qu’elles se disputaient au fond la même chose. Il est arrivé que la religion ait le dessous, ou plutôt se réduisît à une sorte de magie, comme chez les Mélanésiens, où chacun peut officier lui-même, capter le mana, s'assurer ainsi la sécurité et le bonheur. En revanche il arrive aussi que la magie crée des dieux. Certaines tribus Ewe possèdent en eflet des dzosutrowo, qui sont des « dieux issus dela magie‘ ». Ainsi l’action magique reconstitue le ciel mystique. À vrai dire elle ne l’avait jamais détruit ni seulement nié: jamais elle ne s'était complètement passé des êtres sacrés de la religion. Mais, technique fondée sur une force relativement indépendante, elle tendait à les laisser tomber en désuétude. Il faut peu de chose pour qu’elle les ressuscite : issue de la mystique, elle n’a aucune peine à y retourner.

Même tel qu’il est employé par la magie, le mana n’est donc jamais complètement abstrait et impersonnel. Et sans cesse en effet on le voit qui tend à revêtir des

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