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L’EXPLICATION MYSTIQUE

n’y a eu qu'une explication : toutes celles qui suivront, au moins pendant fort longtemps, n’en seront que des modalités, puisque toutes se référeront à la même cause. Mais alors elles ne seront rien moins que des efforts pour comprendre et savoir. Une émotion à réduire, un désir à satisfaire, tels seront les buts qui orienteront l'esprit humain à travers le dédale des phénomènes. L’homme est toujours dans la même situation que lorsqu'il a résolu, en créant des causes, les premiers problèmes. Les phénomènes, comme tels, ne l’intéressent pas. Mais ils l’arrachent à sa quiétude, ils menacent l'équilibre d’une conscience encore précaire, en même temps qu'ils fournissent des aliments à son avidité spécifique, des moyens de satisfaire ses désirs. Il ne s’agit pas pour la conscience de connaître, mais d’être : ce n’est que beaucoup plus tard qu’elle se rendra compte de toute la plénitude d’être qu’apporte le savoir. Pour le moment elle pare au plus pressé, elle cherche des satisfactions immédiatement sensibles, des affirmations qui soient hors des atteintes du doute. Et c’est dans cet esprit, c’est pour atteindre ces buts, qu’elle institue ses premiers systèmes d’explications : la magie, qui cherche à faire produire à la Causalité mystique des effets déterminés, l’alchimie, la physique mystique, qui tableront sur des vertus qui ne seront que la monnaie de la Force magique, l'astrologie, la médecine. Dès lors, il semble difficile de soutenir que ces pseudo-sciences représentent « la forme première de la pensée humaine‘ » et que les magiciens, les alchimistes, les astrologues sont les précurseurs et les pères

4, V. Frazer. The Golden Bough, I, p. 62 et suiv. — Hubert et Mauss, Esquisse d’une théorie générale de la Magie (Ann. Sociol, 1902- 1903, ch. 1).

des savants modernes. Cette manière de voir est très répandue, et il fautreconnaître que certaines apparences lui sont favorables. Mais ce ne sont que des apparences. En analysant les principales de ces modalités primitives de l'explication, en les étudiant surtout à la lumière de notre notion du problème, nous verrons s’évanouir jusqu'au semblant de science et nous comprendrons en même temps comment l'illusion à pu se produire et surtout comment ces fausses sciences, loin de préparer les voies à la vraie, ont retardé son avènement. Plus exactement, la phase de l’évolution de la pensée qu’elles représentent est moins un anneau nécessaire de la chaîne qu'une possibilité de développement dont l’homme eût pu à la rigueur, et dont il a peut-être failli se contenter. En tout cas certaines races n’ont pas évité ce danger, pas plus que certaines espèces animales n’ont évité le piège que leur tendait la matière, où ils se sont assoupis sans rémission. Dans le stade des explications du type inférieur, l’homme risquait de. s’attarder, car il n’y pouvait trouver les forces nouvelles, l’élan qui lui permettraient de faire un nouveau bond en avant, décisif cette fois, puisqu'il le menait à la vraie science.

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