‹ Les Formes Inférieures de L'ExplicationChapitre 71 sur 194 · MAGIE ET SCIENCE · texte numérisé non relu

MAGIE ET SCIENCE

n'est pas libre ; la seconde est libre, mais perpétuellement dans l'erreur.

Ainsi, la science, qui n’a pu naître, selon nous, de la technique, n’est pas sortie davantage de la magie. Considérons en effet comment raisonnent ceux qui professent cette dernière opinion. On veut que l’abus même de larbitraire renferme en soi son antidote. On assure qu'une franche erreur est souvent plus près de la vérité que certaines routines partiellement correctes : l'expérience provoquée prend sa revanche et inflige à l’imposteur involontaire de tels démentis que le redressement devient inévitable. Seules, des méprises considérables ont rendu possibles les progrès de la connaissance. Chez l’animal, l'amplitude des erreurs est faible : elle peut être énorme chez l'homme, qui a dû par suite, pour rejoindre la réalité dont il s’éloignait si fortement, recourir à la science, comme à une méthode plus efficace. On fait remarquer en outre que la magie ne se borne pas à jeter des sorts ou à obtenir, à l’aide d’incantations appropriées, des effets merveilleux. Quoique les maléfices donnent toujours, comme on l’a bien vu”, « les premières lignes de l’image que l'humanité s’est formée de la magie », et que le désir de puissance, de richesse et de bonheur fasse également partie de ses caractéristiques originelles, il reste que la magie « sculpte, modèle, peint, dessine, brode, tricote, üsse, grave * », elle triture des matières, cueille et fait bouillir des plantes, fond les métaux. Les magiciens ont peut-être été les premiers empoisonneurs, les premiers chirurgiens, les premiers métallurgistes *. Ainsi la magie

4. Hubert et Mauss. Esquisse d’une théorie générale de la Magie, in Année Sociologique, 1902-1903, p. 17.

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