‹ Les Formes Inférieures de L'ExplicationChapitre 72 sur 194 · Id. Ibid., p · texte numérisé non relu

Id. Ibid., p

ESSERTIER. 10

est, elle aussi, une technique de la matière et de la vie, mais, plus affranchie que la technique ordinaire des besoins immédiats, plus désintéressée, en un sens, ou du moins plus libre de mener à sa guise sesexpériences, elle a pu concevoir de « véritables rudiments de lois scientifiques, c'est-à-dire de rapports nécessaires et positifs que l’on croit exister entre des choses déterminées * ».

Ce faisceau d'arguments ne laisse pas, certes, d’être imposant. Mais il faut distinguer. Nous ne contestons pas ces résultats auxquels est parvenue la magie. Nous contestons seulement qu’elle les ait atteints par ses propres forces. Nous nous demandons si, parallèlement aux absurdités qu’elle systématisait sur une large échelle, un obscur sentiment de la vérité, de l’objectivité, qui ést le véritable germe d’où sortira la science, ne poussait pas l’homme à des recherches qui donnaient une apparente solidité aux aventureuses élucubrations de la magie. Il est d’ailleurs vraisemblable que ce que l’homme a recherché avant tout, ce sont des expédients toujours nouveaux en vue de prévenir ou de combattre les doutes que, malgré la force extraordinaire de la crédulité, tant d’échecs répétés devaient à la longue faire naître. Le bastion de la certitude, dans une société donnée, surtout lorsque celle-ci s’élargit et s’adjoint des éléments nouveaux, se crevasse par endroits : les fissures sont aussitôt réparées, mais à mesure qu'elles deviennent plus nombreuses, on éprouve le besoin d'employer des matériaux nouveaux, pourvus d’une solidité intrinsèque. La technique a fourni à la magie une partie de ces matériaux. D’autre part, l'intuition

Page 1