MAGIE ET, RELIGION
Mais cette opposition est factice. Le magicien en marge de la religion, ou révolté contre elle, lPimpie, le sacrilège, l’hérétique, le prêtre renégat ou excommunié, qui capte à son profit et pour satisfaire ses rancunes ou ses passions la force mystique, ne représentent qu’une certaine magie à certaines époques. Ge sont les produits d’une différenciation vraisemblablemient tardive. Magie et religion ont la même origine : toutes deux procèdent de cette mystique originelle que nous avons essayé de décrire. On ne les distingue point dans les sociétés inférieures. Toute religion est magique, toute magie est religieuse, jusque dans les sociétés civilisées : Mahomet avait des pouvoirs magiques, les sourates du Coran ont des vertus magiques': Dans l’Inde la fusion “est plus intime encore”. Il y a de la magie dans le sacrifice par lequel on cherche à se concilier les dieux, et il ya de la religion dans l’exorcisme, qui chasse par une incantation un esprit impur°. Mais là même où la magie semble avoir le caractère d’une révolte contre la religion, rien nenous autorise à voir dans cette rébellion l’aurore de la science. Sans doute, le rebelle, afin d’asseoir et d'accroître ses pouvoirs, se tourne vers la nature et la scrute avec une attention passionnée, qui n’est pas toujours stérile. Mais s’il se tourne vers la nature c’est que, mystique impénitent, il la croit pleine de vertus secrètes, toute pénétrée de cette force mystérieuse qu’il ne cesse pas d'attribuer aux dieux. Ce révolté est toujours un croyant. Exalté par son orgueil et son désir, il
1. E. Doutté. Magie et Religion dans l'Afrique du Nord, p. 66, 89.
2. À. Barth. Un ancien manuel de sorcellerie hindoue (le Kaucçika Süûtra), in Mélusine, t. X, p. 171 et suiv. — Of. W. Caland et V. Henrye L'Agnistoma, vol. II.