‹ Les Formes Inférieures de L'ExplicationChapitre 8 sur 194 · L'INTELLIGENCE HUMAINE TA SAT · texte numérisé non relu

L'INTELLIGENCE HUMAINE TA SAT

chat enfermé dans une cage. Mais si, au contraire, nous bénéficions d’une expérience suffisante, si nous disposons d’un large capital de connaissances, l'émotion est plus facilement contenue et il nous est possible de procéder à un examen objectif de la situation. Savoir est une condition de sang-froid. Mais savoir, c’est se souvenir.

Il y a plus. Chez l'animal, le problème ne survit jamais à la satisfaction de la tendance. Quand la difficulté est, vaincue, elle cesse d'exister pour lui. C’est, encore une fois, qu'il ne se souvient qu'au moment d'agir. L'homme, au contraire, se souvient encore après avoir agi; le problème ne disparaît pas de la pensée, il la hante, l’obsède. Or, à présent, rien ne presse, le danger est écarté, la faim satisfaite. En quoi consiste donc ce revenant inutile? La contrariété n'a pas disparu, mais elle a changé de nature : les choses, tout à l’heure, n’ont pas répondu à l’attente de l’homme. Il ne comprend pas, il est troublé, en suspens, il s'interroge, il se demande intérieurement : pourquoi ? À partir de ce moment, le problème, sous sa forme humaine, est né : il a un contenu spécifique, qui est /a prise de conscience de quelque chose d'insolite comme tel, accompagnée d'une sorte de malaise mental, et non plus seulement organique, qui subsiste jusqu’à ce que cet inconnu ait été ramené à du familier.

. C’est que les phénomènes extérieurs ont cessé d’être pour l’homme ce qu'ils sont toujours pour l'animal : de simples moyens dont la fin est la satisfaction des tendances organiques. Ils ont une existence propre, ils forment dans la mémoire des enchaînements stables. L'expérience vécue s’ordonne en souvenirs dont les différents degrés sont comme la transposition originale

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du relief des choses et des événements. À chaque instant de sa vie, l'homme croit qu’il a tout embrassé de ce qui tombe sous ses sens, et lie une gerbe définitive. Le problème est précisément le trouble qui s'empare de Jui lorsque son attente est déçue et qu’il est en présence d’un événement ou d’une situation qui résiste à tous les efforts qu'il fait pour l’incorporer à son système de Funivers. L'insolite jette le désarroi dans la conscience qui ne peut ni l’expulser, ni l'ignorer. Il ÿ a bien là toujours désadaptation. Mais cette fois, tout semble se passer comme si c'était la conscience elle-même qui serait désadaptée par rapport à ses propres représentations. Il ne lui suffit pas de s’être tirée d’aflaire, il lui faut remettre de l’ordre en elle-même, reconstituer, en faisant leur place aux éléments nouveaux, les synthèses menacées. La solution choisie au moment de l'action n’a pas été nécessairement la meilleure ; il fallait parer au plus pressé. Les divers partis qui se sont présentés alors n’ont pourtant pas été oubliés : ils sont essayés à leur tour, mais cette fois à tête reposée. Beaucoup d’inventions sont peut-être nées ainsi d'exercices gratuits ou même de jeux désintéressés. Les flammes allumées accidentellement par la foudre ou les laves brûlantes des volcans!, ou même l'étincelle jaillie du choc de cailloux violemment heurtés, n’ont sans doute pas donné directement à l’homme l'idée -de faire du feu. Mais peut-être s'est-il amusé — et telle serait la plus ancienne forme de l’expérimentation — à frotter des silex pour en tirer à nouveau l’étincelle qu’il avait produite une première fois par hasard, puis à essayer la même opération avec d’autres substances, par exemple

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