Fossey. Op. cit, p
lapidée comme sorcière. Pas n’était besoin même d’avoir accompli réellement des actes de sorcellerie — saint Thomas admettait que le pacte avec le démon pouvait n'être qu'implicite — ni d’avoir été pris en flagrant délit : une dénonciation, le plus souvent anonyme, suffisait, la torture faisait le reste et arrachait au patient de pseudo-aveux. Quand les malheureux s’avisèrent de dénoncer comme complices leurs propres juges, ceuxci les suivirent sur le bûcher. Maintes fois d’ailleurs, sous Peffet de l'épreuve et des tortures, des vocations se déclaraient et des innocents s’accusaient ‘. Cette gigantesque psychose collective fit, dit-on, dix millions de victimes”. Le « siècle des lumières » n’en fut pas entièrement délivré. Il est impossible de passer sous silence des faits de cet ordre : leur masse même et leur durée sont des arguments.
Toutefois, c’est assez marquer l’importance primordiale de cet aspect dramatique où émotionnel de la magie. Nous avons suffisamment fait voir qu’il domine toutes ses démarches et nous pressentons qu’il commandera toutes ses explications. Mais le drame magique, que nous avons porté à dessein à son plus haut degré, ne doit pas nous faire méconnaître /a discipline magique.
Partout, en eftet, où la magie à pu échapper aux causes qui la font dégénérer en un délire collectif d’orgueil et de terreur et la livrent aux névrosés, aux fous, aux criminels, elle est restée dans des limités précises et elle a assumé un rôle social qui la préservait contre
4. 3. Tuchmann. Op. cit., p. 713 et suiv. Nombreux textes cités. 2. A. Rhamm. Hexenglaube and Hexenprozesse, 1882, p. 64.
les excès et l’obligeait à une discipline très stricte. Le groupe entend ne pas sombrer dans les abîmes de la folie et des excès de tout ordre, et il n’est rien qu’il ne réglemente plus rigoureusement que ce qui, étant de nature particulièrement affective, est susceptible de dégénérer en licence. Mais même dans les cas où la magie n’a eu qu'un Caractère individuel, des raisons internes l’ont contrainte à s'imposer des règles sévères.
Le rôle social de la magie a été bien mis en lumière. Nous ne nous y attarderons donc pas. « L’esprit est peuplé de craintes chimériques qui ne proviennent que de l’exaltation mutuelle des individus associés. » La fonction du magicien est d'obtenir la réduction de ces états émotionnels. Il n’y parvient, au fond, qu’en créant d’autresétats émotionnels qui leur font contrepoids. La cérémonie magique a pour but de provoquer un paroxysme affectif à la faveur duquel les énergies spirituelles se trouvent décuplées — énergie combative chez le magicien qui lutte contre les invisibles — énergie de désir et de foi chez les spectateurs qui soutiennent le magicien dans l'épreuve et l’aident à en triompher. « Derrière le sorcier qui suit son bâton, il y a l’anxiété du village en quête de sources”. » Il sent qu'il a la charge de cette anxiété, il sait aussi parfois que l’échec pourrait lui coûter cher. Aussi il est résolu et exalté, mais prudent. Il a conscience que l’entreprise est sérieuse et il y apporte tous ses soins. On sait d’ailleurs que dans les sociétés primitives n’est pas magicien qui veut. Il y faut des prédispositions, des signes. Il faut ensuite une longue, minutieuse et pénible éducation pour que s’affirment