‹ Les Formes Inférieures de L'ExplicationChapitre 81 sur 194 · Id. lbid., p · texte numérisé non relu

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et se développent les merveilleux pouvoirs ‘. L’apprentissage dure parfois des années, le futur sorcier est retranché du monde, soumis à des jeûnes et à des mortifications sévères : émacié, fiévreux; il a des hallucinations et découvre un jour les « fantômes » annonciateurs; il sait alors que la communion avec les esprits, avec la force mystique, est réalisée, et qu’il pourra assurer le bonheur et la sécurité du groupe. Aussi en devient-il souvent le guide spirituel, et ce ne sont pas seulement des vertus magiques qui sontexigées de lui, ce sont aussi des qualités morales. Le chamane sibérien doit « être sérieux, avoir du tact, savoir convaincre son entourage ; surtout il ne doit pas se montrer présomptueux, fier, emporté. On doit sentir en lui une force intérieure qui ne choque pas, mais qui a conscience de sa puissance”... » Le magicien est l’homme fort, l’homme qui guérit, l’homme qui peut parce qu’il sait : son maintien grave, l’énergie de ses traits et son calme silencieux décèlent l'étendue de ses pouvoirs et de son savoir, et rassurent la collectivité. |

Mais le besoin d’une discipline a eu des effets plus importants chez le magicien qui opère en dehors du groupe. Cette discipline ne lui étant pas imposée, il a dû la découvrir lui-même, il en a pris conscience, et il s’est acheminé vers la forme intellectuelle de la discipline : /a méthode. |

La magie est l’art d’amener l’invisible à se mettre au service du désir. Or, seuls les enfants ou les simples d’esprit, se figurent que la réalité se plie aux caprices de leur rêve. « Montrons à un eidétique une pomme et une canne à poignée courbe : dans l’image eidétique,

1. Hubert et Mauss. Mélanges d'Hist. des Relig., p. 144 et suiv. 2. Sieroszewski. Op. cit., p. 318-319.

la canne accroche la pomme et le tout glisse vers le sujet. Présentons-lui une pomme et une ficelle : il arrive que la ficelle, dans l’image eidétique, forme boucle autour de la pomme et que le tout se transporte vers l’enfant sans même que la ficelle perde ses sinuosités et se tende... Si, entre la pomme et l’enfant, on intercale une caisse, la pomme n’en glisse pas moins vers le sujet et disparaît derrière la caisse et la contourne”. » Rien, on le voit, dans ces expériences, ne vient atténuer la toute-puissance de l'imaginaire. Presque aussi complète est la docilité des choses dans les contes que l'enfant se fait à lui-même. Mais, même sur le monde des perceptions réelles, l'imagination promène la baguette enchantée : les magnifiques oiseaux et les superbes papillons des livres paternels reprenaient vie, raconte Edmund Gosse dans ses souvenirs d’enfance, ets’envolaient de la page, laissant des trous derrière eux°. Une fillette joue chez elle à la petite école, en face de chaises vides; elle donne des bons points à ses amies, des mauvaises notes à celles qu’elle déteste; elle est persuadée que le lendemain en classe les premières répondront bien, tandis que les secondes seront punies”. Une autre demande que l’on change en les cuisant des épinards en pommes de terre*. Mais cette naïve magie n’est pas la seule que les enfants connaissent. La conscience enfantine retrouve parfois spontanément les attitudes originelles. Le petit Edmund Gosse ne croit pouvoir découvrir « le grand mystère », qui lui per-

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