P. Quercy, Les Eidéliques (Journal de Psychologie
2. Edmund Gosse. Père et Fils. — Cité par J. Piaget. La Représentation du monde chez l'enfant, 1926, p. 119-120.
3MPiaget Op cit, pi uA2T.
4. Id. 1bid., p.137. — Cf. Delacroix. La Religion et la Foi, 1924, p. 27- 42. |
| ESSERTIER. 11
mettra de régner sur un monde merveilleux, qu’au prix d'opérations difficilesetcompliquées, comme de compter, sans se tromper, jusqu'à un nombre très élevé, ou de mortifications douloureuses‘. L’effort et la souffrance sont les justes rançons des joies attendues ou des périls écartés. L’enfant retrouve dans sa tendresse alarmée le sacrifice propitiatoire des premiers hommes : pour sauver sa mère, gravement malade, une fillette jette au feu sa plus chère possession, un petit cheval de bois brun, couvert de « vrais cheveux” ». Expédient qui rassemble dans une intime union la magie et la religion : ne serait-on pas en présence de l’acte pur de la mystique primitive ?
Précisément parce qu’elle est essentiellement émotive, toute magie, comme toute mystique, tend à s'organiser. Pour durer et porter des fruits, le pathétique a besoin d’une certaine méthode. Le magicien réfléchi a conscience de la difficulté de la tâche. Entre son rêve et la réalité, il mesure l'écart. Il n’ignore pas qu'il est considérable. Cela même, au lieu de le décourager, l’exalte. Il sait que ce qu'il attend de son art n’est rien moins qu'ordinaire. La route est hérissée d’obstacles, mais le but est assez beau : il justifie les plus grands efforts. Est-ce à dire que le magicien ne soit pas dupe de son désir? Il l’est, au contraire, plus que jamais. Il ne fait des concessions à l’expérience que pour mieux renforcer sa conviction : ce sont des garanties contre le doute que pourraient faire naître en lui et chez les autres les échecs et la lenteur de l’entreprise. Il ne contient son ardeur que pour en mieux assurer l’efficacité. Mais enïin il la contient. Et c’est là ce qui est