‹ Les Formes Inférieures de L'ExplicationChapitre 83 sur 194 · Id. 1bid., p · texte numérisé non relu

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important, si l’on songe que ce sont les « freins », Les pouvoirs d’inhibition et de contrôle, qui font le plus défaut à la conscience primitive. Quand le magicien réagit sur son désir et le contraint à se replier sur luimême, à se dissimuler, à attendre, il opère une première concentration de ses énergies mentales, il se les assujettit, il prend conscience de son pouvoir et, en en prenant conscience, il l’affermit, Mieux encore, dès qu’il sent qu’il peut en disposer, il en use, il l’exerce et cherche à l’accroître, ne fût-ce que pour se donner à lui-même le sentiment de sa force. Mais cette force est d’une nature particulière : elle dompte des désirs pour mieux enchaîner des pensées. Est-il excessif de prétendre que le magicien a dès lors tout au moins le pressentiment des bienfaits de leffort intellectuel, qu’il y voit une condition de succès etqu'’il en vient à le rechercher, si pénible qu'il soit ? Tel serait dans ce cas son premier trait commun avec le savant. Le magicien ne doit pas connaître le découragement. A lui comme à l’alchimiste s'applique cette règle d’un traité attribué à Albert le Grand : il doit être « un travailleur assidu, persévérant, infatigable et tenace ‘ ».

D’autre part, dans la mesure où cette concentration de l'esprit diminue la spontanéité des tendances, elle augmente la part du réel : si mince soit-elle, aucune conquête sur l'imaginaire n’est à dédaigner. Dans le lent progrès de l’humanité vers la science, les plus petites variations ont leur prix. Or, précisément, l'effort intellectuel nouvellement découvert ne pouvait trouver un meilleur point d'application que la nature : le magicien se mit à la fouiller avec une inlassable obstination. Il

4. Lynn Thorndike. À History of Magic and Experimental Science, 4993, t. IT, p. 572.

apprenait ainsi à la connaître en elle-même, sinon pour elle-même. Technique, au moins en partie, de la matière, la magie devait nécessairement contracter quelquesunes des habitudes de positivité des techniques matérielles.

Ainsi de deux côtés à la fois le magicien, par un effet naturel de la discipline qu'il s’est imposée, s’avance vers la science. Mais il en demeure encore immensément loin, car cette discipline, en exaltant sa conviction, par les restrictions mêmes et les précautions dont elle l'entoure, le confirme dans son illusion fondamentale. Parmi tous les expédients destinés à triompher du doute, elle est en définitive le plus efficace. Elle en triomphe directement, en donnant au sujet le sentiment d’une force intérieure dont il est le maître et avec laquelle il peut vaincre toutes les difficultés, et indirectement, en feignant de se soumettre docilement aux obstacles que soulève la réalité, d'accepter de passer par ses fourches caudines, de prévoir des échecs partiels et de reculer le succès dans un avenir éloigné. A le bien considérer, ce n’est qu’une ruse de guerre : le désir joue avec la réalité, mais il entend bien la supplanter finalement. L'essentiel est la certitude, non la vérité. Nul n’a mieux indiqué le sens et la portée véritables de cette attitude mentale que Roger Bacon, lorsqu'il a défini, dans un texte connu, les conditions de la réussite des opérations magiques : celui qui veut vaincre la nature, par exemple rendre mortelle la maladie d’un ennemi, doit y penser fortement, la désirer ardemment, l’attendre avec certitude, la considérer avec force comme possible!.

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