‹ Les Formes Inférieures de L'ExplicationChapitre 99 sur 194 · Id. De veget. et plantis, V, n · texte numérisé non relu

Id. De veget. et plantis, V, n

4. Id. Ibid, VI, u, 33. — Cf. l'invocation du Rig Veda (V. 40) : « O plantes aux cent puissances. ».

rons, réalisera plus complètement le rêve de la conscience primitive : sa pierre, vraiment magique, donnera la richesse, la santé, la jeunesse, la science. Tel le churinga australien : « Il a toute sorte de propriétés merveilleuses : par attouchement, il guérit les blessures, notamment celles qui résultent de la circoncision; il à la même efficacité contre La maladie ; il sert à faire pous- . ser la barbe; il confère d'importants pouvoirs sur l'espèce totémique dont il assure la reproduction normale; il donne aux hommes force, courage, persévérance, déprime, au contraire, et affaiblit leurs ennemis”. » Sans doute, au Moyen Age, l’homme, et surtout le « savant », se sent moins à l’aise dans l’absurde : l’image raisonnable de l'univers que lui ont léguée les anciens contient sa crédulité et sa puérile impatience plus que ne le fait la réalité elle-même. Mais l’explication ne varie pas : elle se complique, elle a recours à des subterfuges, elle utilise des détours, elle ne change pas quant au fond. — Ainsi on ne nie pas le pouvoir des démons, mais on le « discute ». Il leur vient, selon certains, de la combinaison des vertus occultes et de l'influence des étoiles. Les démons connaissent très bien le rapport mystérieux qui unit le monde céleste et le monde terrestre. Cette science, qui leur permet de faire des miracles, fait défaut à l’homme : de là vient qu’il a tant de peine à pénétrer les secrets de la nature des corps. La physique des vertus occultes ne se suffit pas à elle-même : elle a besoin d’une science plus haute et plus cachée, l'astrologie. Au demeurant il faut croire, car les causes dernières nous sont cachées et nous ne pouvons que les supposer. Tels sont les faux-fuyants

1. Durkheim. Les Formes élémentaires de la vie religieuse, p. 170,

de l'explication per virtutes occultas. Mais elle prétend trouver le meilleur de son crédit dans une espèce de méthode de recherche à laquelle nous conserverons son nom latin, le mot moderne auquel il correspond n’ayant pas du tout, quoi qu'on puisse penser, le même sens : l'experimentum.

La notion d’experimentum a dominé une grande partie du-Moyen Age. Toutefois, on la rencontre surtout au xm° siècle. On la rattache ordinairement au nom de Roger Bacon, parce que le célèbre moine a donné à la sixième partie de son Opus Majus, où l’on à cru voir à tort la dernière et la plus importante partie de l'ouvrage, le nom de scrientia experimentalis. Or, non seulement Roger Bacon n’a pas inventé cette notion, mais encore il n’y a rien ajouté d’essentiel. On la trouve chez maints penseurs du siècle précédent, chez Constantin l’Africain, Adélard de Bath, Bernard Silvestre. Pierre d’Espagne‘ célèbre longuement la via experiment et son importance pour la science médicale lorsqu'elle est combinée avec la via rationis. Il estime que l’experimentum est triple : méthode de découverte, il précède la science ; méthode d'exposition, il l’accompagne ; méthode d’application à la vie pratique, il la suit.

La notion a, on le voit, une très large compréhension. Toute recette de médecine, tout remède est un experimentum (c'est d’ailleurs dans l’art médical qu’il faut en chercher l’origine). Le même mot est appliqué à une

1. Commentarium.… Petri hispani.. super librum dietarum universalium Isaac (Edition des œuvres d'Isaac, Lyon, 4545). — Voir Thorndike. Op: cit. IL, p. 508-509.

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