HISTORIQUE
A. La description de la chlorose légère des jeunes filles
La chlorose légère est signalée par la plupart des auteurs anciens ; mais c'est à notre connaissance, Hayem qui, le premier, en a donné une description minutieuse.
1° La description d'Hayem
Dans son traité Du sang de 1889 G. Hayem écrit « La chlorose légère » se montre dans deux circonstances différentes : chez les Jeunes filles déjà réglées ou chez
des aménorrhéiques.
a) Chlorose légère des jeunes filles réglées.
« Un certain nombre traversent l’époque de la puberté avec une certaine difficulté, sans devenir franchement malades.
« Elles sont en général assez robustes et bien constituées ; mais presque toujours elles ont grandi rapidement et d'enfants sont devenues jeunes filles en quelques mois.
« Les premières menstruations, parfois douloureuse: et assez abondantes, ont achevé de les fatiguer et de le; abattre. |
« L'appétit est devenu capricieux, les digestions moins
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bonnes, le sommeil moins réparateur. Souvent même il y a dégoût pour les aliments et quelques troubles digestifs plus marqués, tels que gastralgie, p ostation per dant la digestion, étourdissements et même vertiges et signes non équivoques d’atonie stomacale avec ou sans dilatation.
« En même temps le caractère est devenu difficile, un peu sombre ou morose : les jeunes filles s'ennuient, rien ne leur plaît, elles sont nerveuses, agacées, difficiles, pleurent et rient facilement sans motifs sérieux ; elles paraissent sur le point de devenir hystériques.
« Elles ont de fréquents maux de tête, de l’inaptitude au travail; leurs traits sont tirés, fatigués, leurs yeux cernés.
« Il existe évidemment un certain degré d’anémie battement de cœur sous l'influence de tout exercice violent, essoufflement facile, décoloration plus ou moins marquée des téguments, surtout autour de la bouche, légère décoloration des muqueuses.
€ Cependant à l’auscultation il est rare de trouver un souffle cardiaque ; quand il existe, il est doux, faible et siège à la base et à gauche.
« Mais presque toujours on constate un léger frémissement cataire dans la jugulaire droite, correspondant à un bruit de rouet continu avec renforcement ; eXCepPtionnellement on ne trouve dans les vaisseaux du cou qu'un chant musical sans frémissement cataire.
« L'examen du sang montre que l’anémie est peu prononcée. Le nombre des globules varie de 3.500.000 à 4.500.000 et la valeur globulaire oscille entre 0,85 et 0,70. Les altérations des globules rouges restent faibles.
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« En un mot, ces jeunes filles sont en quelque sorte menacées de chlorose.
« Il en est quelques unes qui entrent ainsi peu à peu dans la maladie et présentent au bout de quelques mois, parfois même de quelques années seulement, tous les signes d’une chlorose confirmée. Ces faits s’observent surtout dans la classe pauvre, lorsque les jeunes filles continuent à travailler malgré leur état de santé précaire et se trouvent dans de mauvaises conditions hygièniques.
«€ Mais dans la classe aisée il n’est pas rare de voir Les jeunes malades s'arrêter pour ainsi dire définitivement sur le seuil de la vraie chlorose.
« Pendant plusieurs années, elles sont dans un état d'équilibre instable, à chaque instant la balance paraît pencher du côté de la maladie ; mais enfin cette maladie reste à l’état d’ébauche elle ne se réalise pas franchement.
« Pour nous, médecins, il s’agit d’une véritable maladie mais d’une forme légère, et qui reste définitivement telle.
« La plupart des jeunes filles qui ont été atteintes de chlorose légère sont devenues plus tard parfaitement bien portantes.
« La maladie débute vers l’âge de 15 à 16 ans et se termine à l’âge de 20 à 22 ans.
b) Chlorose des aménorrhéiques.
« Au point de vue des symptômes, cette forme de chlorose ne diffère pas de la chlorose légère des jeunes filles réglées, précédemment décrite. Mais c’est à dessein que nous l’avons placées à part, pour bien mettre en évidence l'influence de la menstruation sur le développement de l'élément morbide le plus important de la mala-
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die, c’est-à-dire l’anémie. Il semble, en effet, que l’ensourdissement de l'appareil génital interne soit une sauvegarde contre la chlorose intense.
« Lorsqu'elle est définitive par suite de l’agénésie des organes génitaux internes, la maladie n’est pour ainsi dire pas capable de dépasser le premier degré ; lorsqu'elle est temporaire et due seulement à un retard dans le développement des fonctions sexuelles on voit la chlorose, d’abord ébauchée, fruste, se caractériser pleinement à l’époque où les menstruations s’établissent normalement. Cette règle générale peut présenter des exceptions
« Cette forme de chlorose comprend diverses espèces de cas, mais, dans tous es cas les jeunes malades ont dépassé l’âge moyen de la puberté sans voir apparaître leurs règles. Chez les unes il s’agit d’un simple retard dans le développement des organes généraux internes; chez d’autres, en plus petit nombre, l'utérus et les ovaires ne se développeront pas, l'aménorrhée sera définitive. On peut placer dans le même groupe de fait les jeunes filles qui ont eu une ou deux ébauches de menstruation et dont les règles n'apparaîtront franchement que plus tard.
« Tous ces faits se ressemblent, non seulement par l’arrêt de développement des fonctions génitales, mais encore par l’état du sang.
« En effet, l’anémie reste légère ; elle ne dépasse pas le premier degré.
€ Sur six Cas où l'examen de sang a été fait avant tout traitement, le nombre des globules rouges était en moyenne de 4.300.000 et la valeur globulaire de 0,85. Le nombre le plus bas de globules était de 3.496.000 et la plus faible valeur globulaire de 0,70 ».
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2° La description d’Aubertin
Dans le nouveau traité de médecine 1927, Aubertin et Mouquin consacrent aux chloroses atténuées une description qui, dit notre maître M. Paul Chevalier, ne saurait être trop méditée. Ils en distinguent deux variétés :
1) « Chlorose fruste. — C’est celle qu’on rencontre actuellement dans les consultations hospitalières ; encore faut-il se donner la peine de la rechercher par l’auscultation des jugulaires et, l’examen du sang. Ce sont en effet des jeunes filles qui n’ont pas l’aspect classique des chlorotiques, qui se plaignent de palpitations, de troubles digestifs, de fatigue générale, d'aménorrhée, de céphalée, de « douleurs dans le dos », de névralgies diverses. Le souffle jugulaire est facile à constater donnant soit le bruit grave de diable ou de rouet, soit le bruit de mouche. Le chiffre globulaire ne descend guère au-dessous de 3.800.090, l’hémoglobine oscillant de
60 à 80, de sorte que la valeur globulaire n’est diminuée
que de 0.80 à 0.70. Les légères modifications sanguines et les souffles jugulaires disparaissent ou s’atténuent considérablement à mesure que le repos, l’alimentation carnée et la médication ferrugineuse ont fait disparaître les troubles fonctionnels (Fiessinger) »,
2) « Chlorose sans anémie. — Nous touchons ici au point le plus délicat de la chlorose.
« Depuis que nous nous sommes attachés à étudier le
sang dans les cas de chlorose cliniquement typiques, nous
avons été frappés de la rareté extrême de l’anémie purement hémoglobique classique, ainsi que de la fréquence des anémies modérées, des anémies mixtes (à la fois
globulaires et hémoglobiques), des anémies presque exclu-
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sivement globulaires. Mais la constatation la plus surprenante que nous avons faite est certainement celle d’une chlorose sans aucune modification sanguine, ni globulaire, ni hémoglobique.
« Malgré les constatations négatives de l’examen du sang, étant donné la netteté des signes cliniques, nous avons cru bon d’instituer le double traitement martial et ovarien et nous avons vu guérir rapidement les malades et disparaître les signes fonctionnels et les signes physiques de l’état chlorotique.
« Il s’agit dans nos observations, de jeunes filles de 15 à 25 ans, vierges, consultant pour fatigue, irritabilité, céphalée ou vertiges ; parfois elles se plaignent de dyspnée d'effort, parfois les palpitations étaient le symptôme prédominant.
« Les troubles menstruels étaient constants et très intenses, soit disparition complète des règles, soit irrégularités considérables avec de temps en temps règles. abondantes. La pâleur de la peau et des muqueuses était notable, mais sans bouffissure ni reflet verdâtre; les souffles cardiaqus et jugulaires étaient intenses et ne différaient en rien de ceux de la chlorose type. L'examen chnique et radioscopique permettait d'éliminer le diagnostic de tuberculose, ce qui fut de plus confirmé par l’évolution ultérieure, nos malades ayant été suivies pendant plusieurs années depuis la guérison de leur chlorose.
« Le chiffre globulaire est normal ou du moins supérieur à 4.000.000 ; le chiffre de l’hémoglobine est normal également (de 90 à 100). ainsi que la valeur globulaire ; les leucocytes sont en nombre normal, la formule leucocytaire est normale également. A la vérité, sur les lames
sèches, nous avons cependant trouvé de la poïkilocytose
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