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CHAPITRE VI

LES COMMENCEMENTS DE LA ItAISO> SPÉCULATIVE ET DE LA RAISO^ PRATIQUE

Le lyrisme du vu* et du vt* siècles continue la tradition de In danse chautée, tandis que la poésie narrative se prolonge dans les manuels des chroniqueurs géographes. Ces deux courants principaux captent et dirigent l'activité oratoire, le travail des épigrammatistes. Mais, si l'on se reporte au chapitre ii, on remarquera que la Grèce préhomérîque avait connu d'autres formes intellectuelles et verbales, l'oracle, dont il n'y a pas beaucoup à dire dans la période que j'étudie, et surtout le mythe explicatif et le dicton.

La légende naturiste des origines, partiellement enfermée dans la Théogonie, les préceptes réduits en aphorismes et recueillis dans les 'Epfa xa( ■ij-i.ip''- *« maintiennent encore, et fructifient. Une double série d'œuvres se dessine, théorifiiifs ou pratiques, et qui résument, ii celte époque, presque toute la sagesse spéculative ou appliquée des ilellèncs.

Noua aurons, d'une part ; le mythe populaire, le mythe raisonné dAcusilaos et de Phérécyde, les philosophies, de Thaïes i» Démocrite, quelques ébauches scientifiques; d'autre part, les proverbes, la morale des fables ésopiques, les maximes qu'on rapporte aux sept sages, les premières constitutions réQéchies. Cetensemblencpossèdcpoïntcoraroe lépopce une cohésion manifeste. L'unité réside dans les

concepts, et ne se rnanifeste pas au dehors; aussi les moyens d'expression seront-ils fort divers, nous rencontrerons sur notre route des traités prosaïques, des maximes, des poèmes d'apparence épique ou lyrique, des élégies. En outre cette matière intellectuelle a subi l'action de causes externes que nous devons examiner.

Naturel aux civilisations qui débutent, le goût des subdivisions nettes et des groupes homogènes a produit à plusieurs reprises des institutions analogues, castes, maitrises, confréries, jurandes. Quand elle se combine avec la prépondérance du mythe, cette force rassemble les prêtres en collèges jalousement clos, et, bien que THelIade soit beaucoup moins liturgique que Tlnde, bien plus séculière, à Dodone, à Delphes, des réunions sacerdotales eurent en commun des pratiques, l'adoration spéciale d'une divinité, sa faveur, et des traditions légendaires. Comme la Grèce aima passionnément les idées, des théories, et non plus des dogmes, possédèrent également cette vertu d'attraction, et l'esprit de secte inspira de nombreuses sociétés soit religieuses, soit laïques. Les Pythagoriciens^ les Orphiques, et par moments les Eléates se ressemblent. Intransigeants, et fanatiques, ils mélangent le rite et la doctrine ; leur confiance, qui n'exclut pas le raisonnement, en appelle vite à Tautorité ; la vérité de l'Ecole leur est si chère qu'ils n'ont pas grand souci de la répandre et la revêtent d'expressions volontairement énigmatiques.

Cette disposition reparaîtra vers la fin de l'histoire ancienne, lorsqu'une vague venue d'Orient submergera presque l'hellénisme, et je ne serais point surpris que, dès le vi' siècle, il faille recourir à cette explication. Au temps de Thaïes et de Pythagore, et en partie grâce à eux, la Grèce connut mieux les civilisations préaryennes. Or toujours elles eurent le goût des doctrines qu'on enseigne avec parcimonie, des initiations, des idées qui passent de main en main, sous le manteau. Trop vite instruites, les populations de l'Egypte et de la Chaldée ne dégagèrent point la science

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