‹ Les formes littéraires de la pensée grecqueChapitre 7 sur 18 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

A rorigine d'une littérature, ou plutôt à son deuxième stade, on trouve souvent une poésie narrative. Déjà, définissant Tépopée, j'ai cité de nombreux exemples qui confirment cette assertion, mais, ne l'oublions pas, même des peuples moins favorisés que les Hindous, les Grecs, les Français du moyen ûge, les Espagnols ou les Allemands, possédèrent soit des ballades héroïques, soit des traditions belliqueuses, matière flottante, qui n*arriva point a s'organiser. Les auteurs anonymes de la Bible racontent volontiers les prouesses d'un soldat, d*une illuminée fanatique, et la genèse de l'univers, en sorte que ce livre contient, avec des odes et d'innombrables dictons, l'Iliade et les Nibelungen des Hébreux. A Rome, la geste des patriciens, de Romulus, de Numa, d'Horatius Coclès et d'une amazone comme Clélie, fut impuissante à contenter des esprits trop utilitaires, mais elle altéra le récit des événements historiques, et trompa les érudits modernes qui voulurent découvrir chez Tite-Live un ressouvenir des aèdes latins. Quelques témoignages donnent à présumer également qu'il exista dans les plaines de l'Euphrate, en des périodes prodigieusement reculées, un rudiment d'épopée chaldéenne.

Cette inclination des primitifs vers la poésie narrative est explicable. Si mal disciplinée que soit leur intelligence, elle arrive sans peine à suivre des actes, ù disposer des phéno-

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