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CHAPITRE III

LES FORÊTS HOOILLËRES

fossileâ du cliarbon du lerre. — Formation de In houille. — Fouires !;igBnlesques, — Peclicrclics de M, Grand'Eury. — Les tloui liais de Saint- Etienne. — Darée de l'époque carbonifère.

La période carbonifère, qui continue la série des époques géologiques aux temps primaires, est sans contredît une des plus importantes et des plus curieuses de riiistoire de la terre. Les terrains liouîllers, si abondants dans les entrailles du sol, si précieux comme aliments de l'industrie moderne, sont formés de la subslance même de forêts immenses, qui ont couvert de lunrs rameaux la siu'face terrestre pendant des temps d"uiie incalculable étendue.

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La flore houillère est d'une incomparable richesse; elle a été particulièrement observée, et son étude nous permet de jeter les yeux sur un monde extraordinaire qui ne ressemble en rien à celui de notre époque.

Le terrain carbonifère doit son nom aux amas de charbon fossile qu'on y rencontre en abondance, mais on y trouve en alternance dans toute son épaisseur des poudingues, des grès et quelquefois même des schistes ardoisiers. Les assises de houille apparaissent nettement stratifiées, mais leur observation démontre qu'elles ont été soumises après leur formation à des dislocations considérables.

Ces immenses masses de charbon sont les résidus de la décomposition d'une flore extraordinairement abondante, dont les vestiges, conservés jusqu'à nous, ne nous permettent pas seulement de nous représenter les espèces végétales qui la constituaient, mais nous autorisent à faire des conjectures plausibles sur le climat de l'époque houillère et sur les phénomènes naturels qui la caractérisent ^

Les terres fermes en ces temps antiques ont gagné en étendue, principalement sur le continent européen. La température devait être élevée, l'humidité atmosphérique très-abondante. L'air était sans doute très-riche en acide carbonique, et favorisait singulièrement le développement d'une végétation luxuriante. Des pluies fréquentes apportaient encore au monde végétal l'élément de sa vie, et formaient des torrents qui glissaient

* Voyez la Houille, l'un des volumes de la Bibliothèque des merveilles.

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avec impétuosité sur le sol et entraînaient au sein de leurs eaux des blocs de pierre, des galets et des sables, que l'on trouve presque partout aujourd'hui à la base des gisements houillers. La température était égale à la surface du globe ; ce qui le prouve d'une faç^n certaine, c'est l'uniformité des débris de végétaux bouil- Icrs; les mêmes plantes se retrouvent dans les amas de charbon fossile du Nord et dans ceux du Sud, depuis les gisements du Spitzberg jusqu'à ceux du centre de l'Afrique.

 l'époque honillcre, la terre était couverte de forêts luxuriantes, coupées d'immenses fondrières et de lacs

OU d'étangs qui étalaient à la surface du sol de vastes nappes d'eau. Des poissons placoïdes y trouvaient l'existence et vivaient à côlé denombreux gastéropodes. Les mers renfermaient un grand nombre de zoophytes, qui consistaient essentiellement en polypiers et en crinoïdes. Les encrines étaient abondantes et le genre Platycrinus (fig. 25) a laissé de nombreux témoins de son existence. Les océans étaient encore remplis à profusion d'une innombrable série d'espèces de mollusques, de quelques crustacés et de poissons. Les polypiers figurent pour une grande part dans cette liste des êtres vivanls aux temps carbonifères, et les forarainifères microscopiques y jouent un rôle considérable.

Les reptiles commencent à se montrer sur les contfnenls de cet âge du monde, et leur présence signale un nouveau progrès dans l'échelle de l'organisme, mais ils n'y apparaissent qu'à de rares intervalles, car la plupart appartiennent aux reptiles marins et font des eaux océaniques leur domaine habituel. Au milieu des forêts, lair est parfois traversé par des insectes ailés, des or thoptères voisins des blattes et des sauterelles ; au pied des arbres touffus, quelques batraciens analogues à des salamandres ou à des grenouilles rampent au milieu d'une verdure abondante. VArchegosaurus (fig. 26), dont la tête a été trouvée dans les bassins houillers de Saarbruck, peut nous donner une idée de ces étranges populations animales de l'époque carbonifère.

La flore houillère est la plus riche de celles qui se sont montrées sur les continents avant la belle flore tertiaire, dont nous envisagerons plus tard le tableau •

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yràce aux magnifiques recherches de MM. Ad, Brongniart, Gœppert, Scliimper, Corda, Lindley et plus récemment M. Grand'Eury, les espèces végétales dont les débris ont formé les houillères, peuvent en grande partie apparaître à nos yeux.

«Parmi les empreintes végétales du charbon de terrt les plus fréquentes sont produites par des feuilles de fougères ; mais ces fougères du monde primitif ne sont pas celles qui croissent encore dans nos climats, car il n'en existe pas actuellement plus de trente à quarante espèces, et les contrées en nourrissaient alors plus de deui cents, toutes beaucoup plus analogues à celles qui habitent maintenant entre les tropiques'. »

< Brongniart, Flore anlédituvieniie.

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Des palmiers énormes, des calamités aux troncs élancés (fig. 27), prèles géantes qui atteignaient jusqu'à dix ou douze mètres d'élévation, des Sigilfaria dont le tronc cannelé (fîg. 28) était surmonté d'un panache de Feuilles élroites, Aeslepidodendronsaax tiges bifurquées

(fig. 29), des asU'rophyllites ans rameaux délicats (Bg. 30), des Odo/ï/op/em au feuillage touffu (fig. 51), des lycopodes arborescents, abritaient la surface terrestre d'un ombrage épais.

M. Grand'Eury a récemment fait de la flore des ter-

rains houillers supérieurs, et surtout de ceux du bassin de Saint-Étienne, l'objet d'une étude importante qui a

Jeté une vive lumière sur ces anciens représentants du monde végétal.

Le caractère essentiel de cette flore ancienne, celui qui contribue le plus à la pbysionomie particulière du

LES TORÈTS HOUILLÈRES. es

paysage, est la prépondérance des cryptogames vasculaires, qui comprennent les fougères, les lycopodiacées, les équisétacées. Les fougères constituaient la famille la plus nombreuse en espèces, dont un grand nombre

Fig. 31. — Fougère houillère (Wûnfopimi).

avaient des dimensions considérables. M. Grand'Eury a trouvé des fructifications à'Odontopteris qui permettent de ranger ce genre dans la tribu des Marattiées,

Les prêles gigantesques étaient abondantes et atteignaient des dimensions considérables (lig. 3"2). Tous ces végétaux se reconnaissent à leurs tiges marquées d'articulations dont les intervalles sont sillonnés de stries parallèles. Les travaux de M. Grand'Eury ont conduit ce savant à établir une division entre les vraies Calamités ei les Calamodendrées.

le 11 Loire, d'après H. Grand Eurf.

Les calamodendrées sont des équisétacées arborescentes, dont les rameaux et les jeunes tiges portent des feuilles verticillées et dont les tiges contiennent un cylindre ligneui entourant une large moelle. Elles renferment deux genres distincU;' les Calamodendrons et les Arthropitijs.. Sous le nom provisoire de Calamophyllites , M.

Grand'Eury décrit des tiges portant des feuilles longues et étroites, verticillées , dressées , souvent appliquées contre la tige, et qui paraissent être identiques avec les anciens Asterophyllitcs. Les Dicotjlédonées gymnospermes {Conifères et Cycadées) paraissent avoir formé la plus grande partie des végélaui ter^ rostres et ont beaucoup

contribué à la formation de la houille. Le Flabellaria brassifolia^ qu'on avait pris autrefois pour un palmier, est devenu le type du genre Cordaïtes, à côté duquel vient se placer le genre Noggeralhia. Ces derniers sont rares dans le bassin de Saint-Étienne , mais les Cordaïtes y sont très-abondants et très-variés; ils ont des feuilles sessiles, rétrécies à la base, et ressemblent aux Dammara de la végétation actuelle par leurs organes végétatifs, et par leurs fructifications aux Taxinées ; les rameaux sont très-diyisés et forment des embranchements successifs à divisions alternes, dressées ou étalées. C'étaient des arbres d'un port majestueux, qui atteignaient une élévation de vingt à trente mètres. Le tronc était droit, nu, la couronne très-ramifiée et les branches se terminaient chacune par un bouquet de longues feuilles comme celles des Yucca, ou, dans d'autres cas, plus courtes, elliptiques, comme celles des Dammara.

Les Sigillaria, qui paraissent devoir se classer parmi les Dicotylédonées gymnospermes, à côté des Cycadées, avec leurs racines connues sous le nom de stigm'aria, sont également très-fréquents. On voit que, grâce aux persévérantes recherches de M. Grand'Eury, de véritables richesses fossiles sont sorties des bassins houillers, et la flore antédiluvienne s'est accrue de documents nouveaux et importants.'

Cette flore de l'époque houillère remonte, on peut le dire, jusqu'à l'origine du règne végétal ; les végétaux dont on trouve les restes dans les terrains de transition qui précèdent les bassins houillers. sont peu nombreux

et ne différent guère des végétaux de l'époque houîU- 1ère ; ceux-ci peuvent donc être considérés comme la végétation primitive.

Dans les temps antérieurs, comme nous l'avons vu, les terres émergées nourrissaient un certain nombre de plantes; cette végétation pauvre et peu nombreuse a augmenté progressivement et n'a iitteint son maximum de développement que vers la fin de l'époque houillère, où elle est représentée par ces vastes forêts qui recouvraient presque entièrement les terres émergées.

M. Élie de Beaumont a calculé la quantité de carbone que produisent annuellement nos forêts actuelles; d'après ces calculs, il ne pourrait se foriner sur l'étendue des dépôts houillers que 0'"f016 de ce combustible en un siècle. Dumont a compté à Liège quatre-vingtcinq couches de houille, dont quelques-unes ont deux mèlres au moins d'épaisseur. Admettons pour ces couches une épaisseur moyenne de 0°*,60, et nous aurons un dépôt pour la formation duquel il n'aura pas fallu moins de l'existence de nos forêts actuelles pendant trois cent mille années consécutives.

L'examen de la flore houillère nous met encore en présence de deux faits d'une importance de premier ordre ; malgré la différence qui existe entre ces végétaux anciens et ceux qui couvrent actuellement notre globe, les lois générales d'organisation végétale n'ont nullement changé et les formes qu'on y rencontre se rattachent plus ou moins directement à quelques-unes des formes qui existent encore de nos jours*.

* Ann* des sciences nat. Botanique. — La Nature, !*• année, 1873.

Affaissemeni du sol après Tes temps carbonifères. — Période permienne. — Les descendants des végétaux houillers. — Faune permienne .

L'étude des massifs géologiques démontre qu'après les temps carbonifères le sol a dû subir des dépressions ; il paraît s'être abaissé en amenant à sa surface, les eaux de la mer, au moins sur une grande partie de l'Europe; cela n'est pas douteux pour la Russie, pour le centre de l'Allemagne et une notable partie des Vosges. Ces phénomènes ont dû se manifester peu à peu, sans commotion violente, car la faune et la flore permicnnes nous offrent des espèces végétales et animales qui ne diffèrent pas sensiblement de celles que nous a présentées l'époque antérieure. Il est à remarquer que les plantes offrent des caractères intermédiaires entre ceux qui distinguent les végétaux de la houille et les types que nous allons voir apparaître à Tâge qui va suivre.

Les fougères se rencontrent encore dans les terrains permiens, qui tirent leur nom du pays de Perm en

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Bussie, où ils forment une grande partie du massif géologique de cette région. Les lycopodiacées y abon- ■deut, et parmi les Noggeralhiées, arbres à la cime (élevée, dont la forme peut se placer entre celle des Cycadées et celle des Tonifères, nous citerons le Noggerathia expansa , dont nous représentons un vestige fossile (fig. 53).

I Dans les mers permien-

u nés, les groupes semblent

f \ se distinguer par les signes

/ I d'une décadence réelle. On

y trouve un genre de reptile particulier, qui offre cer-

L rét

Fig. 33. — Feuille d« noggerathia,

taines analogies avec quelques-uns de nos crocodiles, c'est le Protosaurus ; on y rencontre des polypiers assez abondants, des spirifer, dont l'un d'eus, le Productus horridus (fig. 54), est caractéristique des terrains oii il a laissé des vestiges. Les céphalopodes se réduisent à quelques genres peu abondants, et les crus-

tacés ne sont plus représentés que par un trilôbite, qui figure pour là dernière fois dans la faune terrestre.

On pourrait réunir ensemble les terrains carbonifères et permiens, parce qu'ils offrent de grandes analogies au point de vue paléontologique ; ils se subdivisent comme ceux qui les précèdent dans les temps primaires, en plusieurs zones distinctes, que nous passerons sous silence, car nous ne pouvons entreprendre ici qu'un tableau très-sommaire et très-condensé des connaissances paléontologiques.

On a vu toutefois que la nature organique a fait des progrès bien saillants à la fin des temps primaires, et que les végétaux surtout ont pris un accroissement remarquable.

Ces plantes croissaient abondamment sur tous les continents, et leurs tiges rapprochées formaient une végétation luxuriante au sein des marécages et des tourbières, où vivaient déjà des coquilles d'eau douce. Cette flore était surtout remarquable par le nombre des végétaux, par leur extraordinaire vigueur, mais elle aurait offert au regard un spectacle monotone. Aucune plante, quelle que soit la richesse de son feuillage, n'est encore pourvue de fleurs, et ces riches parures du monde végétal ne vont apparaître que dans les âges postérieurs.

Ainsi, nous pouvons nous représenter les continents d'alors cachés sous la verdure de forêts épaisses, mais les végétaux à fleurs n'embaument pas l'atmosphère de leurs parfums, et les campagnes ne sont pas embellies par ces couleurs vives et brillantes que nous y admirons aujourd'hui. Les reptiles n'étaient pas encore puissants

et variés ; le chant des oiseaux, le cri des mammifères ne se faisaient pas entendre.

Pendant combien de siècles le tableau de la vie des âges primitifs recouvrit- il la surface terrestre? C'est ce qu'il est impossible de savoir, car les limites du temps, comme celles de l'espace, sont eu dehors de la portée humaine. Pénétrons-nous bien de cette pensée que la durée des époques géologiques est immense si on la compare, non pas seulement à la vie de l'homme, mais à celle de l'humanité tout entière. Quand nous voulons apprécier les distances qui séparent entre eux les corps célestes, nous reconnaissons que les mesures terrestres deviennent insuffisantes par leur extrême petitesàe. Ce qui esl vrai pour l'étendue l'est aussi pour le temps. Qu'est-ce que la durée de l'histoire des hommes à côté de celle que la nature met en œuvre pour élaborer la grande suite de sa propre histoire ?

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