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CHAPITRE IV

Période triasique. — Apparition des ammonites. — Empreintf s de pas fossiles. — Labyrintbodontes. — Le ceratodus et les fossiles vivants. — Les tortues à dents, ou dicynodontes. -^ Les anomodontes du professeur Owen.

Avec les terrains permiens, nous abandonnons les temps primaires et nous arrivons à une époque nouvelle dans cette magnifique histoire de la création des êtres terrestres. Jusqu'ici, dans les âges que nous venons de passer en revue, nous avons aperçu des forêts imaienses, des mers étendues, peuplées de poissons particuliers, mais les traces des animaux terrestres ne se sont pour ainsi dire pas offertes à notre investigation. Le globe a appartenu au monde des eaux, aux crustacés,

7* LES FOSSrlES.

aux poissons ; il va devenir le tliéàtre d'une génératiou

" nouvelle el se présenter comme la grande scène où l'on

apercevra des êtres bizarres, des reptiles formidables

et fantastiques qui s'y développc-

)t l^k ront dans la suite des temps.

r \ ^k Le terrain inférieur de I époque w 1*9 secondaire est désigné sous le nom L J^B de trias, parce qu'il est formé de K VB trois parties distinctes, le grès bi- ■ ■ ^^B garré, le calcaire conchylien et les '*^^^ marnes irisées, qui sont échelon-

; de bas en haut, dans l'ordre où nous les mentionnons.

Un trouve dans la faune du trias un certain nombre des types anciens, mais on va les voir s'éteindre peu à peu, en même temps qu'en apparaîtront d'aulres en quantité prodigieuse.

Dans les mers, ii faut signaler d'abord la présence des Ceratiles, que l'on peut considérer comme le point de départ des Ammonites, si importants dans l'étude des terrains, et qui ont joué un rôle considérable dans l'histoire primitive de notre monde. Les spongiaires et les polypiers deviennent très-nombreux, et parmi les échinodermes YEncrinus UHiformis, laisse des vestiges d'une eïtraordinaire abondance. Li faune ichthyologique n'est

pas en progrès, mais les reptiles commencent à se développer et à prendre une remarquable vigueur. Non-seulement ces êtres singuliers ont laissé jusqu'à nous des débris de leur squelette, mais des traces bien plus fugitives de leur passage sur la terre nous sont encore révélées. Sur les terrains sablonneux du terrain conchylien, sur les grès du Massachussets et du Conneclicut, on aperçoit parfois ces empreintes de pas dont nous avons parlé dans un des chapitres précédents, et qui apparaissent comme de précieux vestiges.de ces animaux formidables. C*est surtout en Amérique que de si étranges trouvailles ont été faites à plusieurs reprises différentes, et ont fourni à la paléontologie plus de cinquante espèces distinctes. D'heureux chercheurs ont mis la main sur une plaque portant des traces irrécusables de pas d'un batracien ou d'un reptile, dont on a retrouvé une partie du squelette : c'est le labyrinthodontey animal de dimensions énormes, dont le crâne atteint parfois r"^30 de longueur, et qui paraît intermédiaire entre les reptiles et les batraciens. La matière osseuse de ses dents, quand on en a fait une coupe transversale, présente une série d'enchevêtrements très-compliqués, qui rappellent les circuits d'un labyrinthe ; ce caractère a présidé au baptême du curieux être triasique.

La figure 36 représente l'empreinte fossile d'un pied d'animal de grande taille, à côté duquel on voit la marque de gouttes de pluie, gravées sur une plaque de grès du trias provenant des États-Unis. M. Ilitchkook rapporte cette empreinte à trois doigts au pied d'un

grand oiseau qu'il nomme orchiticknile^ . Ce savant naturaliste a retrouvé une grande quantité de ces remarquables empreintes, qui lui ont permis d'entrevoir une trentaine d'espèces différentes. L'une d'elle signale un

Fig. 36. — EmpreÎDie d'un pied d'oiseau dam le gris du Irias aui Ëlato-Di

iiiiimat qui devait atteindre une dimension colossale, jiiiisque en mesurant la distance de ses pas, on s'assure ([u'il faisait des enjambées de plus de deux mètres !

' Nous avons déjà parlé précédemmeal des empreintes fossiles ix iraultes de pluie, bd sujet desquelles il serait permis d'émettre des doutes, M elles D'aTaient élé parliculièreme^t étudiées par des observateurs teb que Cunniaghani, Dttchcsk, Lyell, etc. U. Cuuningham notamment, que cite apécialemenl Alcide d'Orbigny, dans son remarquable Court de paléontologie, décrit les empreintes de pluie qu'il ■ observées (tins iei

Un autre naturaliste, M. Deanc, a fait connaître des traces de pas, dont un certain nombre indiquent nettement qu'elles proviennent d'un pied palmé et qu'elles seraient dues par conséquent à un oiseau.

L'étude des terrains se dira en ta ires triasiques nous apprend d'une fason certaine que le mouvement des terres et des mers s'est continué à travers les siècles ; vers le milieu de celte longue période, c'est-à-dire au moment où elle a pris l'apogée de son développement, le centre et l'ouest de l'Europe formaient le fond des océans. Le lieu où Paris devait s'élever était enfoui sous

Fig. ST. — Ceradotua de la KouTelle-Hollanda.

une épaisse couche liquide ; les rivages de la mer triasique atteignaient les Vosges et le plateau central. Les océans étaient l'asile de poissons divers, et parmi ceux dont on a recueilli les débris fossiles, nous citerons le Ceratodus. Agassiz a défini ce poisson en étudiant ses

arriires de SioretoD Hill, et il en eipliijue trCs-bicn !a formation par dei phénornènei récents ; i Les effets d'une pluie, tombant sur des MEdrea Irès-Bnes du Véan'e, s'y font remarquer en globules arrondis, ■emblablea A ceui que produirait l'eau d'un arroaoir sur un parquet cou- Tertde poussière, tlim^ pliénomèoeaété obscri^ surtesgrfs de Sloreton- Quarry. Ea ci^rtains cas, les globulea aont petits et circulaires, connue s'il* eussent été produits par une pluie légère ; en d'autres, ils sont plus gros, de forme moina régulière, indiquant une pluie plus Tiolente.s

dents, que Ton rencontre fréquemment, soit en Wurtemberg, soit en Lorraine, et il lui a donne le nom que les paléontologistes ont admis depuis. Mais, il y a quelques années, quelle ne fut pas la surprise de M. Kreffl, directeur du Muséum de Sidney, quand il pécha dans les fleuves d'Australie le ceratodus vivant. On en a pris qui ne mesurent pas moins de 1*"20 de longueur. Le ceratodus actuel est analogue à celui qui vivait aux premiers âges du monde ; il a donc résisté aux modifications si nombreuses qui se sont accomplies à la surface de notre globe. Nous représentons, lig. 37, le Ceratodus actuel de la Nouvelle-Uollande, qui offre une grande analogie avec le ceratodus des mers triasiques. « Ces animaux, dit M. le professeur Gervais, qui en a fait une étude très-minutieuse, joignent à l'apparence extérieure des anguilles la présence de fortes écailles, ainsi que des ouïes plus largement ouvertes, et leur conformation intérieure s'éloigne notablement de celle des anguilliformes. »

Le ceratodus offre cette particularité remarquable de présenter des poumons, organes spéciaux de respiration aérienne, en même temps que des branchies lui servent à la respiration dans Teau. Il a les poumons d'un reptile aérien, les branchies d'un poisson aquatique, aussi peut-il vivre alternativement dans Tair et dans l'eau. 11 constitue un troisième genre de dipnés (qui signifie double poumon).

C'est encore à celte singulière faune du trias qu'il faut rapporter les tortues à dent, dont des recherches récentes dans l'Afrique australe ont fait connaître la

forme étrange, et dont nous représentons les plus remarquables échantillons (fig. 58 et 39).

Les premières découvertes de reptiles fossiles dans les couches triasiques du Cap sont dues à M. Andrews Geddes Bain; elfes furent poursuivies par plusieurs géologues émérites, parmi lesquels nous citerons le professeur

Hg. S8. — DlciDodoii ligriccps (Oneii) (1/6 grandeur Dalurelk).

Owen; en France, les déhris de ces repli l sont éclairés d'une vive lumière, grâce ans savantes investigations de MM. P. Gervais, A. Gaudry et Fischer. Cette faune erpétologiqne est caractérisée par des crocodiles, des lahyrinthodontes, des dinosauricns, qui atteignent des dimensions prodigieuses, et qui nous

go LES FOSSILES

révèlent de véritablei: géants, puisque leurs vertèbres sont, deux fois plus grandes que celles de nos éléphants I

Les individus les plus cuneux de cette population singulière sont les tortues a dents, dont le crâne

présente deux longues défenses courbées, rappelant un peu celles des morses actuels. Ce caractère les a fait désigner sous le nom de dicynodon, ce qui veut dire en grec ; deux dents de- chien.

D'après les études de ces fossiles, M. le professeur [tichard Owen a trouvé que les dicynodontes se rapprochaient des tortues par certains caractères saillants, et qu'ils s'en éloignaient sous d'autres rapports pour offrir quelques analogies avec les lézards. M. Huxley conQrme cette dernière opinion et prétend que ces animaux, à jamais disparus, devaient être munis d'une longue queue.

A côté de ces êtres, qui, mis en parallèle avec ceux de notre faune actuelle, nous paraissent vraiment bizarres, la flore du trias est pauvre et ne mérite guère de fixer notre attention; c'est à peine si elle compte une centaine d'espèces végétales, qui se rattachent toutes aux familles antérieures, et parmi lesquelles dominent les fougères.

Pendant longtemps la terre a gardé sa végétation primitive ; c'est bien lentement que des formes nouvelles apparurent à sa surface et. purent s'y développer.

Le terrain jurassique. — Le monde des océans. — Les ammonites et les bélemnitcs. — Les reptiles gigantesques. — Les poissons-lézardscrocodiles. — Ichthyosaure et plésiosaure. — Les lézards volants. — Les différents étages des terrains jurassiques. — Apparition des premiers oiseaux. — Terre^végétale fossile.

Le terrain jurassique a pris son nom des montagnes du Jura; il consiste essentiellement en massifs argileux et calcaires, de formation presque entièrement marine. Çà et là, il présente à différents niveaux quelques assises ferrugineuses et des rognons siliceux. La période jurassique est certainement une des plus importantes dans l'histoire de notre sphéroïde ; ses gisements ne nous offrent pas moins de 4700 espèces fossiles, qui attestent comme une recrudescence énergique dans les manifestations de la vie ^

^ On a proposé un très-grand nombre de divisions des terrains jurassiques; les unes sont déduites de la présence de tel ou tel fossile dominant; les autres sont basées sur la couleur de la roche. C'est ainsi que l'on comprend dans les terrains jurassiques le lias, l'oolilhe inférieur, Toolithe moyen et Toolithe supérieur. Dans un aperçu rapide comme celui que nous présentons au lecteur, nous ne pouvons insister sur ces divisions, que certains paléontologistes éméri tes, comme M. Alcide d'Orbieny, ont

Hg-iO- — Pmlacrinuë /'aKiciii«u<"(||rMi3eiiïi»tu«Uë).'

Les mers jurassiques qui se sont succédées pendant la longue formation que nous étudions abondent en polypiers immenses, qui, pour la première fois, s'offrent à nos yeux avec la puissance de véritables récifs. — Les zoophytes les plus remarquables sont le Palœocoma Fustembergii (fig. 5) et le Pentacriniis (fig. 40), dont les vestiges se rencontrent très-abondamment. — Les mollusques céphalopodes commencent à prendre une certaine importance, et appartiennent pour la plupart à la famille des Ammonitides.

Les. Ammonites, qui pullulent pendant une longue suite de siècles, ont complètement disparu aujourd'hui. Le nom de ces fossiles provient de la ressemblance qu'ils présentent avec la corne d'Ammon. ^ C'étaient des mollusques à coquille circulaire enroulée en spirale, dont les genres fossiles sont pour ainsi dire innombrables. Les figures 41 et 42 en représentent deux formes bien distinctes ; mais s'il fallait donner l'image de toutes celles que l'on connaît aujourd'hui, un livre comme celui que le lecteur a sous les yeux ne suffirait pas à les contenir. La spirale de la coquille était divisée en une série de cavités, dont le corps de l'animal n'occupait que quelques-unes, les autres restant vides (fig. 43). Un tube particulier, qui traversait ces cavités, pouvait se remplir d'eau, et l'animal, en expulsant ou en attirant le liquide, se rendait à volonté plus ou

tait plus nombreuses encore. Disons une fois pour toutes que notre modeste ouvrage n'a pas la prétention d'être un traité de paléontologie; ii ne peut être qu'une série de tableaux représentant quelques êtres ayant vécu aux diverses époques géologiques.

moins dense, de telle façon qu'il se dirigeait facilement dans les dilTérents niveaux océaniques. De nos jours, le Nautile est pourvu d'un mécanisme analogue.

Fig. 4t. — Ammonite du

L'ammonite ne nous a laissé que sa coquille, aussi quelques détails de son organisation font-ils peutôlrc défaut; on a pu cependant reconstituer ce mollusque étrange, et nous en reproduisons l'aspect complet, tel qu'on aurait pu le voir de son vivant (fig. 44). Les Ammonites de la période jurassique sont d'une diversité remarquable, et quelques-unes revêtent une forme gracieuse et élégante.

L'AGE DES REPHLES. S?

Les Bélemniles fossiles du terrain jurassique ne sont

Fîg. 12. — AmmoDiles Humpriesianus, d'après k. d'Orbignj.

autre chose que la partie osseuse des poulpes, des

Fl^ 43. — AiamoQiU jurassique aciae par Le mLïieu.

S qui vivaient en grand nombre dans les mers de

iicb temps si lointains ; elles ne sont pas moins curieuses que les Ammonites ; elles otTraient quelque ressemblance avec la seiche de notre temps.

On en trouve les débris sous forme d'un osselet allongé, qui n'est que la partie terminale et centrale de lindividu viïant {fîg. 45), dont on peut se représenter l'aspect par la gravure ci-après (fig. 46).

Les anciens désignaient les bélcmnitcs sous le nota de pierre de tonnerre, parce qu'ils croyaient que ces pétrifications étaient duos au passage de la foudre dans les roches oii elles se rencontraient. Ces coips allongés L't durs ont bien longtemps tenu en échec la sagacité des naturalistes : les uns les considéraient comme des sb'

ladites anciennes, les autres y croyaient voir les p fications de dattes ou de branches d'étoiles de mer. C'est à deBIainïilic et d'Orbigny que revient l'honneur d'avoir établi la véritable nature de ces singuliers fossiles, d'avoir fait revivre ce poulpe des âges antérieurs, avec ses dix bras flexible» s'agitant autour de sa bouche. En 1844, M. Owen retrouva l'animal en entier, et transforma brillamment ainsi les belles hypothèses des deux paléontologistes fraq|fiis en faits irrécusables.

Mais passons rapidement sur ces hôtes marins des temps secondaires pour arriver aux vrais maîtres de la création à t'cpoque jurassique, aux gigantesques reptiles, aux formidables sauriens, qui seraient certainement la terreur des hommes s'ils vivaient encore aujourd'hui, et qui nous offrent le témoignage d'une puissante manifestation de la vie.

Le squelette d'un ickthijot (fig. 47) rappelle à la foi:

énorme poisson et un cétacé de petite taille. Sa tête est pointue «^''emterg'"'^^"

Fig.iS. -Bélemnilcdulei

et ses yeux sont vraiment monstrueux, ses dents

formidables, serrées les unes, contre les autres, se

comptent au nombre de 180; ia longueur totale du monstre dépasse quelquefois douze mètres. Ce lézadr

Fig. il. — Ichlhiosaure.

marin devait être d'une extraordinaire férocité, si l'on en juge par sa mâcboire d'ogre; mais les faits nous per-

mettent de passer à cet égard des conjectures à Taffirmatiou, car on a trouvé au milieu de son squelette, à l'endroit qu'occupaient jadis les parties molles de son intestin, des coprolithes^ c'est-à-dire les résidus de sa digestion, qui renferment encore les débris de ses aliments. Ces coprolitlies renferment en abondance des écailles de poissons et de reptiles, auxquels le monstre devait faire une chasse impitoyable; ils contiennent même des ossements d'autres ichthyosaures plus petits, nous prouvant ainsi que le vorace personnage dévorait jusqu'à ses enfants.

Les Plésiosaures étaient plus gigantesques encore que ce dernier colosse, leurs nageoires étaient plus puissantes, et leur cou, grêle, mince, allongé, avait l'aspect d'un serpent. Cet être tenait à la fois du lézard, du crocodile et du serpent ; il devait être très-agile et causait sans doute l'effroi des petits habitants des eaux. On a trouvé des squelettes de plésiosaures qui avaient une longueur de 1 mètres, et qui ont permis de se reprc^ senter exactement un animal marin, dont nulle forme vivante ne saurait donner idée. Ses pattes faisaient l'office de palettes ou de rames qui permettaient au reptile de fendre les vagues ou de plonger au sein des eaux ; sa queue, quoique assez courte, servait de gouvernail.

« Le plésiosaure, dit Cuvier, offre l'ensemble des caractères les plus monstrueux que l'on ait rencontrés parmi les races de l'Ancien Monde. » On ne peut mieux indiquer les caractères étranges d'un animal qui diffère sous tant de rapports de tout ce que nous montre la création actuelle.

9î LES FOSSILES.

Mais nous n'avons pas fini d'énumérer les surprises de ce monde jurassique, qui nous révèle encore d'extraordinaires lézards volants, les pft'rodaclyles, \éviiAbles dragons de la fable.

La fig. 48 représente un ptérodactyle trouvé en Angleterre. On voit que la mâchoire est munie d'un bec garni de dents aiguës et saillantes, analogues à celles des sauriens, et que son corps le rapproche des

Pig.48.

ttjle(l/îgranJeiirQa(urelle).

reptiles. Ses membres antérieurs, impropres à la ^la^ che ou à la nage, se terminent par un doigt d'une longueur prodigieuse, qui devait senir de support à une membrane analogue à celle de la chauve-souris, le corps n'est pas d'une dimension extraordinaire, et ne dépasse pas, chez les plus grands individus, la taille d'un de nos cygnes.

L'AGE DES HEPTILES. 93

Les torlues, que nous avons déjà vues apparaître aux époques précédentes, fournissent des espèces nouvelles dans les terrains jurassiques. La Chelonemys plana '

Fig. -19. —li>Ttm{ChelOBemyi plana), d'après

(fig. 49), spécialement étudiée par le professeur Jourdan, en est un remarquable exemple.

A côté de cette richesse dans la faune, l'^oqueju-

rassiquc se signale d'abord par une pauvrctû notable dans sa flore; il est vrai que les débris jusqu'ici recueillis des végétaux jurassiques inférieurs ne sont pas nombreux et no doivent nous donner^qu'une idée trÈs-imparfaite des végétaux contemporains des reptiles étranges dont l'image a été reconstituée par la science.

On voit ci-contrc la représentation d'un fossile végétal de cette époque, qui existe souvent dans nos coilections (fîg. 50).

mesure que l'on s'élève dans otages successifs des terrains •siques, on voit la flore conitale acquérir peu à peu une irtance plus considérable.

Dans quelques-unes des couclies que les géologues désignent sous le nom d'oolithiques, elle devient d'une remarquable richesse. Les ^ ■ Fougères y figurent toujours, avec

les Pantanées qui apparaissent, et dont on retrouve à l'état fossile les beaux fruits volumineux et sphériques. Les Cycadées et la grande famille des Conifères, a laquelle se rattachent les pins et les sapins de notre époque, les Taxiles, qui offraient quelque ressemblance avec nos ifs, les Brachypkyllum, qui se rapprochent des Arthrotaxis de la Terre de Van Diemen et des Widdringtonia de notre Afrique

australe, commencent à étaler leurs rameaux verdoyants sur les continents de ces âges lointains.

La puissance des terrains jurassiques est telle, les faunes et les flores successives qui s'y sont développées, et dont on retrouve les vestiges fossiles au sein des étages multiples qui les constituent, sont si riches, si abondantes, qu'il faut renoncer à en donner une énumération même incomplète. D'après Alcide d'Orbigny, les formations jurassiques comprennent huit étages distincts, qui présentent leurs fossiles spéciaux, dont les espèces, comme nous l'avons dit précédemment, se comptent par milliers. L'ensemble de ces terrains sédimentaires superposés atteint une puissance de plus de 1,500 mètres. Cette assise formidable de roches a été lentement déposée au sein des eaux, et ces dépôts sédimentaires ne s'accroissent que d'une épaisseur bien minime en quelques siècles. S'il est possible d'imaginer la durée de ces formations, c'est par millions qu'il faudrait entasser les siècles pour s'en faire quelque idée. Les mers ont changé de place à plusieurs reprises, les êtres ont apparu et se sont éteints, puis d'autres ont succédé à ceux-ci, à travers l'immensité du temps. Comment retracer exactement cette longue histoire, dont les innombrables documents que le géologue possède aujourd'hui ne forment sans doute que quelques pages isolées, entre lesquelles manquent des chapitres entiers ?

Dans les étages moyens des terrains jurassiques apparaissent les premiers mammifères ; mais ils offrent une organisation spéciale; ce sont des animaux ana^iogues à nos sarigues, à nos kangurous, à nos ornitho*

rhynques. Au sein des océans oolithiquea, voici des ammonites, des gastéropodes, des acéphales, des moi-

Gnodeur oaiurelle. Parlie groisie.

Tig, SI. — Eidiatlopera <

lusques bryozoaires, aux rameaux élégamment ramifiés (fig. 51 et 52). — Les échinodermes existent en nombre prodigieux (fig. 53), et les polypiers pulluleat

Grandeur mlureLle.

Entalaphora ctlloHiAdtu

(6g. 54). Ces polypiers jurassiques ont acquis une importance des plus remarquables ; ils se présentent en niasses compactes de plusieurs mètres de circonférence,

L'AGE DES REI>TtLES. UV

et formaient au milieu des océans des bancs, des récifs et des ilôts. Les zoophytes infîmes travaillaient alors, comme aujourd'hui, à l'édification d'allols ou de bancs de rochers à la surface des flots en mouvement.

L'étude de tous les étages du terrain jurassique démontre d'ailleurs que les lois physiques qui régissaient le monde d'alors étaient celles que nous voyons aujourd'hui présider aux transformations de la nature actuelle.

Anabacia orbaUtes tu de prolil.

11 y avait jadis, comme aujourd'hui, des continents et des mers; ces mers présentaient des rivages, des ré gions sous-marines, voisines des côtes, ou profondes. Alors, comme à notre époque, la vague montait à l'assaut de ta falaise, les courants océaniques sillonnaient l'étendue des eaux, les sédiments se déposaient dans les golfes. L'écorce terrestre était soumise, comme de nos jours, à des oscillations lentes, qui déplaçaient peu à peu les bassins océaniques ; la nature et la diversité des sédiments, c'est-à-dire des anciens fonds de la mer, -nous en donnent une certitude absolue.

Nous avons déjà traversé plusieurs étages de l'i'poque secondaire, mais en s'élevant encore dans les

^H de

lein des terrains jurassiques ; soulevons de ces sédiments, véritables ossuaires

■es disparu ele on ju ju la

ïs aas ses forn d ble Le d t fore une fo s sur : monde, et le b' élancer ers de fogrès. Al loinc Ijurassiquc le pales sont d abord pSment aires et se de ccU de BÎtifs; au n 1 eu Wigue époq c, le mammifères sera- Kip,:;^.

Ksayer à la vie ; ils «™s"ii "• "'ifiian:,.

I place au soleil, d'abord imparfaits, sous la ■ marsupiaux. Mais les siècles s'écouleul, et s suit son cours; -voici les premiers oiseaux

terrains jurassiques, on arrive à d'autres formes, à d'autres espèces ; on gravit quelques échelons dans la succession de l'organisme. De nouveaux reptiles, de nouveaux crustacés, de nouveaux mollusques ap-

■ Fig.Wi, — Eryon arciiformis (1/i grandeur naturelle).

paraissent. Mentionnons rapidement X'Eryon arciiformis {ûg. S5) parmi les crustacés, le curieux Hemicidaris parmi les écliinodermes {fîg, 56), le gracieux Cribrospongia parmi les spongiaires (fîg. 57), et le singulier Thccosmilia parmi les polypiers (fig. 38). Mais ne nous arrêtons pas encore dans les fouilles

opérées au sein des terrains jurassiques ; soulevons les feuillets de ces sédiments, véritables ossuaires

Cribonpongia

des organismes dispanis ; élevons nous jusqu'à la limite

supérieure de ces assises formidables. Le décor va

changer encore une fois sur ^.^

la scène du monde, et les

ôtres vont s'élancer vers de

nouveaux progrès. A l'origine

des temps jurassiques, les

formes animales sont d'abord

simples, élémentaires, et se

rapprochent de celles des

temps primitifs; au milieu

de cette longue époque, les

premiers mammifères sem- ni;. 53.

blent s'essayer à la vie ; ils t'«'M">'«'' an»uiarù.

prennent place au soleil, d'abord imparfaits, sous la

forme de marsupiaux. Mais les siècles s'écoulent, et

le progrès suit son cours; voici les premiers oiseaux

li:S FOSSILES.

terrains juiassiques, on arrive à d'autres formes, à d'autres espèces ; on gravit quelques échelons dans la succession de l'organisme. De nouveaux reptiles, de nouveaux crustacés, de nouveaux mollusques ap-

(l/j grandeur nalurelle).

paraissent. Mentionnons rapidement VEi-yon arcHformis {fig. 55) parmi les crustacés, le curieux Hemicidaris parmi les écliinodermes {flg. 56), le gracieux Cribrospongia parmi les spongiaires (fîg, 57), et le singulier Thecosmilia parmi les polypiers (fig. 58). Mais ne nous arrêtons pas encore dans les fouilles

opérées au sein des terrains jurassiques ; soulevons les feuillets de ces sédiments, véritables ossuaires

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