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CHAPITRE V

L'époque tertiaire. — Apparition de la faune actuelle. — Terrains éocènes, miocènes et pliocènes. — Extraordinaire richesse de ces terrains en fossiles. — Dix-sept mille espèces. — Les foraminifères. — Les mammifères. — Les pachydermes. — Cuvier et les mammifères de Montmartre.

A répoque tertiaire, une nouvelle faune apparaît ; les êtres vivants se dépouillent des formes anciennes des âges précédents; une génération inconnue jusqu'ici va se mouvoir à la surface des continents ; et pour la première fois les animaux vont offrir unie ressemblance marquée avec ceux de la faune actuelle. Aussi certains naturalistes ont-ils cru pouvoir affirmer que nous vivons encore à l'époque tertiaire.

11* • LES FOSSttES.

Parmi les vertébrés, la classe des mammifères l'emporte sur toutes les autres, et dans le règne végétal ce qui domine ce sont les plantes à fruits, analogues à celles de notre époque.

Malgré la présence des vertébrés sur les continents, les océans ne se dépeuplent pas. Les êtres marins de toutes classes y fourmillent ; ils ne le cèdent en rien par leur nombre, par ia variété de leurs formes, .aux populations des mers modernes. Mais les nouveaux mollusques à coquilles qui en traversent les flots offrent désormais une ressemblance frappante avec ceux que le naturaliste étudie aujourd'hui. On ne voit plus depuis longtemps dans les mers, ni les trilobites des âges antérieurs, avec leur tête comprimée, munie de grands yeux à facettes; on n'y rencontre plus les nautiliens, avec leurs chambres cloisonnées, enfermés dans leur belle enveloppe, qui se paraît à l'iniîni de délicates ciselures et de charmantes arabesques. Ils ne sont plus, ces rois du monde des mollusques ; il ne reste de leur gloire passée que des dépouilles, des empreintes ou des coquilles ! Mais les lois immuables qui gouvernent les mondes existent toujours, la succession des êtres se continue ; les formes organiques changent sans cesse ; la terre n'en est pas moins belle pour avoir d'autres habitants. Au contraire, elle se revêt de charmes nouveaux avec l'apparition des mammifères, qui va précéder celle de l'humanité ! Le progrès n'est pas un vain mot, et dans cette imposante histoire terrestre, nous voyons l'intelligence se développer peu à peu dans la suilo des âges.

L'AGE DES MAMMIFÈRES. 11 j

Lés sédiments stratifiés déposés pendant la période tertiaire n'ont pas une très-grande puissance et sont bien inférieurs aux trois groupes des terrains précédents. Aussi les trois systèmes que Ton admet dans le terrain tertiaire : éocène ancien, miocène moyen et pliocène récent, ne sont-ils pas toujours faciles à distinguer l'un de l'autre.

Les fossiles de ces trois périodes successives des temps tertiaires sont d'une grande richesse : on n'en compte pas moins de dix-sept mille espèces. Ils comprennent des animaux à sang froid et présentent un grand nombre d'êtres appartenant aux embranchements inférieurs du règne animal. Les foraminifères se multiplient avec une prodigieuse fécondité, les polypiers et les échinodcrmes abondent, ainsi que les mollusques et les gastéropodes.

Ce n'est pas en descendant le plus bas possible dans réchelle des êtres que nous verrons diminuer l'énergie de notre admiration ; si les grands mammifères fossiles nous surprennent par la puissance de leur squelette, les formes microscopiques anciennes ne sont pas moins saisissantes par la beauté de leur structure, par l'abondance de leurs vestiges, par l'énormité du travail qu'elles ont été appelées à accomplir ici-bas. La nature se joue avec l'infini et récèle le mécanisme imposant de ses créations, aussi bien derrière les nébuleuses que derrière les atomes. Les infusoires ont contribué à l'édification des bancs de craie. Malgré l'infime ténuité de leurs débris, leurs dépouilles ont formé des massifs sédiment aires, auprès desquels les ossuaires d'éléphants

ne sont rien. Ces infiniment petits ne restent pas inactifs dans les temps tertiaires, où ils donnent naissance à des dépôts d'une extraordinaire puissance. Un grand nombre d'entre eux ont produit par leurs débris un sable siliceux, tout blanc, presque impalpable. Il n'est pas un grain de cette poussière qili n'ait appartenu à un de ces petits êtres vivants, dont le vêtement siliceux est aussi bien sculpté que celui des anciens ammonites ; l'observateur recule de stupeur quand il contemple à travers le microscope les admirables vestiges de ces « atomes vivants. » Le plus petit grain de ce sable est tout un monde, que le grand Erhenberg, ce Galilée de Tinfiniment petit, a révélé à la science. L'immense plaine septentrionale de l'Allemagne, est entièrement recouverte par les cadavres d'animalcules, qui eu font aujourd'hui de vastes plages de sable fin. Ces infusoires, marins et calcaires, abondent dans les terrains tertiaires. Erhenberg a su débrouiller ce chaos ; il s'est pris de passion pour l'étude de ces petits êtres; il fit pour eux ce que Cuvier avait fait pour les colosses fossiles ; il les classa méthodiquement et en représenta les formes singulières. Quelques coquilles du groupe des foraminifères, le plus important de tous, ofl'rent sous l'œil du microscope une analogie frappante avec la maison cloisonnée des nautiles. Leur coquille, si petite, qu'elle n'excède pas souvent la dimension de la plus fine pointe d'une aiguille, est ouverte de trous innombrables, à travers lesquels passaient de nombreux pieds mobiles, hérissés comme une touffe de racines. « Les coquilles des foraminifères à l'état fossile

i;âge des mammifères. 117

forment à elles seules des chaînes entières de collines éléVées et des bancs immenses de pierre à bâtir. Le calcaire grossier des environs de Paris est dans certains endroits tellement rempli de ces dépouilles, qu'un centimètre cube des carrières de Genlilly, carrières par couches d'une grande épaisseur, en renferme au moins vingt mille, ce qui fait» par mètre cube, le chiffre énorme de vingt milliards. Quand nous passons près d'une maison en démolition, ou d'un édifice que Ton construit, et que nous sommes enveloppés par un nuage de poussière qui pénètre dans notre gosier, nous avalons souvent, sans nous en douter, des centaines de ces infiniment peliti». Comme tous les édifices de Paris et une grande partie des maisons des départements voisins sont bâtis avec des pierres extraites des carrières des environs, il est évident que, sans exagération, la capitale de là France et beaucoup de villages et de villes tout autour sont construits avec des carcasses de forami-

uifères Les foraminifères ont donc sécrété une partie

du sol sur lequel nous marchons, des maisons qui nous abritent et des édifices que nous léguons à la postérité. Chaque animalcule a fourni son grain solide, chaque race a dép'osé sa couche imperceptible, et Dieu, qui préside à ce mystérieux travail, a rassemblé ces grains et ces couches dans la durée des siècles, et en a composé des masses imposantes ^ »

C'est encore aux terrains tertiaires qu'il faut rapporter les débris des plus grands des foraminifères, les nummulites, ainsi désignés par les géologues, parce

' Moquin Tandon..

us LES FOSSILES.

qu'ils oiTrent l'aspect d'une petite pièce de monnaie. Les formations nummulitiques atteignent souvent des dimensions gigantesques ; elles constituent la partie méridionale de l'Europe, des Alpes aux Apennins; elles se retrouvent dans les Carpathes, dans le Maroc, dans l'Asie mineure et Jusque dans l'Inde '.

Tous les fossiles des temps tertiaires nous indiquent bien en quelque sorte les premiers débuts de l'âge actuel, les reptiles se rapprochent visiblement de ceux qui vivent aujourd'hui ; les oiseaux laissent de leur passage sur la terre à cette époque d'assez nombreux débris.

Mais, comme nous l'avons indiqué précédemment, ce sont surtout les mammifères qui méritent de fixer l'attention du naturaliste. Tous les ordres y apparaissent; leur importance devient tout à fait prépondérante, et Forme le plus saillant caractère de cet âge du monde. Tout d'abord ce sont des pachydermes appartenant à quelques genres éteints, des carnassiers et des rongeurs, puis viennent des proboscidiens avec de-s amphibies, des ruminants et des insectivores, des quadrumanes et peut-être même des bimanes, c'est-àdire l'espèce humaine. Les fossiles abondent'dans toutes les couches tertiaires, mais c'est à l'aide de l'étude de leur distribution verticale que l'on a pu établir leurs subdivisions en trois périodes distinctes, auxquelles nous n'attachons d'ailleurs qu'une faible importance, car nous ne saurions trop répéter que ces divisioas ndmises par la science, pour faciliter t'étude, sont

Alcide d'Orbigii;. Paléontologie des coquille» et des tnoHmques.

absolument artificielles. Quoi qu'il en soit, jamais l'ordre progressif dans la formation de l'organisme n'ii mieux apparu qu'aux temps tertiaires, jamais le nombre des vestiges de l'animalité n'a été aussi abondant.

Les couches inférieures de l'époque tertiaire sont caractérisées par la prépondérance numérique des pachydermes ; une véritable légion de ces animaux sont enfouis aux portes mêmes de notre capitale, dans les carrières de Montmartre ou de Pantin , où pas un bloc de pierre n'en est exempt, et qui furent pour Cuvier l'occasion de quelques-unes de ses impérissables découvertes. C'est là que le grand naturaliste puisa les plus importantes ressources de la science des êtres fossiles, et qu'il apprit à faire revivre ces mammifères de Montmartre, dont quelques rares ossements lui suffisaient pour en faire la résurrection. Les pachydermes les mieux connus, les Palœothenumy les Anoplotlierium et les Xiphodon apparurent de la sorte aux yeux de la science. Un grand nombre de découvertes postérieures allaient venir confirmer les vues de Cuvier, quelques autres aussi, et notamment celle toute récente du Palœotherium magnum^ de Vitry, devaient y apporter des rectifications importantes.

Il n'est pas sans intérêt de bi^n faire ressortir l'ordre de succession des mammifères aux temps tertiaires ; l'étude si importante, si minutieuse, qui a été faite des terrains superposés de ces âges anciens, nous autorise à essayer de donner le tableau chronologique des formes qui y ont vécu aux diverses périodes.

SUPEBPOSITION DES TERRAINS TERTUIRE8.

SUPERPOSITION CHRONOLOGIQUE DES MAIfMIFÈPES

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