II PRÉFACE
comparés à d'autres vestiges, ressuscitent les drames de l'histoire,
On a souvent dit que les fossiles sont pour le géologue ce que les médailles sont pour l'historien. Tandis que celui-ci s'occupe des changements successifs dont l'humanité a été l'objet dans la suite des siècles, celui-là étudie les modifications qui se sont opérées dans les règnes organiques et inorganiques de la terre. L'examen des fossiles, c'est-àdire des débris ou des vestiges d'animaux et de plantes, conservés dans Tépiderme terrestre, lui démontre qu'une multitude d'êtres vivants se sont succédé sur les continents avant que l'homme ait apparu à leur surface ; il lui apprend en outre que ces populations animales différaient de celles qui habitent aujourd'hui notre sphéroïde. Cette science des animaux fossiles constitue la Paléontologie.
Le nombre des espèces animales ou végétales qui existent actuellement sur le globe terrestre dépasse peut-être un million, sans compter les animalcules microscopiques et les infusoires, dont l'abondance est telle qu'un verre d'eau peut en contenir autant qu'il y a d'hommes sur la terre entière. De CandoUe estimait le nombre des plantes terrestres à 120,000, et M. Lindley affirme que
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Ton peut compter plus de 80,000 piaules phanérogames et 10,000 cryptogames. Suivant Temminck, le nombre des mammifères connus s'élève à plus de 800; d'après Cuvier, celui des poissons est de 6000. On a déterminé plus de 6000 espèces distinctes d'oiseaux. A tous ces nombres, il faudrait ajouter, pour être complet, celui des reptiles et. des invertébrés. L'Océan enfante des êtres innombrables. Lamarck faisait déjà remarquer que la classe des polypiers renferme à elle seule plus d'individus que les insectes *.
Le naturaliste qui jette les yeux sur la faune et la flore des temps actuels est saisi de vertige devant l'étonnante multiplicité des formes organiques, qui lui représente en quelque sorte le spectacle de l'infini ! Que dirait le paléontologiste s'il pouvait connaître toutes les espèces qui ont vécu dans la suite des temps, à tous les âges de notre monde ? Il aurait à multiplier les chiffres précédents par le nombre de fois que la nature a modifié la forme des êtres à travers les époques géologiques! On conçoit donc que la paléontologie se meut dans un champ d'une étendue prodigieuse. Quelque nombreuses que soient les espèces fossiles connues, on
* Charles Lyell, Principes de géologie. Paris, 1848.