CHAPITRE
Le globe terrestre dans l'espace/ — Hypothèse de sa formation. — La théorie de Laplace. — L'écorce terrestre et les premiers océans'. — Terrains sédimentaires. — Formation des fossiles. — Fossiles complets.
— Les empreintes. — Terrains éruptifs. — Les époques géologiques.
— Glassificalion des terrains.
Avec les puissants télescopes modernes, on a pu compter dans la partie visible de l'espace qui nous entoure, plus de 20 millions d'étoiles ! Ces étoiles sont des soleils, séparés entre eux par des distances qui confondent notre esprit.
Les nébuleuses, comme la Voie Lactée, en sont entièrement formées, et l'on connaît aujourd'hui quatre mille de ces amas, constitués par des milliards de'
soleils. (( D'après des calculs qui ne sont point hors de vraisemblance, dit Alexandre de Humboldt, ia lumière, malgré sa foudroyante rapidité, emploie plus de deux millions d'années à traverser Tincommensurable distance qui nous sépare de ces astres ! »
Toute celte partie du ciel qui frappe nos regards n'est elle-même qu'un point au milieu de l'infini !
En envisageant ce tableau grandiose, la terre apparaît avec une écrasante petitesse. Mais si infime qu'elle soit, elle est encore immense à nos yeux. On concevra que c'est une œuvre ambitieuse pour l'homme d'imaginer des hypothèses sur la] formation] de l'univers. Cependant Uerschel et Laplace ont conçu deux théories rationnelles qui s'accordent avec les faits et qui se confirment souvent par les découvertes.
On admet généralement qu'à une époque infiniment éloignée, la matière pondérable était à peu près répandue dans l'espace d'une manière uniforme. Mais il existait ça et là des points de condensation. Sous l'influence de l'attraction, ils ont formé des centres de' mouvement, autour desquels s'est groupée la matière ambiante. Les nébuleuses ont ainsi apparu dans le ciel , et la matière, en se condensant à travers les siècles, a donné naissance à des étoiles ou soleils, anitnés d'un mouvement de rotation autour de leur axe. Dès anneaux de matières cosmiques se seraient échappés de la masse fluide de notre soleil en mouvement, et par leur rupture sous le jeu de l'attraction, ils auraient engendré des parties sphériques, destinées à fournir aux planètes leurs éléments constitutifs.
La terre a donc été à son origine une vaste sphère, incandescente et lumineuse. Circulant au sein de l'espace, elle s'est condensée dans la suite des âges ; vers le centre de la nébulosité, un noyau des matières les plus denses a pris naissance, et il a toujours été en grandissant aux dépens de Tatmosphère, formée d'abord des vapeurs de métaux, et des substances que nous connaissons actuellement à l'état solide.
Peu à peu la température du globe, excessive à l'origine, s'abaisse, les substances volatilisées se précipitent à la surface du sphéroïde en rotation ; à travers les siècles, la terre perd son éclat lumineux; une croûte durcie se fige à l'extérieur, et bientôt, l'eau, qui n'a encore existé qu'à l'état de vapeur, se condense à son tour.
Elle tombe sur une sphère brùlanle, et se volatilise ; puis elle y retombe encore après avoir repris l'état liquide, pour en être chassée de nouveau sous forme de vapeur.
Mais le refroidissement continue, et l'eau finit par triompher du feu. Elle séjourne à l'état liquide sur le sphéroïde terrestre ; elle y forme le premier océan ; océan sans limite qui enveloppe d'une pellicule fluide notre globe planétaire.
Les temps géologiques vont commencer.
Des sédiments se déposent au fond des mers et forment les premières assises dQS terrains ; mais la matière centrale, toujours incandescente, s'infiltre par des injections ignées, et détermine des ruptures dans l'épiderme solidifié ; avec le concours du temps elle va y pro-
(luire des plissements et des boursouflures. Les terres fermes s'élèvent ça ellà au-dessus du niveau des mers; telles gagnent en étendue autour des points émergés ; la vie va pouvoir apparaître.
Ainsi, la pellicule solide qut entoure le glqbe est formée d'un sol primordial, dont l'origine est ignée, et qui sert de base à des terrains sédimentaires ou neptuniens, c'est-à-dire à cette partie de l'écorce terrestre formée au sein des eaux, soit par le dépôt des substances que ces eaux tenaient en suspension, soit par celui des matières qu'elles renfermaient d'abord à l'état de dissolution. C'est au milieu de ces terrains de sédiment que se rencontrent les fossiles. Pendant les longues périodes de repos où se formèrent ces dépôts, une population considérable d'animaux et de végétaui vivait au sein des eaux ; quand les cadavres de ces êtres organisés tombaient au fond de la masse liquide, ils étaient reçus dans le limon pâteux, qui en prenait l'empreinte, ot les parties fixes de leur corps, les os, les dents, la coquille, étaient englobées et restaient intactes, puisqu'elles étaient à l'abri de la putréfaction par leur nature minérale. Plus tard le limon, à la suite d'un soulèvement, a cessé d'être le fond de la mer, il est devenu terre sèche, s'est consolidé avec les débris animaux ou végétaux qu'il renfermait dans sa masse. Ces restes innombrables constituent les fossiles que le naturaliste étudie actuellement, et à l'aide desquels il fait revivre le monde du passé.
C'est ainsi que le géoli^e retrouve parfois la substance primitive de rètre anéanti, et que notamment les
LES PltEMIERS ÂGES. 37
buitres et un grand nombre de mollusques apparaissent 'avec leurs coquilles, qui ont gardé parfois leur aspect et leurs couleurs. Mais il arrive plus fréquemment que le temps a seulement respecté quelques parties de l'individu et que d'autres ont été détruites; on remarque même très-souvent que la coquille d'un mollusque a disparu et que son >noule seul est nettement c< ilans la roche où elle a laissé son empreinte.
Les coquilles, les empreintes de feuilles, les débris d'ossements ne sont pas les seuls traces des mondes du passé. Les êtres les plus délicats, comme les insectes (fig. 10), ont laissé subsister leur fidèle image au sein des assises du globe; il n'est pas jusqu'aux plus petits
animalcules dont on ne rencontre, les infimes débris : un savant observateur, M. l'abbé Castracaue, a démontré récemment que les microscopiques diatomées se trouvent dans les plus anciennes roches de l'histoire ter-
restre'. Les foraminifèrcs abondent dans les gisements de craie ; la dépouille des infiniment petits forme
actuellement !c9 plus imposantes assises de l'enveloppe terrestre.
L'eiistence des anciens habitants de notre globe ne se révèle quelquefois ni par des restes de leur suijs-
tfif. lî. -
lance, ni par des empreintes de leur corps ; elle peut se manifester par des traces extérieures, comme celle de leur passage sur un terrain mou, que plus tard le temps a durci. On a trouvé en Ecosse une plaque de grès où s'apercevaient très- nettement les empreintes des pas d'une tortue fossile (fig. \i); paieillc découverte
•i) LES FOSSILES.
s'est faite aux Etats-Unis, où les pieds gigantesques de formidables batraciens ont souvent laissé, dans des roches anciennes, leur moule nettement gravé, comme celui d'un cachet dans de la cire molle. 11 n'est pas jusqu'à des gouttes d'eau de pluie dont la marque ne se distingue au milieu de certaines formations géologiques (fig. 12) : les ondulations des vagues des mers antérieures sur les plages de mondes disparus, Taction du vent sur des sables d'un autre âge se manifestent parfois encore par des empreintes irrécusables.
Tous ces débris, tous ces veshges, toutes ces ruines se rencontrent à profusion dans les terrains sédimentaires déposés au sein des eaux.
Mais, à différentes reprisées, les matières ignées intérieures sont venues percer le sol primordial ou les couches sédimentaires ; ils y ont formé les roches éniptives^ des filons ou des terrains plutoniens en relevant les dépôts aqueux, en changeant leur niveau primitif ou leur situation horizontale.
On conçoit donc comment le travail des feux souterrains a pu soulever les montagnes par l'élévation des couches inférieures , et comment, les eaux ont d'autre part donné naissance à des roches, à des massifs géologiques par voie de sédimentation. Nous ne pouvons indiquer que très - sommairement les idées relatives à ces grands phénomènes. Nous dirons toutefois que la réaction du noyau en fusion sur Tépiderme solide a souvent déterminé des rehaussements et des affaissements d'une façon lente et continue;
raction se continuant dans le même sens pendant des milliers d'années, on comprend en effet que Taccuraulation conlinuelle de petits effets puisse produire des résultats immenses.
En comparant soigneusement les diverses strates superposées et les fossiles dont elles abondent, les géologues ont pu déterminer l'âge relatif des couches et des groupes de strates. Ces diverses roches neptuniennes superposées et différemment composées ont été groupées dans un ordre idéal, embrassant la totalité de l'histoire organique de la terre, c'est-à-dire de cette partie de la durée géologique pendant laquelle la vie organique existait. « De même que l'on a divisé ce que l'on appelle a l'histoire universelle » en grandes et petites périodes, caractérisées par l'épanouissement successif des principaux peuples et limitées par les faits saillants de leur histoire, de même nous subdivisons la durée infiniment longue de l'histoire organique terrestre en une série de grandes et petites périodes. Chacune de ces périodes est caractérisée par une flore et une faune spéciales, par le développement prédominant de tel groupe ionné d'animaux ou de végétaux; chacune d'elles se distingue de la période précédente et de la suivante par un changement partiel, mais frappant, dans la composition de sa population organique ^ »
Voici comment on peut représenter le tableau de cette classification des terrains, adoptée par la géologie moderne. On divise habituellement les couches terres-
Hîcckcl.
très de la façon suivante, en partant de la surface du globe, où se trouve le terrain contemporain :
ÉPOQUE on PERIODE CONTEMPORAINE.