ACTE PREMIER
que d'elle. Une pauvresse que j'ai fait élever parce que sa mère a été mon amie de pension, une fille qui me doit tout, à laquelle j'allais jusqu'à promettre une petite dot... En attendant qu'on lui trouve un mari, je la mets auprès de ta sœur.... Glaire est presque toute l'année seule avec des figures sérieuses, je me croyais bien inspirée en lui donnant une compagne de son âge... La récompense ne s'est pas fait attendre!
ROBERT, assis, courbé en deux, les yeux fixés sur le parquet.
Mademoiselle Vatrin est incapable d'ingratitude... Sûrement, vous avez eu des motifs quand vous l'avez priée, cet été, d'aller vivre ailleurs.... Mais je doute qu'elle se soit montrôo oublieuse de vos bontés.
LA DUCHESSE
Tu doutes!... Pourtant je dois avoir mes raisons lorsque je prends une résolution aussi grave... J'ai remercié mademoiselle Vatrin parce que ses façons avec vous autres hommes étaient beaucoup trop familières pour une fille de vingt-six ans. Je lui en ai fait l'observation qu'elle a prise de très haut. Nous nous sommes séparées.
ROBERT
Elle m'a raconté la scène, en ajoutant que vous lui aviez offert une pension qu'elle a refusée.
LA DUCHESSE, très émue.
Raconté!... à toi?... A quel titre?... Mais alors...
ROBERT, se levant.
Elle était ma maîtresse, oui... Nous nous aimons profondément. Ce que vous appeliez sa mauvaise tenue, c'était cela que vous ne compreniez pas et que nous n'avions ni l'un ni l'autre la présence d'esprit de dissimuler.
LA DUCHESSE, lui prenant les mains avec un trouble étrange.
Robert, tu ne sais pas, il est impossible que tu saches, quelle émotion ta confidence me cause!...
ROBERT
Vous craignez peut-être que je vous supplie de me la laisser épouser... Non... Hélène se rend compte aussi bien que moi combien cela serait déplacé!
L'épouser!... L'idée ne m'en est même pas venue.... Où ai-je la tète?... Ah! tiens !... J'avais ce soir du chagrin plein le cœur, et voilà que je me sens toute changée!... Il ne faut jamais désespérer...
ROBERT
M'aimez-vous à ce point, maman?... L'idée qu'il y a encore dans mon âme une étincelle brûlante, vous ravit... Ne vous en défendez pas, c'est d'une évidence!... Ce grand attachement vous comble de joie, pauvre mère, comme si le mot attachement n'était pas ici un contresens, comme s'il exprimait qu'on est lié à l'être chéri de façon à ne pouvoir mourir tant qu'il vivra... Hélas!... Enfin, vous n'êtes pas trop fâchée, et je suis bien content!