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162 CONTES KABYLES Mariage de Si Djeh’a avec la fille d’un Sultan
Dès que Djeh’a et le propriétaire du mulet se furent séparés, Djeh’a se mit à la recherche du chien qui s'était constitué caution pour les autres chiens. Quand il l’eut trouvé, 1l lui dit : « Maintenant je veux que tu me donnes mon argent. » Le chien prit la fuite. Djeb’a le poursuivit en disant : « La fuite ne te sauvera pas. »
Il avait l'intention de mettre en œuvre, au moyen de ces chiens, une certaine ruse car il avait entendu dire que la fille du sultan, depuis le jour de sa naissance, n'avait ni ri, ni parlé. Il avait entendu dire que le sultan avait dit : « Je donnerai ma fille à celui qui la fera parler. »
Djeh’a alla acheter une corde qu'il noua autour d’un arbre. Il courut réunir tous les chiens. Tous ceux qu'il attrapait étaient attachés à cette corde. Dès qu’il les eut tous attachés, 1l se mit à les poursuivre avec un bâton en répétant : « Donnezmoi mon argenl. »
La maison du sultan faisait face à l'arbre auquel les chiens étaient attachés. La fille du sullan regardait ce spectacle de sa fenêtre. Djeh’a poursuivait toujours les chiens; tantôt il se
présentait à eux d'un côté, alors les chiens se sauvaient de l’autre côté ; tantôt il les poursuivait et ils se sauvaient dans une autre direction.
La fille du sultan se mit à rire. La négresse l’entendit et alla trouver le sultan : « Seigneur, dit-elle, ma maîtresse rit. » Le sultan accourut à la hâte. Arrivé près de sa fille: « Ma fille, lui dit-il, pourquoi (ris-tu?) De ta vie tu n'avais jamais ri. Aujourd’hui, c’est Dieu qui a épanoui ton cœur, »
— « Mon père, répondit-elle, tu vois ce que fait cet homme avec ces chiens ; c’est à cause de cela seulement que je ris. »
Le sultan dit à son esclave: « Va vers cet homme qui a attrapé les chiens. Dis-lui : allons, donne la liberté à ces chiens ; le sultan te dit : viens. » Le nègre partit. Quand il fut arrivé auprès de Si Djeh'a, il lui répéta les paroles du sultan.
— « Je ne les mettrai pas en liberté, déclara Djeh’a, car je leur ai vendu tout un bœuf le marché passé. Ce marché-ci, ils ont refusé de me payer. »
— « Viens donc vers le sultan, fou quetu es, reprit le nègre. Il t’enrichira s1 Dieu (veut bien) l'enrichir. » Le Sultan lui-même m'a dit : « dis-lui de venir et de lâcher ces chiens ; c’est moi qui le payerai. »
Djeh'a mit les chiens en liberté en disant au nègre : « Peut-être te moques-tu de moi et voilà tout. »
— « Viens donc et suis-moi », répondit l’autre.
Djeh'a alla avec lui quand il fut arrivé à la maison du sultan, ce dernier lui dit: « Que faisais-tu à ces chiens ? »
— « Le marché passé, répondit Djeh'a, je leur ai vendu un bœuf entier. Ils l'ont mangé. Aujourd'hui je leur ai dit: Donnez-moi mon argent.
Ils ont refusé. Alors je les ai attrapés. »
-— « Combien leur réclames-tu ? »
— « Vingt douros. »
— « Viens », dit le sultan qui fit entrer Djeh a dans une chambre. Djeh’a vit que cette chambre était pleine d'argent.
— « Avance, dit le monarque, et prends ce que tu voudras, »
— « Ce n’est pas cela que je veux, fit Djeh'a. Laisse-moi partir seulement et aller rattraper mes débiteurs. »
La fille du sultan était là. Elle se mit à rire.
— « Tu as raison de te moquer de moi, lui dit Djeh'a, car, après avoir réuni ceux qui me doivent de l'argent, j'ai été joué par vous. Ton père a oublié le serment qu'il a fait autrefois à ton sujet. A présent, laisse-moi tout sim-
plement partir à la poursuite de mes débiteurs ‘. »
Le Sultan, en voyant Djeh'’a très sale ?, n'avait pas voulu tout d'abord lui dire: je te donne ma fille. Mais Djeh'a, en prononçant devant eux le mot de serment, fit souvenir le sultan (de sa promesse).
— « Allons, lui dit-il, épouse ma fille. »
— « Je ne l’épouserai pas, » répondit Djeh’a qui lui fit cette réponse dans le but de se faire passer pour un personnage important.
— « Pourquoi ne l’épouseras-tu pas ? »
— « Parce que, bien que vous me voyiez trèssale, je suis cependant le fils d'un Sultan. Tâchez donc de ne pas me prendre pour un autre *. »
— « C’est bien ce que je désirais moi aussi, fit le sultän. Je tenais à ce que ma fille épousât un fils de sultan et non un paysan quelconque. »
Ensuite il lui donna sa fille. Djeh’a l’épousa.
— « Maintenant, mon gendre, lui dit le sultan, habiteras-tu chez moi ou habiteras-tu dans ta maison ? »
— « Je n’habiterai pas chez toi, répondit Djeh'a. J'ai une maison. »
— « Alors, voici ta femme, prends-la ; prends