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Ils entrèrent et se mirent à chercher. Ils fouillèrent toute la maison et ne trouvèrent rien. L'un d'eux, ayant avisé le grand plat de bois qui était sens dessus dessous, s'en approcha, le souleva et trouva dessous la tête de mouton. « Dans cet endroit qui nous était suspect, dit-il à ses compagnons, je viens de trouver une tête de mouton. Il est probable alors que ce n’est pas Djeh’a qui a tué le muezzin. » [ls s'en allèrent tous chez eux. Djeh'’a était sauvé.
Si Dijeh”’a et le Chacal
Djeb’a se rencontra avec lui dans une forêt.
« Chacal, lui dit-il, comment est fait ton caracière? Tu ne fais que te promener dans la forêt nuit et jour. Allons, viens avec moi à la maison. Nous habiterons ensemble. Ce que je mangerai, tu le mangeras ; si je ne fais rien, tu ne feras rien non plus. »
— « Dieu m'a créé, répondit le chacal, pour que je me promène dans les bois et 1l m'est impossible d'aller demeurer dans une maison. »
— « Mon intention, reprit Djeh'a, est de te faire du bien. »
« — Tu es rusé, dit le chacal ; mais je le suis
dix fois plus que toi. Par conséquent ce n’est pas toi qui pourras me jouer un tour . »
— « Mon cher, Je ne possède pas même une seule ruse ; c'est toi qui es un méfiant. Quant à moi, je voudrais que tu viennes avec moi à la maison manger et boire. Cela vaut mieux que de te promener ainsi dans la forèt, en butte aux épines, au froid et à la faim. »
— « Je te répéte, dit le chacal, que tu es un grand fourbe. Je Le suis aussi. Ne nous rencontrons donc jamais. »
— « Et pourquoi? fit Djeh'a. Ne sommes-nous pas frères ? J'étais ému de pitié pour toi, sans cela, je ne t’aurais point parlé ainsi. »
— « Je t'ai dit, et je te répète que je n'irai pas. Mais, du moment que tu refuses, eh! bien, j'y vais, dit le chacal. »
Djeh’a partit accompagné du chacal. Quand ils furent arrivés à la maison, le chacal dit: « Je n'entre pas dans la maison ; je dormirai ici devant la porte. »
— « Pourquoi ne dormirais-tu pas dans la maison? interrogea Djeh'a. Ici dehors, il fait froid. »
— « C'est ici que je veux (rester), car je suis
1. Littéralement : « Si {u possèdes une ruse, moi j'en ai dir. Maintenant, ce n'esl pas, lu es venu, lui, lu le moqueras de
moi. Sur cette allusion à uu conte très répandu, cf. R. Basset, Contes populaires berbères, note 2, p. 131-134.
habitué au froid. Je n’entrerai donc pas dans la maison. »
— « C’est bien, dit Djeh'a. Reste là. »
Le chacal demeurait habituellement à cet endroit et Djeh’a dans la maison. Au moment du dîner, Djeh’a lui apportait son diner. Le matin il Jui donnait son déjeûner. Enfin un jour, Si Djeh’a qui devait sortir fit des recommandations à sa femme. « Fais attention, lui dit-il. Ne laisse pas sortir ton fils. » Il savait que le chacal était sujet à caution. Il partit et s'’absenta. Sa femme se livra à ses occupations habituelles. Le petit garçon sortit. Le chacal le vit, se précipita sur lui et le dévora. Il lécha bien tout le sang, ne laissant absolument rien afin que rien ne parût.
La mère du petit garçon sortit à la recherche de son fils. Ne le trouvant point, elle alla auprès du chacal et lui dit: « C’est peut-être toi qui as mangé mon enfant. »
— « Très bien ! fit le chacal. Ah ! c’est ainsi! Pourquoi donc ton mari m'’a-t-1l amené ici ? Est-ce pour être importuné aujourd'hui par tes criailleries ? »
Si Djeh’a, qui arrivait à ce moment, s'arrêta dans la rue ct entendit sa femme pleurer. Il vint en courant et lui dit : « Qu'est-ce qui te prend ?
— « Ce chacal que tu as amené ici a dévoré ton fils. » Alors le chacal faisant semblant d’être en
colère dit à Djeh'’a : « Je te l’ai dit le premier jour : laisse-moi, je n’irai pas. » Enfin c’est toi qui m'as amené ici par force. Maintenant, Dieu te bénisse ! C’est donc ainsi que les amis agissent envers leurs amis ! Laisse-moi partir dès à présent. »
— « Reste donc, lui dit Djeh’a, et ne fais aucun cas des paroles d'une femme. »
Il alla trouver sa femme et lui dit : « Tais-toi, te dis-je, afin qu'il reste et ne s’en aille pas. Quant à mon fils, je me doute que c’est lui qui l'a mangé. Pour le moment, laissons-le rester " pour que je le tue, lui qui a dévoré mon enfant.
Le chacal pressentait cela. Si Djch’a calculait en lui-même, qu'après avoir laissé le chacal s'endormir, il irait à lui et l’égorgerait. Ce soir-là, le chacal, prévoyant ce qui allait lui arriver, laissa ses hôtes s'endormir, sauta par-dessus le mur et prit la fuite. »
Si Djeh’a s'étant levé ainsi que sa femme, alla à cet endroit-là. Il trouva que le chacal était parti. Il retourna auprès de sa femme : « C’est toi, lui dit-il, qui l'as fait partir. Si tu n'avais pas crié après lui, il ne se serait pas sauvé et nous l’aurions tué. Mais après la scène que tu lui as faite, il est parti forcément. »