‹ Les fourberies de Si Djeh'aChapitre 71 sur 114 · Littéralement : mullipliaient les paroles · texte numérisé non relu

Littéralement : mullipliaient les paroles

86 CONTES KABYLÉS

Dicu, s’écria Djeh’a, fais qu'ils ne mentent pas; fais que ce soit moi qui aie menti ! »

Si Djeh’a et ses hôtes

Il faisait cuire de la viande. Deux de ses amis viennent chez lui. L’un prend un morceau de viande et dit: « Cette viande a besoin de sel. » L'autre saisit aussi un second morceau de viande et dit : « Cette viande a besoin de vinaigre. » Si Djch'a s'empare de tout ce qui reste et leur dit : « La marmite a besoin de viande. »

Si Djeh’a et les dix aveugles

Il était assis sur le bord d’une rivière lorsque dix aveugles arrivèrent et lui dirent: « Passenous de l’autre côté de la rivière ; nous te donnerons un franc par tête. » — Bien, répondit-il. » Il les passa l'un après l’autre jusqu’à ce qu'il en eût passé neuf. Il en restait un. Djeh’a revint vers lui et l'emporta. Quand il fut arrivé au milieu de la rivière, le courant l’entraîna. Il lâcha l'aveugle afin de se sauver lui-même. Les autres aveugles poussèrent des cris et lui dirent: «hé! l’homme,

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tu veux donc noyer notre frère !» — « Il ést inutile de tant crier, répondit Djeh’a. Donnez-moi neuf francs, retenez un franc et admettons que je n’aie pas passé celui-là. »

Si Djeh’a et ses deux amis

Un jour, Djeh’a et deux de ses amis conduisaient deux brebis et un mouton qu'ils avaient achetés au marché. Lorsqu'ils furent arrivés à la maison, ses amis lui dirent : « Si Djeh’a, comment les partagerons-nous ? » — « Vous deux, répondit Djeh’a, (prenez) une brebis ; moi et le mouton (nous prendrons) l’autre brebis. »

Si Djeh’a et ses amis au bain

Un jour, ses amis causaient et disaient entre eux : « Emmenons Si Djeh’a au bain, nous nous moquerons de lui. » Ils emportèrent tous des œufs avec eux. Si Djeh'a ne savait rien de cela. Ils partirent. Quand ils arrivèrent au bain, ils dirent : « Allons, pondons tous des œufs. Celui qui ne pondra pas un œuf payera le prix du bain pour nous. » L'un d'eux se leva, se mit à caqueter

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à la manière des poules et retira un œuf de dessous lui. Tous les autres en firent autant. Le tour de Si Djeh’a étant arrivé, il se leva, chanta comme un coq et se précipita sur ses amis qui se levèrent et s’enfuirent en disant: «Que fais-tu donc, Si Djeh’a ? » — « Quoi ! dit-il, vous êtes vingt poules : il faut bien qu'il y ait un coq parmi vous. »

Si Djeh’a et le pain

Un jour qu'il voyageait avec des gens, ceux-ci achetèrent du pain. Quand ils furent arrivés à un certain endroit, ils s’assirent pour déjeuner. Si Djeh’a leur dit : « Mes enfants, je ne puis manger un pain à moi seul, que chacun de vous prenne un pain pour sa part. Puis vous me donnerez la moitié de chaque pain ; c’est tout ce que je peux manger. »

Si Djeh’a et le Chrétien

Un jour, si Djeh’a vit un chrétien qui mangeait de la viande pendant le carême. Si Djeh'’a s’assit et mangea avec lui. — « Si Djeh’a, lui dit le chrétien, la viande des animaux tués par nous est interdite aux Musulmans. » — « Je suis parmi les Musulmans ce que tu es parmi les Chrétiens, répondit Si Djeh'a. »

‘LES FOURBERBIES DE 81 DJEH'A 89 Si Dijeh’a et le propriétaire de la marmite

Un jour, Si Djeh’a alla chez un de ses voisins et lui dit: « Prête-moi une marmite pour y faire cuire (quelque chose). » Le voisin la lui préta. Le lendemain, Djeh’a lui rendit la marmite dans laquelle il avait mis une petite marmite. Arrivé chez lui, 1l lui dit : « Voici ta marmite » Le voisin la prit, trouva celle qui était dans l’intérieur et dit à Djeh'a : « Qu'est-ce que c'est que cette marmite-ci ? » — « C'est ta marmite qui l'a mise au monde, répondit Djeh'a. » — « C'est bien, dit l’autre » ; et 1l prit les deux marmites. À quelque temps de là, Si Djeh’a retourna chez ce voisin. — « Prête-moi la marmite, lui dit-il. » Il la lui donna et Si Djeh’a ne la lui rendit pas. Un jour, le voisin alla chez Si Djeh’a et lui dit: « Donnemoi la marmite. » — « Elle est morte, dit Djeh'a. » — Comment ! Est-ce qu'une marmite meurt? fit le voisin. » — « Tout ce qui engendre meurt, déclara Djeh’a. »

X VII Si Djeh’a et le Cadi

Si Djeh'a se promenant, un jour, trouva dans la campagne le cadi endormi et ivre. Il lui prit son

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manteau et s’en alla. Quand le cadi se réveilla. il constata que son manteau lui avait été volé. Il envoya des gens faire des recherches dans le village pour le retrouver. Ces gens trouvèrent Si Djeh’a revêtu de ce manteau. Ils l’emmenèrent. Quand il fut arrivé chez le cadi, celui-ci lui dit : « D'où te vient ce manteau ? » — J'ai trouvé un homme ivre, répondit Djeh’a. J'ai uriné sur lui et je lui ai pris son manteau. S'il est à toi, le voici ; prends-le et excuse-moi. » — « Eloigne-toi de moi, être infect, dit le cadi. Ce manteau n'est pas le mien. »

X VIII Si Djeh’a et la sauce du lièvre

Ün paysan lui apporta un lièvre et lui en fit cadeau. Si Djeh'’a fit cuire le lièvre qu'il donna à manger à cet homme. Quelques jours après, un autre individu arrive et frappe à la porte. — « Qui es-tu ? demande Djeh’a. » — « Je suis le voisin de celui qui t’a apporté un lièvre, répond l’homme. » Djeh’a le fait entrer et lui donne à manger. A quelque temps de là, un autre homme arrive et frappe à la porte. — « Qui est là ? dit Djeh'’a. ». — « Je suis le voisin du voisin de l'homme qui t'a apporté un lièvre, répond l'inconnu. » Djeh’a le

fait entrer et place devant lui de l’eau chaude. — « Qu'est ceci, fait l'individu ? » — « Ceci, dit Djeh’a, c’est la sauce du lièvre. »

Si Djeh’a et le clou

Le jour où 1l vendit sa maison, un homme la lui acheta. — « Mon ami, lui dit Djeh'’a, je t'ai vendu la maison ; mais le clou qui est planté dans le mur, je ne te l’ai pas vendu. Demain, ne va pas dire ; « tu m'as vendu aussi le clou. » Je ne te l'ai pas vendu, je ne t'ai vendu que la maison. » — « C’est bien, répondit l'acheteur. Je t’achète la maison. Le clou qui est planté dans le mur, je ne te l’achète pas. »

L'acheteur pensait: « Ce clou m'est égal. J'ai acheté la maison ; peu m'importe le clou.»

Si Djeh’a alla trouver sa mère : « O0 ma mère, que de jours nous avons passés avec la faim ! Aujourd’'hui, j'ai vendu la maison. » — Elle dit : « Comment ! tu as vendu la maison ! Et où habiterons-nous ? Outre la faim, il nous faudra encore dormir à la belle étoile? » — « Ne crains rien, Ô ma mère, répondit Djeh’a. Je lui ai vendu la maison ; mais je me suis réservé un clou que j'ai planté dans le mur. Je ne le lui ai pas vendu.

Maintenant, c’est avec ce clou que je lui reprendrai la maison. Nous mourons de faim ; c’est pour cela que j'ai imaginé cetie ruse afin que l'acheteur nous donne de l'argent, et alors nous mangerons. Quant à la maison, il en sortira. » — « Comment ! fit-elle. Tu lui as vendu la maison et tu dis qu’il en sortira! De quelle manière en sortira-t-il, attendu qu'il t’a remis l'argent en présence de témoins ? » — « Tiens-toi seulement en repos, répondit Djeh’a. C’est moi qui vais combiner un plan dans ma tête afin de le faire sortir de la maison. » — « Fais ce que tu voudras, dit-elle. »

Si Djeh’a s’en alla acheter des peaux d’animaux. Il les apporta et les suspendit à ce clou. Il y suspendit également des boyaux. Peaux et boyaux restèrent là. Un ou deux jours après, ces peaux ct ces boyaux sentirent mauvais. Djeh’a vint et Les laissa comme ils étaient.

Celui qui lui avait acheté la maison vint le trouver et lui dit: « Qu'est-ce que c’est que ce marché-là, Si Djeh’a ? Tu as apporté des peaux et des boyaux et tu les a suspendus dans la maison ! Ils sentent mauvais. Qui pourrait, à présent, rester dans ce logis ? » — « Ami, répondit Djeh'’a, je t’ai vendu la maison, n'est-ce pas ? Le clou, je me le suis réservé et je t'ai dit que je ne te le vendais pas. À présent tu n'as plus rien à dire. » — L'autre lui dit: « Va à ta maison. Moi je la

quitte. Je t’abandonne et l'argent et la maison. Je ne puis plus y demeurer. C'est une infection générale et la maison elle-même est empestée. » — «Eh bien, dit Djeh’a, si tu veux sortir de la maison, sors. L'argent, je l'ai dépensé et je ne te rendrai même pas un sou. » — « Je te fais grâce de la maison et de l’argent que je t'ai remis, lui dit l'acheteur. »

S1 Djeh'a partit et retourna à sa maison. L'autre se mit en quête d'un nouveau logement.

Si Djeh’a et le juif

Si Djeh’a faisait chaque jour cette prière : « O mon Dieu, donne-moi mille dinars (pièces d’or). . Mais s’il en manque un seul, je ne les accepterai pas. » Il y avait un Juif, son voisin, qui l’entendait chaque jour prononcer ces paroles.

Un jour, le juif dit en lui-même : « Je vais les lui jeter pour le mettre à l'épreuve. » IL lui jeta une bourse contenant neuf cent quatre-vingt-dixneuf dinars. Aussitôt que Djeh’a eut ramassé la bourse, il compta les pièces d'or et vit qu'il en manquait une. — « Celui qui d'habitude donne beaucoup ne regrette pas de donner peu, se dit Djeh’a. Je te loue ô mon Dieu, et je te remercie.

Tu m'as donné ce que je te demandais. Bien qu'il manque un dinar, cela ne fait rien. »

Il mit l'argent dans sa malle. Le juif l'avait entendu. Il se fâche et va chez Djeh’a en courant. Il arrive, 1l frappe à la porte. — « Qui est là ? fait Djeh'a. — « C’est moi, répond le juif. » Djeh’a lui ouvre la porte et lui dit: « Que veux-tu? » — « Apporte-moi cet argent », dit le juif. — « Quel argent ? Dieu m'a donné ce que je lui demandais. Il manque un dinar, mais cela m'est égal. » — « Ce n'est pas Dieu qui t'a donné cet argent, reprend le juif. C’est moi qui te l’ai jeté dans le but de t'éprouver. Maintenant, assez causé. Rendsmoi mon argent. »

Ils se disputèrent et le juif lui dit: « Allons tous deux au tribunal. » — Je suis vieux, répondit Djeh'a. Je ne puis pas marcher. Prête-moi ton âne afin que je monte dessus, » — « C’est bien », dit le juif ; et 1l lui prêta l’âne. — «Je suis mort de froid, ajouta Djeh’a. Prête-moi ton manteau. » — « C’est bien », dit le juif ; etil lui prêta aussi son manteau. Ils allèrent au tribunal. Quand ils furent arrivés chez le cadi, le juif dit à ce magistrat: « Seigneur juge, cet homme-ci me doit neuf cent quatre-vingt-dix-neuf dinars. » Et il conta toute l'aventure au cadi. — « Est-ce vrai? demanda le juge à Si Djeh’a. » — « Il ment, s'écria celui-ci. Telle est du reste son habitude. Je crains même

qu'il ne dise que cet âne-ci et ce manteau lui appartiennent également. » — « Mais oui, seigneur juge, tout cela est à moi, dit le juif. C’est moi qui lui ai prêté Le tout. » — « Chasse d'ici ce méchant juif, dit le cadi à l'huissier. »

Le juif s’en retourna tout confus. Si Djeh'a garda l'argent l’âne et le manteau.

Si Djeh’a et le mort assasssiné

Il trouva un jour, dans le vestibule de sa maison, un homme qui avait été assassiné par des ennemis. Ceux-ci avaient jeté le cadavre dans le vestibule de la maison de Si Djeh’a. Dès que Djeh'a vit le corps, il l’emporta et le jeta dans un puits. Il alla ensuite auprès de son père et lui dit : « J'ai trouvé un homme que l’on a assassiné. On l'a jeté dans notre maison. Après l'avoir trouvé, je l'ai emporté et je l'ai jeté dans le puits. » — « Non, mon fils, dit le père. Retire-le du puits. Peut-être viendra-t-on faire des recherches dans le puits et si on l'y trouvait, nous serions perdus. Dès maintenant sors-le du puits. Nous l’enterrerons ; cela vaudra mieux. » Si Djeh’a alla retirer le cadavre et l’enterra. Il égorgea un mouton qu'il jeta dans le puits.

Les parents du mort arrivèrent pour faire des recherches. Ils entrèrent dans la maison de Si Djeh'a qui leur dit : « Il y a ici un mort. Venez le reconnaître. C’est peut-être lui ‘. » Il alla au puits dans lequel il descendit. Il prit la tête du mouton, appela les gens et leur dit: « Votre ami avait-il, oui ou non, des cornes ? » Ces gens furent stupéfaits. [ls partirent en disant : « C’est un idiot. »

Si Djeh’a et l’Arabe

Il se promenait dans la campagne. Il avait faim. Il trouva un Arabe qui mangeait. Il alla vers lui, pensant qu'il l'inviterait à manger. Il arriva près de l’Arabe qui ne lui fit aucune invitation et qui lui dit : « D'où es-tu, mon frère ? » — « Je suis de ton village », répondit Djch'a.

— Alors tu nous apportes de bonnes nouvelles.

— Je t'apporte toutes les bonnes nouvelles que tu voudras.

— As-tu quelques nouvelles de notre village ?

— J'en ai, répondit Djeh’a.

— As-tu des nouvelles de Omm Othman ? (C'était la femme de cet Arabe).

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