C'est-à-dire celui que vous cherchez
— Oh! fit Djeh’a, elle se dandine comme un paon.
— Et comment se porte mon fils Othman ?
— Il joue habituellement aux billes avec ses camarades.
— Comment va le chameau ?
— Îlest près d'éclater tant 1l est gras.
— As-tu des nouvelles de notrechien T'it'ouh'?!
— Il est très méchant et ce n’est pas peu dire. Les voleurs ne peuvent pas pénétrer dans le parc à cause de la terreur {qu'il inspire.)
— Et notre maison, dans quel état est-elle ?
continua l’Arabe.
— Comme une forteresse, répondit Djeh'a.
Alors l'Arabe garda le silence. Il mangea et n'invita pas Si Djeh’a. Celui-ci se leva pour s’en aller.
— Où vas-tu, Ô mon frère ? interrogea l’Arabe.
— Je vais au village, repartit Djeh’a. Depuis le
1. Ce sont les bergers Kabyles qui, d'ordinaire dressent les chiens et leur donnent des noms. Le jour, les chiens les accompagnent aux champs et gardent les troupeaux. La nuit, ils restent autour des maisons et font bonne garde. Les noms que les Kabyles donnent le plus communément à ces fidèles animaux sont les auivants : T'il’ouh’ qui signifie « dégourdi ; Bjouh' « fidèle ; As k’arjouj « essorillé » ; A:ouggar « rouge ;: Abark'ach « tacheté de blauc, de noir ou de rouge; Amellal « blanc ; Kah'louch « noir; Bilil’ « cendré.
Le chien de Si Djeh‘a « Tsaoui d koull ass « Apporte toujours » dont on lira les exploits au conte LIX®, a recu excep-
lionnellement ce nom qui indique très bien du reste le genre de services qu'il rendait à son maitre.
jour de la mort du chien T'ifouh’ les voleurs fourmillent.
— Le chien T'itouh’ est mort? fit lArabe.
— Oui.
— De quoi est-il mort ?
— Il a trop mangé de la viande du chameau, et il est mort.
— Le chameau est donc mort aussi ?
— Oui, répondit Djeh’a.
— De quoi est-il mort ?
— Ïl a butté contre la tombe d'Omm Othman.
— Omm Othman est morte ?
— Oui.
— De quoi est-elle morte ?
— Du chagrin qu’elle a eu (dela perte) d'Othman.
— Othman est mort ?
— Oui.
— De quoi est-il mort ?
— La maison s’est écroulée sur lui et il est mort.
À ces mots l’Arabe se leva comme un fou et partit dans la direction de son village en abandonnant sa nourriture. Si Djeh’a mangea tout ce qui restait.
Si Djeh’a et le caid de son pays
Ce caid aimait passionnément les femmes. Si Djeh'a ani la fréquentait souvent, lui faisait des
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remontrances. — « Comment, lui disait-il, toi qui es caid, raffoles-tu ainsi de toutes les femmes ? Sois un peu raisonnable. Crains le Seigneur. C'est honteux pour toi.» Ces paroles pénétrèrent jusqu'au fond du cœur du caiïd.
Ce chef avait pour servante une femme d'une grande beauté qui, s’étant aperçue de la mélancolie de son maître, lui dit: « Qu'est-ce qui te prend, seigneur ? » — Djeb’a m'a dit telle et telle chose », répondit le caid. — « Ce n’est que ça ? fit- . elle. Eh bien, donne-moi la permission de me rendre chez lui. Toi, tu resteras ici un moment et tu arriveras chez Djeh’a à l'improviste. Tu verras ce que je lui ferai et tu admireras l’état dans lequel tu le trouveras. » — « Va, lui dit le caid. » Elle partit. Quand elle arriva chez Si Djeh'a elle s’assit avec lui dans la maison. En la voyant, Djeh’a en devint éperdument amoureux. Il se rapprocha d'elle. Elle battit en retraite. Il la poursuivit. Partout où elle s’asseyait, il allait près d'elle. — « Reste à ta place, Si Djeh'a, lui dit-elle. Ne t’approche pas de moi. Si tu veux t’approcher, laisse-moi monter à califourchon sur toi; tu marcheras à quatre pattes, moi étant sur ton dos. » — « Viens, dit Djeh’a. » Elle lui mit une selle et une bride et monta sur lui à califourchon. Il se mit à marcher à quatre pattes.
Le caïid arriva à l’improviste et lui dit: « Si
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Djeh’a, tu me défendais d'aimer les femmes ; et toi, voilà l’état dans lequel tu es ! » — « Seigneur, lui répondit Si Djeh’a, je craignais de te voir devenir un âne, tout comme Je suis. » Le caid se mit à rire et lui fit un cadeau.
Le juif qui veut voir Dieu.
Il y avait un Juif qui, chaque jour, faisait à Dieu cette prière : « Ô mon Dieu, montre-toi à moi. » Il priait sous un arbre. Si Djeh'a, se promenant un jour, l’entendit parler ainsi. Le lendemain il partit et arriva avant le juif à cet endroit. Il monta sur l’arbre et se cacha dans le feuillage. Le juif vint et fit sa prière habituelle. Si Djeh'’a l’appela et Jui dit:« O mon adorateur, va prendre cent: dinars (pièces d’or) et donne-les à la femme de Djeh’a. Tu reviendras ici ensuite et tu me verras. »
Le juif fut au comble de la joie en entendant ces paroles. Il alla à sa maison, prit cent pièces’ d'or et les donna à la femme de Djeh'a. Il revint: | à l'arbre et dit : « O mon Dieu, j'ai fait ce que tu m'as dit. » Si Djeh'’a lui jeta une corde en disant :|: « Saisis cette corde, tu monteras jusqu’à moi. »£ Le juif empoigna la corde. Si Djeh'a le hissa ; quand il le vit à une certaine hauteur, 1l lâcha la
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corde. Le juif tomba et se cassa la tête. « O mon Dieu, dit-il, tu es insatiable ! Tu me prends mon argent, et de plus tu me casses la tête ! »
Les navets
Un jour, Si Djeh’a donna des grenades au caid, Le caïd fut content du cadeau. Un autre jour, Djeh’a allait lui apporter des navets lorsqu'il rencontra un de ses amis qui lui dit: « Si Djeh’a, si tu lui portais des figues, cela vaudrait mieux que des navets. » Djeh’a suivit ce conseil’. Il alla remplir une corbeille de figues. Quand il fut arrivé chez le caid, il les lui offrit. Le caid se mit en colère, les refusa et dit à ses chaouchs : « Jetez lui ces figues à la tête. Les chaouchs se mirent à lui lancer les figues à la tête. « Que Dieu fasse miséricorde à ton père, Ô mon ami, répétait sans cesse Djeh'a. » — « Pourquoi, demanda le caïd, parlestu ainsi ? » Djeb'a lui fit le récit fidèle de ce qui s'était passé et ajouta : « Je t'apportais des navets. C'est grâce aux conseils de cet ami que je t'ai apporté des figues et que j'ai laissé les navets. Si, ayant apporté des navets, on m'avait frappé avec cux, alors ma tête aurait été cassée en cent morceaux. » Le caïd sourit et lui fit un cadeau.