Littér. : mets un peu de raison dans ton cœur
LÉS FOURBERIES DE Si DJEH’A 417
— « Il n'y a pas seulement que des chaines ; 1l fait aussi des louis d'or. Mais je vais t'indiquer comment tu feras. »
— « Dis-le moi. »
— « Ne lui donne, reprit Djeh'a, que de l'herbe verte pour qu’il mange et se rassasie, et ne crains rien. »
— « Que Dieu augmente ta fortune et te bénisse ! » lui dit l'acheteur.
Si Djeh'’a, s'adressant alors à celui qui s'était querellé avec lui en lui disant : « C’est toi qui m'as vendu un bœuf le marché passé, » lui dit :
— « Le jour du marché prochain, je t'amènerai une jument qui pouline chaque mois et met bas un poulain. Quant au bœuf, mon fils, ce n'est pas moi qui te l’ai vendu. De ma vie, ajouta Djeh'a Je ne me suis joué de personne. » Si Djeh’a parlait ainsi afin d'inspirer de la confiance aux gens du marché qui écoutaient.
Cet homme alla au marché suivant ; il croyait vraiment y rencontrer Si Djeh’a avec la jument,
Celui qui avait acheté le dernier bœuf le ramena | pour le rendre à Djeh’a. Ils ne trouvèrent personne à cet endroit ; ils explorèrent tout le marché pourse rencontrer avecSi Djeh'a, ils ne letrouvèrent point.
Ils s’en allèrent chez eux en se disant l’un à l’autre : « Si Djeh’a nous a joués. » Depuis ce
temps-là, Djeh’a n'entra plus dans ce marché.
XXX VII Si Djeh’a ét les souliers de sa mère
Un Jour elle lui dit: « Je vais faire du bois. » Lui s'imagina que c'était vrai. Elle alla à un certain endroit, s’assit et étendit ses pieds l’un sur l'autre. Djeh’a vint et la vit occupée à mettre ses pieds l’un sur l’autre.
Le lendemain elle lui dit: « Mon fils, aller nu-pieds me tue. Achète-moi donc des souliers. » Djeh’a alla chercher du coton avec lequel il lui fit des chaussures. « Voilà, ma mère, tes souliers, lui dit-il.
— « Ça, fit-elle, combien de temps cela durecra?»
— « Ô ma mère, répondit Djeh’a si tu marches toujours autant qu'hier, ils dureront jusqu’à ce que tu meures. »
XXX VIII Si Djeh’a et le trésor
Quant Si Djeh'a était petit, 1l était quelque peu innocent et ignorant ; lorsqu'il fut un peu grand son intelligence s’éveilla *.
1. Mot à not : celles-ci combien elles me tiendront. 2. Littér. : il s'éveilla dans la personne de lui,
Un jour, c'était le jour où mourut son père, 1l resta seul au monde ; il n’avait plus que sa mère. Il prit une fois un bœuf pour le vendre. Chemin faisant, il rencontra une chouette.
— « Achètes-tu mon bœuf? » lui dit-il. La chouette cria : « Imiârouf.
— « M'en donnes-tu quinze (réaux) ? » continua Djeh'a.
— Imiârouf répéta la chouette.
— « Tu m'en donnes vingt ? »
— Imiärouf.
— « Tu m’en donnes vingt-cinq ? »
— Imiärouf.
— « Voilà ton bœuf. Et l'argent ? » ajcuta-t-l.
— Imiârouf.
— « Âu marché prochain ? »
— Inniârouf, chanta la chouette.
— « C'est bien. Voilà le bœuf. Quant à l’argent, je viendrai le toucher le marché prochain. »
— Imiârouf.
Djeh’a abandonna le bœuf et s’en alla.
Il arriva à la maison. Sa mère lui dit: « Et le bœuf, mon fils ? »
— « Je l'ai vendu, répondit-il, moyennant vingtcinq réaux. Quant à l'argent, (j'attendrai, jusqu’au prochain marché. »
Lorsque le marché suivant arriva, il marcha jusqu'à ce qu'il fût arrivé à l'endroit où il avait
120 CONTES KABYLÉS
abandonné le bœuf ; il trouva là la chouette qui chantait comme le premier jour.
— « Et l'argent ? » lui dit-1l.
— Imiârouf.
— « Aujourd’hui je toucherai mon argent. »
— Imiärouf.
Djeh’a s'avança vers elle en disant : « Aujourd'hui, 1l faut que je touche mon argent.» La chouette s’envola vers une ruine. Djeh'a s'avança et la poursuivit en disant: « Il faut que tu me donnes mon argent. »
— Imiôrouf, cria la chouette.
Djeh’a marchait la poursuivant toujours. Il la trouva dans la ruine. Elle se sauva encore une fois. Djeh’a trouva un trésor dans cette ruine.
— « Tu crois, dit-il à la chouette, que je suis un voleur comme toi? Moi, je ne vole jamais rien. Je vais prendre seulement ce qui m’appartient. » Il prit et compta ses vingt-cinq réaux.
Il s’en retourna. Quand il arriva à la maison il dit à sa mère: « OÔ ma mère, qu'il a de l’argent celui à qui j'ai vendu le bœuf! » Et il ajouta: « C’est moi-même, je te le jure, qui ai retiré de mes mains (les 25 réaux) du trésor. »
— « Mon fils, partons et allons chez lui, » dit la mère.
— « Ma mère, si tu veux, nous irons. Mais je crains que tu ne le voles. »
LES FOURBERIES DE Si DJEH’A 191
— a Fi donc, mon fils. Ton ami, chez qui nous allons en qualité d'hôtes, je lui déroberais quelque chose ! »
— « Eh ! bien, viens, partons. »
Elle s’empressa de faire cuire des fèves, des œufs et des crêpes. A la sortie du village, elle lui jeta les fèves. Djeh'a les ramassait en disant: « Mère, 1l pleut des fèves ! »
— « Ramasse, mon enfant. » — Djeh’a ramassait les fèves etles mangeait. Sa mère marchaittoujours. Quand ils furent arrivés à l’endroit en question, elle lui dit : «Monfils, où est lamaison de ton ami ? »
— « Elle est là, » répondit Djeh'a.
— « Montre-la moi donc. »
— « La voilà. »
— « Celle-là ? »
— « Viens, je vais te la montrer. »
Quand il l'y eut amenée, elle trouva le trésor. Elle jeta en l’air' des crêpes qui retombèrent sur Djeh’a. « Ah! ma mère, dit-il, il pleut des crêpes ! » Il se mit à les ramasser et à les manger. Sa mère s’occupait du trésor. « Prends garde de ne rien prendre, ma mère ! lui dit Djeh'a. »
— « Je ne prendrai rien, mon fils. » Lorsqu'elle eut enlevé le trésor, elle l’enveloppa dans une grande pièce de coton et l'emporta,