‹ Les fourberies de Si Djeh'aChapitre 90 sur 114 · Mot à mot : c’est ainsi · texte numérisé non relu

Mot à mot : c’est ainsi

il n'y aura plus rien.

3. Thechk'idh équivaut aux locutions arabes ma iechk’ach, ma kan h'adja.

ressemble ; rouge pour rouge, les deux objets sont d'égale valeur. » Djeh'a lui donna le louis, prit le plat et dit: « Pour l'amour de Dieu, montre-moi de quelle manière je puis porter ce plat. »

— « Tu ne ‘sais pas comment le porter ? » fit le marchand.

— « Si je le savais je ne tele demanderais pas. »

— « Apporte-le ici. Je vais te montrer comment tu le porteras ».

Le potier prit le plat dont 1l enleva le fond, ne laissant seulement que la couronne qu'il suspendit au cou de Djeh'a.

Celui-ci, monté sur son âne, se remit en route. Dès son arrivée à la maison, sa mère lui dit : « Où est le mulet, mon fils ? »

— « Je l'ai troqué contre cet âne parce qu'il était beaucoup trop grand. Je criignais de tomber un jour et de mourir. Tu serais restée alors sans personne pour travailler pour toi. Voilà pourquoi j'ai fait cet échange ».

— « Et le plat que je t'avais recommandé d’acheter, où est-1l ? »

— « Le voici », répondit Djeh'a.

— « Comment! tu lui as enlevé le fond? Et maintenant comment ferons-nous pour y faire cuire quelque chose ? »

— « ]l n’y avait pas moyen de le porter, répliqua Djeh’a. C'est pour cela que le propriétaire du plat

l'a arrangé de cette façon ; alors je l’ai accroché là; de plus, ajouta-t-1l, je l'ai eu pour un louis ». |

— « Allons ! C’est très-bien ! fit la mère. Comment ! Tu as troqué un mulet contre un âne et un louis d'or contre un plat! Comment les gens

t’appelleront-ils dorénavant ? »

— « Mère, repartit Djeh'’a, le propriétaire du plat m'a dit: « Rouge pour rouge, il n’y a pas de différence. » J'ai donc cru que c'était la vérité, je lui ai donné le louis et j'ai pris le plat. »

— « Mon Dieu, s’écria la vieille, voilà ta maison. Fais-en ce qui te plaira. Quant à moi, je pars ; j'en ai assez! » |

— « Si tu pars, ma mère, pourquoi resterais-je dans ce pays ? »

— « (Si je pars), répondit-elle, c est parce que tu n'as aucune expérience de la vie ‘.

Si Djeh'a alla au marché suivant. 1 prit l’âne, le couvrit ? entièrement de louis d’or qu’il colla sur l'animal avec de la glu et le conduisit au marché. En y arrivant, il fit la rencontre de ses amis qui lui dirent: « Comment vas-tu, camarade ? »

— « Dieu merci, répondit Djeh'a, je vais très

. Mot à mot: {u ne sais pas marcher sur ta personne. 2: Mot à mot : le remplit.

bien. Et vous autres, comment vous portezvous ? »

— «Eh! bien, dirent-ils, as-tu fait une bonne affaire avec nous ? »

— « Je bénis continuellement le bon Dieu, répondit Djeh’a. Votre âne depuis que je l'ai emmené, n’a fait que des louis d'or. »

— « Amène-le nous un peu, pour voir », dirent les quatre voleurs.

— « Ilest là-bas. Venez le voir ».

L'un d'eux y alla avec Djeh’a. Quand il fut arrivé près de l’âne, 1l le trouva couvert de louis d’or. Il retourna vers ses compagnons et leur dit : « Mes enfants, allons supplier Djeh'a. Peut-être nous écoutera-t-il et nous rendra-t-1l l'âne, Quant à celui-ci, il ne fait que des pièces d’or. »

Ils allèrent trouver Djeh’a. Quand ils furent arrivés près de lui, ils lui dirent : « Cher Djeh’a, si le Seigneur est ton guide, tu nous exauceras en nous rendant notre âne. Nous te rendrons ton mulet et ton argent. »

— « Je n’accepte pas », répondit Djeh’a.

Ils se mirent à le supplier.

— « Si vous voulez que je vous le rende, repritil, ajoutez encore cent autres douros. »

— « Nous te les donnerons ».

— « Alors faites venir mon mulet, donnez, de plus, les cent douros que je vous ai remis, ajou-

tez à cela cent autres douros de votre poche ‘ et vous emmènerez votre âne ».

Ils prirent leur âne. Djeh’'a prit son mulet, monta dessus et alla à sa maison après avoir fait aux voleurs les recommandations suivantes :

« Celui chez qui l’âne passera la nuit lui donnera du vert pour qu'il mange et se rassasie. Il étendra sous lui des haïks ; le lendemain, il trouvera ces haïks pleins de louis d’or ».

Les voleurs s’en allèrent. L'un d'eux prit l’âne et lui fit passer la nuit sous son toit. Il lui faucha du vert et mit sous ses pieds des haïks. Durant toute la nuit, l’âne mangea et foira. Le lendemain matin, l’homme, en venant le voir, trouva que tout était rempli de fiente. Il ramassa les haïks. Un de ses compagnons étant venu et ayant pris l'âne, il lui dit: « Moi, mon ami, il m’a enrichi. Toutefois donne-lui beaucoup de vert pour qu'il mange toute la nuit; étends sous lui de grands haïks et étends-les comme il faut de peur que quelques louis d’or ne soient perdus pour toi. »

Celui qui avait pris l’âne s'en alla. Dès son arrivée à la maison, il saisit une faucille, se rendit au jardin et éoupa pour son âne un champ entier de vert qu'il lui apporta. Le lendemain matin, il vint le voir et trouva les haïks entière-

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