Mot à mot : vous nous donnerez la justice
cents francs, vous avez enlevé entièrement la vertu qui fait surgir le plat de couscous. »
— Entrez, fit l’autre, et visitez ma maison ». Après avoir pénétré dans la maison, ils constatèrent que lui aussi avait creusé partout.
— Allons chez le premier, dirent-ils ; c’est lui qui nous a fait tout cela. »
Ils partirent. Arrivés chez celui-ci, ils lui dirent: « Comment ! Nous avons acheté, à quatre que nous étions, cette pioche moyennant cent douros ; et maintenant, cette vertu qui fait monter le plat de couscous et les poulets, c’est toi qui l’a toute enlevée ! »
— « Vous êtes fous, dit l’autre ; ou bien qu'estce qui vous prend ? Venez donc voir ma maison et vous verrez comme Je l'ai arrangée. »
Ils partirent. Arrivés chez lui, ils constatèrent qu'il n'avait laissé intact aucun point du sol de sa maison. |
— « Comment se fait-1l, lui dirent-ils, qu'après t’être assuré que la pioche ne faisait rien monter du tout, tu ne nous aies pas prévenus ? »
— « Je ne vous l'ai pas dit, répliqua-t-il, parce que je craignais que vous ne me disiez: « C'est un mensonge que tu nous fais. » D'ailleurs, ajouta-t-il, pourquoi donc le second ne vous a-t-1l rien dit? Pourquoi le troisième a-t-il fait de même ? C’est donc à moi seul que vous voulez
dire: « C’est toi qui as mangé le couscous et les poulets ! » Je n’ai qu’un mot à ajouter: Venez, allons chez Si Djeh’a ; nous verrons quel est ce tour qu'il nous a joué. »
— « Partons », dirent-ils ; et ils se mirent en route.
XLVIIT Le lièvre de Si Djeh’a
St Djeh'a se doutait qu'ils viendraient le quatrième jour. Il avait trois lièvres. Il fit ces recommandations à sa mère : « Je vais au champ travailler. Toi, égorge un de ces lièvres. J’emporterai l’autre avec moi ; quant au troisième, mets-le dans un coin. Lorsque ces gens-là viendront, tu leur diras : Si Djeh'a travaille là-bas. Ils viendront à moi. Tu prépareras alors le déjeüner ! avec le lièvre que tu égorgeras. »
4. Le matin, tant qu'il ne fait pas jour, le Kabyle s’abstient généralement de toute nourriture et de toute boisson. Un moment après le lever du soleil, il prend son premier repas, qui est habituellement composé de couscous de la veille, réchauffé au bain-marie. Quelques-uns mangent des figues sèches, d'autres du pain seulement. Pour toute boisson ils ont du lait ou de l'eau. Ce premier repas est appelé elfadhour.
Le déjeûner, imekli, a lieu vers 11 heures. Il se compose, souvent de figues et de pain. Quelques-uns, les plus fortunés préparent pour ce repas un plat de couscous avec de la viande de mouton. Boisson : lait frais ou petit-lait ; eau la plupart du emps.
Le goûter, {hanalt, a lieu vers # heures. Il se compose de figues et de pain.
Il se leva et partit emportant le lièvre. Un instant après, les quatre voleurs arrivèrent : « Où est si Djeh’a ? » dirent-ils à sa mère.
— « Il travaille là-bas. »
Ils y allèrent. Quand ils furent arrivés près de lui, ils lui dirent: « Nous sommes venus te chercher et toi tu t'en vas au travail ? »
— « Mes amis, répondit Djeh'a, celui qui ne travaille pas ne mange pas. »
— « Reste donc un peu avec nous », dirent les quatre compagnons.
— « Dans ce cas, dit Djeh'a, je vaisenvoyer à la maison pour que l'on vous fasse à déjeüner. »
— « Qui donc enverras-tu ? Viens donc t’asseoir. »
— « Celui que Je vais envoyer est ici », répondit Djeh'a en allant prendre le lièvre qui était sous un burnous. |
— « Va trouver ta maîtresse, lui dit-il. Dis-lui qu'elle t’égorge et qu'elle fasse avec toi le déjeûner de nos hôtes. »
Il lâcha le lièvre qui se sauva vite vers la forêt.
— « Que fais-tu là ? » demandèrent les quatre amis à Si Djeh’a.
— « Pourquoi ? » fit Djeh'a.
Leur dernier repas s'appelle imensi. C'est notre dîner. Il a généralement lieu à la tombée de la nuit. Les pauvres mangent des figues et du pain. Les riches mangent du couscous et de la viaude.
— « Ce lièvre que tu as envoyé à ta maison fait notre étonnement. »
— J'en ai un autre au logis, reprit Djeha. C'est mon père qui me les a légués. Quand j'en tue un, l’autre ressuscite à sa place. Oui, moi je n'ai personne pour me servir de messager. Quand 1l me vient des amis, comme vous par exemple ; que ces amis ne m'ont pas trouvé à la maison et qu'ils viennent me trouver au champ comme vous l'avez fait, vous autres, qui pourrais-je envoyer chez moi pour qu'on leur prépare à déjeûner ? Sans ce lièvre que j'ai expédié, il m'aurait fallu vous laisser tout seuls ici et aller moi-même à la maison; ou bien, étant partis ensemble, nous serions tous arrivés chez moi en même temps et nous n’aurions pas trouvé le déjeûner prêt. Voilà pourquoi j'ai expédié mon messager. Nous ferons route ensemble et, en arrivant, nous trouverons tout prêt. »
Ils restèrent là encore un moment et partirent. Arrivés à la maison, ils trouvèrent le déjeuner, qui avait été préparé avec la chair du lièvre, déjà tout prêt. Les gens étaient ébahis. [ls mangèrent. Le repas terminé, Djeh’a leur montra l’autre lièvre en disant : « Le voici, n'est-ce pas ? Je vous ai dit que lorsque j'en tuais un, l’autre ressuscitait à sa place. Voilà celui que j'ai envoyé. Ma mère l'a tué et a préparé avec lui votre déjeuner; et
voici celui qui est ressuscité à sa place. Celui-ci, ajouta-t-1l, le jour où je l’égorgerai à son tour, l'autre ressuscitera à sa place. »
— « Si Djeh'a, tu vas nous vendre celui-ci, dirent les quatre visiteurs. »
— « Mes amis, je ne vous le vendrai pas parce que je n'ai nifils ni fille. C’est lui qui est mon frère, mon fils, ma fille. C'est lui qui sera mon messager quand j'en aurai besoin. »
— « Tu nous le vendras, dirent-1ils. Quelque prix que tu en demandes, nous te le donnerons. »
— «Si vous le voulez bien ‘, je ne vous vendrai pas celui-ci, cependant, puisque vous refusez, prenez-le. »
— « Dis-nous combien nous t'en donnerons. »
— « Vous êtes des amis, répliqua Djeh'a. Prenez-le. Nous l’estimerons au même prix que tout ce qui a précédé *. »
Ils lui donnèrent cent douros, prirent le lièvre et s’en allèrent. Ils avaient oublié tout ce que leur avait fait St Djeh’a.
Ils se mirent en route. Arrivés chez eux, l’un d'eux dit alors aux autres : « Aujourd'hui, c'est moi qui prends le lièvre. »
Un autre répliqua aussitôt: « Nous sommes