‹ Les fourberies de Si Djeh'aChapitre 95 sur 114 · C'est-à-dire 500 francs, comine la pioche et l'âne · texte numérisé non relu

C'est-à-dire 500 francs, comine la pioche et l'âne

quatre qui avons acheté le lièvre. Ce n’est pas toi qui le prendras. Si tu le tues et que l’autre ne ressuscite pas à sa place, nous serons ainsi joués par toi. Je vais donc l'envoyer à ma maison. Ma femme nous le préparera pour notre dîner. Si l'autre ressuscite à sa place, alors nous le prendrons chacun à notre tour ; sinon nous mangerons celui-ci tous les quatre ensemble. »

— « Voilà qui est bien raisonné », dirent aussitôt les autres. Ils expédièrent le lièvré en lui disant : « Va à la maison. Dis à ta maîtresce qu'elle te tue et qu'elle te fasse cuire pour le diner. »

Le lièvre, mis en liberté, courut vers la forêt.

Ils continuèrent leur route. Quand ils furent arrivés chez celui qui avait dit: « Je vais envoyer le lièvre à ma maison », ils virent que sa femme n'avait même pas allumé le feu.

— « Comment, s’écria aussitôt le mari, ne t’ai-je pas envoyé dire de préparer le diner avec le lièvre que je t'ai envoyé ? »

— « Je n'ai pas vu ce lièvre que tu m'as envoyé », répondit la femme.

— « Voyez-vous, dit alors cet homme à ses amis, si l’un de nous avait emporté tout seul Île lièvre, nous aurions porté nos soupçons sur lui et nous lui aurions dit : C'est toi qui l'as mangé tout seul, et à présent tu te moques de nous ! »

« C'est à nous de voir, ajouta-t-il, ce qu'il faut

faire à cet homme. Combien de tours nous a-t-il joués jusqu'ici ! »

— « Cette fois-ci, dirent les trois autres, nous irons chez lui, nous lui dirons de sortir et, dès qu'il sera dehors, nous le frapperons. »

Ils se dirigèrent alors vers la demeure de Si Djeh’a avec l'intention de le tuer.

Le couteau de Si Djeh’a tue et ressuscite

Les quatre individus couchèrent ‘ en route. Ils n’eurent pas le temps d'arriver à la maison de Si Djeh'a. Celui-ci, pressentant qu'ils n'auraient pas le temps d'arriver, s'adressa à sa mère ainsi qu'à sa femme et leur dit: « Demain ces gens-là viendront pour me tuer. Je me propose de leur jouer un nouveau tour pour sauver nos vies. »

— « Quel est le tour que nous leur jouerons, mon fils ? » demanda sa mère.

— « Nous remplirons de sang une vessie que je placerai au cou de ma femme, répondit-il. Quand ces gens-là seront arrivés, je lui commanderai quelque chose. Elle se mettra en colère ; je donnerai alors un coup de couteau dans cette vessie et ma femme tombera. Eux, ahuris à la vue du

4, Lisez dans le texte ensan et non ousan.

sang qui s’échappera de la vessie, ne manqueront pas de s’écrier : « Hélas ! Si Djeh’a, qu'as-tu fait ! » et 1ls oublieront les faits passés. »

Le lendemain matin, ils arrivèrent. Ils l'appelèrent : « Si Djeh’a, lui dirent-ils, sors. » | — « Qui m'appelle ainsi ? » demanda Djeh’a.

— « Ce sont tes amis », dirent-ils.

— « Que le salut soit sur vous», répliqua Djeh’a.

— « Sors donc. »

— « Hé! mes amis, allons, entrez à la maison. »

— « Nous n’entrerons pas. »

— « Entrez donc, vous déjeunerez et Dieu vous favorisera !. »

« Îls entrèrent ensuite en disant : « Quant à manger, nous ne mangerons pas. »

— « Par Dieu, vous mangerez, » repartit Djeh’a qui leur servit le déjeuner. Îls se mirent à manger. Djeh’a dit alors à sa femme : « Apporte de l'eau. » Elle refusa. Il lui dit une seconde fois : « Apporte de l’eau. « Elle refusa. Djeh'a se précipita sur elle, tira son couteau et la frappa. Elle tomba couverte de sang et fit la morte.

Les quatre individus se dirent entreeux : « Voilà qu'un meurtre vient d’être commis chez lui. Ce meurtre a eu lieu à cause de nous. Maintenant comment ferons-nous ? »

1. Mot à mot: Dieu donnera la porte. C'est l'équivalent de la formule arabe Rebbi ieftah'

— « Mangez votre nourriture, leur dit Djeh'’a, et ne craignez rien. J’ai un couteau qui tue et ressuscite. » Il alla vers sa femme, essuya sur elle à plusieurs reprises la lame de son couteau en répétant ces mots : « Le couteau de Djeh’a tue et ressuscite. » Au bout d'un moment elle se releva et dit à son mari: « Ah ! tu m'as tuée ! »

— « Je te tuerai et te ressusciterai souvent ainsi afin de te corriger de ta mauvaise humeur », lui dit Djeh'a.

Les quatre compagnons restaient stupéfaits. « Si Djeh’a, dirent-ils, vends-nous ce couteau. »

— « Je ne vous le vendrai pas », fit-1l.

— « Mon cher, vends-le nous. Nos femmes nous rassasient de chagrins. Celui qui sera mis en colère par la faute de sa femme la frappera et la corrigera de son mauvais caractère ; il la ressuscitera ensuite avec ce couteau.

— « Emportez-le, dit Djeh'a, je vous le vends. »

— « Combien t'en donnerons-nous ? »

— « Vous connaissez l'usage », répondit Djeh'a.

Ils lui donnèrent cent douros et retournèrent chez eux. |

Quand ils furent arrivés au village, ils remirent le couteau à l'un d'eux. Celui-ci l'emporta. Le soir 1l appela sa femme et lui commanda quelque chose. Elle n’obéit pas‘. Il se jeta sur elle, la

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