Littéralement : elle a refusé de se lever
— « Elles sont toutes mortes. »
— « Eh! bien, dit-il, nous irons chez Dich'a. Cette fois-ci nous mangerons sa tête, car il nous en a trop fait, même nos femmes, c'est lui qui les a tuées ! Maintenant qu'attendons-nous ? Nous n'avons plus qu’à partir, et, si Dieu le permet, ce sera sa mort. Îl ne se moquera plus de nous. Cette fois-ci, c’est la dernière ! »
Si Djeh’a dans le tombeau
Si Djeh’a, devinant qu'ils reviendraient le lendemain, dit à sa mère : « Mère, ces gens viendront ici demain et me tueront. Quel tour leur jouerons-nous pour sauver ma tête ? »
— « C’est à toi d'y songer, mon fils. »
— « Eh! bien, reprit Djeh’a, je vais creuser un tombeau dans le vestibule, près de la porte de sortie, J"y entrerai et quand ces gens arriveront, tu me donneras le fourneau dans lequel tu auras allumé un bon feu. Quand au cachet, je l’'emporterai avec moi. Lorsqu'ils te diront : « Où est Si Djeh’a ? », tu feras semblant de pleurer et tu leur diras : « Si Djeh’a est mort, voilà son tombeau. »
— « C'est bien, répondit-elle. »
Djeh’a creusa aussitôt un tombeau dans lequel
LÉS FOURBÈRIES DE SI DJEH’A 153
il entra. Il y resta jusqu’au soir. Lorsqu'il comprit que les gens ne viendraient pas, il en sortit et agit ainsi pendant trois jours. Pendant la journée il restait dans le tombeau ; la nuit, il en sortait.
Enfin les compagnons vinrent le quatrième jour.
— « Où est Si Djeh’a ? » dirent-ils à sa mère.
Elle fit semblant de pleurer et de se déchirer la figure.
— « Qu'est-ce qui te prend ? dirent-ils. Nous te demandons où est ton fils, et tu pleures ! Tu connais sans doute toutes les scélératesses qu'il a commises ? »
— « Hélas! répondit-elle, mon fils est mort ; c'est pour cela que je pleure. »
— « Où est son tombeau ? »
— « Le voilà près de la porte. »
Ils y allèrent. Quand ils furent arrivés près du tombeau, ils y remarquèrent un trou.
— « Venez, dit l’un d’eux. Faisons nos besoins sur ce juif, fils de juif, sur ce chien, fils du dernier des chiens ‘. »
Djeh'a entendait tout ce qu'ils disaient. Un des voleurs s’approcha. Au moment où il se courbait, Djeh'a lui appliqua le cachet brûlant. Le voleur fitun bond en poussant un cri: « Qu'est-ce qui
4. Ennidhen a ici la signification du mot arabe el-akhir que l'on prononce en arabe vulgaire lakhar. Ex : Kelb ben el-Kelb lakhar : Chien fils du dernier des chiens.
m'a piqué? dit-il. » Un autre vint. Djeh’a lui en fit autant.
Ils s'en allèrent chez eux sans se dire les uns aux autres que Djeh’a, avec son cachet les avait cachetés. Djeh'a sortit alors de son tombeau.
Un jour, les voleurs se rencontrèrent avec lui au marché. Ils se précipitèrent sur lui pour le saisir. Il leur échappa. Ils allèrent se plaindre de lui au cadi.
— « Cadi, dirent-ils, voilà ce que nous à fait Si Djeh'’a ; même nos femmes, il les a tuées. »
— « Comment ! leur dit le cadi, ce Si Djeh’a-là a tué vos femmes ? »
— « Envoie-le chercher, et tu verras si c’est mensonge ou vérité. »
Le juge envoya un huissier qui ramena Djeh'a. Dès son arrivée, celui-ci dit au cadi: « Que me veux-tu ? »
— « Qu’as-tu fait à ces gens-là ? interrogea le juge. Ils viennent de me porter plainte contre toi. »
— « Seigneur, répondit Djeh’a, ces gens-là étaient les esclaves de mon père. Mon père est mort. Eux, me voyant jeune, m'ont méprisé et ont voulu me tuer pour s'emparer des biens de mon père. »
— « Comment ! fit le cadi. Ces hommes sont les esclaves de ton père et il ont voulu te tuer ? »
LES FOURBERIES DE Si DJEH’A 155
— « Puisque tu ne me crois pas, examine-les, et, si tu ne trouves pas sur leurs fesses l’empreinte du cachet de mon père, tu seras convaincu alors que je t'ai fait un mensonge et tu me tueras. »
Le cadi s'adressant aux quatre individus : « Ecoutez ce qu’il dit. »
Ils dirent : « Seigneur, c’est faux. »
—« Moi, fit le juge, je vais vous examiner. Si je trouve le cachet dont il parle, je vous arrangerai de la bonne manière !. »
Le cadi les visita et trouva sur leurs fesses le cachet, comme le lui avait dit Djeh'’a.
— « Je vous condamne, leur dit-il, à travailler pour lui, jusqu’à sa mort. »
Les volés partirent et travaillèrent pour Djeh’a jusqu'au jour où il mourut.
Si Djeh’a, la prairie et la vieille femme.
Djeh’a prit un jour son âne et alla à une prairie où 1l y avait beaucoup d'herbe. Il trouva là une vieille femme qui gardait la prairie.
— « Vieille maman, lui dit-il, ne me laisseras-
b 1. Littéralement : je vous ferai une chose qui à vous viendra onne. .
tu pas couper un tout petit peu d'herbe pour mon âne ? »
— « Je ne te laisserai pas faire, répondit-elle. Je crains mes enfants. »
— « Vends-moi un peu du bord. »
— « Passe. Fauche le bord, mais ne m’abîime pas la prairie. »
Djeh a lui remit l'argent. Dès qu'elle l’eut pris, il s’avança jusqu'au milieu de la prairie qu'il dévasta.
— « Ne t'ai-je pas dit de ne pas aller jusqu’au milieu ? fit la vieille. »
— « Pourquoi ? demanda Djeh’a. »
— « Tu m'as abîmé la prairie. »
— « La prairie, je l'ai achetée. »
— « À qui l’as-tu achetée ? »
— « À toi. »
— « Voilà ton argent. »
— « Je ne saurais consentir à cela‘, fit Djeh’a. Car, ajouta-t-il, je t'ai donné de l'argent. Si tu nies, Jure-moi que je ne t'ai pas donné d'argent et je sortirai alors de ta prairie. »
Elle le laissa là et alla appeler son fils. Il vint et dit à Djeh'a: « Si Djeh'a, qu'as-tu fait ? »
— « Je n'ai rien fait. »
— « Comment! Tu as trouvé ma vieille mère