SCÈNE QUATRIÈME
réprouverais loi-môme si tu étais de sang-froid. Tu es l'ami du mari.
JACQUES
Je Tai connu par sa femme.
BRIAG.
Tu es le premier amanl de madame Darnay,
JACQUES
G*est vrai ; et même son premier amour. Le capitaine est une brute. Au bout de deux ans de ménage, il était retourné aux filles. Sa femme devait tomber dans les bras du premier homme qui serait digne de la comprendre et de lui plaire. Nous nous Sommes rencontrés : je ne l'ai pas séduite, je l'ai aimée, elle m'a aimé. Le coupable en cette affaire, ce n'est pas moi, c'est le mari; et si les circonstances nous séparent un jour, nous n'aurons, elle et moi, rien à nous reprocher l'un à Vautre.
BRIAG.
Enfin... Tu partages!... Gomment un garçon comme toi peut-il ?...
JACQUES
C'est bien à toi de me dire cela, toi qui cours après les premières venues.
BRIAG.
Partager avec tout le monde, c'est ne partager avec personne. Aucune femme ne me dit qu'elle m'aime. Mais si par hasard cela m'arrivait, je pourrais croire en une femme qui pourrait. être uniquement à moi comme je serais à elle. Toi tu aimes madame Darnay au point que tu ne voudrais pas la tromper, un jour; elle te dit qu'elle t'aime, uniquement; tu la crois; et cependant tu sais que de temps à autre, elle en dit autant à son mari, presque sur le môme ton et le lui prouve. Est-ce supportable? Est-ce propre?
fO LES FOURCHES CAUDINES
JACQUES
Cécile û'est jamais à son mari.
BRIÂG.
Elles disent toutes cela.
JACQUES, très sincère.
Je le crois. Cécile est Pâme la plus franche et la plus délicate que je connaisse.
BREAG.
Gela arrivera fatalement un jour ou l'autre.
JACQUES
Nonl en tout cas, je te jure que ce jour-là, je ne paraîtrais plus dans la maison. — D'ailleurs, j'ai mieux encore pour te rassurer. Depuis quelques jours je trouve Cécile inquiète. Voici huit jours que nous ne nous sommes vus. Ou elle a peur de quelque chose, de sa mère, de son mari; ou elle se lasse des pénibles difflcullés d'une liaison. C'est pour cela que tu m'as vu triste, moi aussi, ces jours derniers; c'est pour cela que je veux absolument lui parler aujourd'hui. Cela rne peine plus que je ne saurais dire. Je ne voudrais p[is qu'un des jolis moments de ma vie unit ainsi]
BRIAG.
Soit ! je te plains. Mais tout est préférable à des remords ï et le plus grand bonheur qui puisse vous arriver dans de telles situations est d'en sortir quoi qu'il en coûte. Tais-toi 1 voici la mère.