‹ Les fourmis de la SuisseChapitre 146 sur 181 · espèce. F. fusca · texte numérisé non relu

espèce. F. fusca

Elle se distingue des autres par ses nids presque toujours de terre pure, ou de bois

pur, par sa taille moins grande, son agilité, son adresse, et une activité moins collective

des Grâce à leur manque de tactique d’ensemble, à l’initiative presque uniquement individuelle des $, les fourmilières ennemies des races de cette espèce peuvent vivre à de très petites distances les unes des autres sans se faire de guerre en règle ; tout se borne à des escarmouches qui n’intéressent que quelques $. Pour la même raison, et grâce à leurs nids plus cachés, elles peuvent exister aussi à de faibles distances des four-

milières des antres espèces du genre, mais elles sont souvent alors exposées aux incursions de ces dernières. Deux des races de cette espèce servent en effet quelquefois d’esclaves à d’autres espèces du genre ainsi qu’au P. rufescens.

1. race. F. gagates. Vie cachée; elle se nourrit presque exclusivement de pucerons. Je l’ai vue cependant parfois s’emparer de chenilles vivantes et les tuer. Elle rappelle le C. œthiops et latercdis, ainsi que le L. fuliginosus dans son allure mesurée, point saccadée comme celle des autres Formica. Un peu moins timide que la race suivante, surtout lorsqu’elle se sent en nombre, elle sait aussi combattre avec un peu plus d’ensemble. Dans deux combats que je provoquai entre Camp, sylvatico-æthiops et F. gagates , ces dernières eurent la victoire, à nombre égal.

2. race. F. fnsea i. sp. Timide; c’est la forme qui est le plus souvent esclave. Elle chasse plus que la précédente ; elle sait attaquer les Lasius niger et flavus, et s’emparer des Ç et des ç? d’autres espèces à l’époque de l’accouplement pour s’en nourrir. Elle sort de son nid par des ouvertures cachées. Elle ne sait pas se défendre avec ensemble, et les

vont individuellement à la recherche des pucerons ou à la chasse. Ses fourmilières sont moyennes à l’ordinaire, quelquefois petites, rarement en colonies. Nids souvent dans les troncs.

3. race. F. cinerea. Elle se distingue de la précédente par ses grandes fourmilières en colonies, par ses nids minés et ouverts, par sa vie au grand jour, en plein soleil, et par une audace individuelle très grande. Elle lui ressemble par son manque complet d’ensemble dans la défense du nid (p. 313 et 314, attaque de rvfescens ), tandis que plusieurs $ savent fort bien se réunir pour attaquer des insectes. Elle est d’une agilité incroyable, et très carnassière, ce qui ne l’empêche pas d’avoir aussi ses pucerons sur des plantes.

4. race. F. nifibarbis. Elle se distingue des deux précédentes par un ensemble beaucoup plus grand dans la défense de son nid, ce qui est surtout sensible lors des invasions

qu’y font les P. rufescens (VUE 12). Quoique servant souvent d’esclave à la F. san-

guinea, elle a beaucoup de rapports de mœurs avec elle. Comme la F. fusca i. sp ., elle a des fourmilières moyennes, quelquefois petites, et elle fait rarement des colonies qui sont toujours de peu d’étendue. Son agilité égale celle de la F. cinerea. Comme elle, elle vit au grand jour, cependant un peu moins, et ses nids sont souvent un peu plus fermés. Elle est encore plus Carnassière et plus audacieuse que la F. cinerea , quoique cela ne paraisse pas autant à cause de son abondance moins grande en un même lieu. Elle va individuellement voler des L. flavus jusque dans leur nid. Lorsqu’on dépose un gros tas de F. rufa avec leurs cocons en un lieu quelconque aux environs duquel se trouvent des

F. rufibarbis, on voit des $ nifibarbis arriver, en s’aidant des brins d’herbe connue les

Tapinoma, jusqu’au milieu des rufa, et leur voler des nymphes qui sont pourtant entourées de centaines de défenseurs. Rien de plus curieux que de suivre une de ces $. Dès qu’elle rencontre une $ rufa, elle fait un saut de côté et se glisse ainsi au milieu de ces redoutables adversaires tantôt en s’effaçant derrière un grain de ten-e, tantôt en

grimpant sur un brin d’herbe, toujours alerte et sachant échapper à cette nuée d’ennemis qui l’entourent. Si une Ç rufa saisit une de ses pattes, elle fait la morte, et dès que la rufa lâche prise pour mieux mordre, elle s’enfuit. Lorsqu’elle a trouvé au milieu des rufa, après avoir fureté dans tous les coins, un cocon mal gardé, elle s’en saisit et s’enfuit au plus vite. Si une rufa l’arrête en attrapant le cocon, elle ne lâche point prise, mais continue à tirer; la rufa, toujours maladroite, semble croire souvent que, c’est une de ses compagnes qui tient ce cocon, ou bien c’est pour mieux le prendre qu’elle lâche prise ; bref, la rufibarbis arrive presque toujours à le lui arracher. Cette audace est incroyable et témoigne d’une adresse infiniment supérieure à celle des F. rufa. J’ai vu des F. rufibarbis arriver jusqu’au bord du dôme d’un gros nid très peuplé de F. pratensis d’où partaient cinq ou six chemins bourrés de fourmis. Mettez une $ rufibarbis prise délicatement lorsqu’elle court dans un pré (ce qui n’est pas facile), au milieu d’un dôme fourmillant de F. rufa ou pratensis', s’il fait un beau temps chaud vous la verrez toujours s’échapper saine et sauve. J’ai vu des F. rufibarbis Ç> attraper en quantité des mouches du genre Bibio pleines de vie, lors de leur accouplement. Ce qui distingue la F. rufibarbis, comme les autres races de cette espèce, des F. sanguinea, rufa et exsecta, ainsi que de leurs races, c’est son manque de tactique, d’ensemble. Elle ne sait pas former de troupes où une $ puisse répandre promptement un signal ou donner une direction.

Les formes intermédiaires entre ces races ont des mœurs intermédiaires (p. ex. F. cinereo-rufibarbis ) .

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