‹ Les fourmis de la SuisseChapitre 147 sur 181 · espèce. F. sanguinea · texte numérisé non relu

espèce. F. sanguinea

1. Cette fourmi qui forme un intermédiaire entre les mœurs de son genre et celles du genre Polyergus fait aussi transition dans un autre sens entre les habitudes de l’espèce rufa et celles de l’espèce fusca (race : F. rufibarbis). Elle a la taille et la force de la F. rufa, et une partie de l’agilité et de l’adresse de la F. rufibarbis. Ses fourmilières sont moyennes ou assez grandes; nous avons vu ailleurs la variété de ses nids. Cette fourmi combat avec une véritable tactique déjà plus ou moins décrite par Huber. Lorsque des F. sanguinea ont affaire à un ennemi de leur taille, elles ne l’attaquent pas de front, mais cherchent toujours à le surprendre de côté. Elles vont par petites troupes qui envoient constamment des courriers chercher du renfort en arrière et s’occupent à épier les mouvements de l’ennemi et ses points faibles. Si une armée serrée de F. pratensis s’avance contre elles, elles cherchent à l’effrayer par des surprises. Tandis que le front de l’armée des pratensis est à deux pieds du nid des sanguinea , on voit tout-à-coup une troupe de celles-ci aller attaquer les flancs ou la queue de cette armée, s’élancer avec une impétuosité incroyable au milieu des pratensis, mais céder et se retirer presque aussitôt si la résistance est trop forte. Ces attaques par derrière effraient beaucoup les pratensis qui finissent souvent, lorsqu’elles sont répétées, par prendre une panique subite et

par céder sur toute la ligne à la fois. C’est alors surtout que se déploie l’intelligence des F. sanguinea. Elles savent toujours saisir l’instant où les pratensis se communiquent le signal de la déroute, et elles savent s’apprendre cette découverte les unes aux autres avec une rapidité incroyable. Au moment même où l’on voit les pratensis se jeter les unes contre les autres en se frappant de quelques coups rapides, puis cesser toute résistance et s’enfuir en masse, on voit aussi les sanguinea se jeter tout-à-coup au milieu d’elles sans la plus petite retenue, mordant à droite et à gauche comme des Polyergus, et arrachant les cocons de toutes les pratensis qui en portent. J’ai vu souvent au premier instant une seule petite sanguinea faire ce manège au milieu de milliers de pratensis plus grosses qu’elle, sans craindre de les assaillir les unes après les autres. Les pratensis sont I si stupéfiées qu’elles ne font plus la moindre résistance, fussent-elles cent contre une.

! Une fois, des pratensis ainsi vaincues s’étaient réfugiées en masse à un mètre de distance,

sous les larges feuilles d’un plantain, avec leurs cocons. Je vis arriver une seule petite

Ç sanguinea qui pénétra au milieu d’elles, et aussitôt toutes s’enfuirent à la fois en abandonnant leurs cocons. Aucune fourmi ne se jette sur les cocons des autres espèces comme la F. sanguinea ; lors des combats, on dirait que c’est son seul but. Tandis que les F. rufa s’acharnent toujours sur les ennemis qu’elles ont fait prisonniers pour les tuer, les sanguinea ne le font presque jamais. Ce n’est pas en tuant beaucoup d’ennemis, mais en répandant l’effroi dans leur camp qu’elles arrivent à vaincre. On voit à chaque : instant une F. sanguinea se rouler par terre avec un ennemi, puis le lâcher aussitôt pour tomber sur un autre. Si l’on suit une sanguinea dans une de ces mêlées, on verra qu’elle j arrache souvent un cocon à un ennemi pour le rejeter aussitôt par terre et en arracher

! un second à un second ennemi. J’en ai vu répéter cet acte plus de dix fois de suite

Hsans jamais emporter le cocon ainsi conquis. Leur but est-il d’effrayer par là un grand nombre d’ennemis, ou simplement de les empêcher d’emporter les cocons? Je n’en sais rien, mais il est certain qu’elles arrivent à ces deux résultats.

2. Les F. sanguinea travaillent fort bien dans leur nid, savent soigner les larves,

I bâtir etc. (X). Beaucoup d’auteurs se sont demandé pourquoi elles faisaient des esclaves. Or fai observé des fourmilières de F. sanguinea ne contenant pas une seule esclave fusca

ini rufibarbis, tandis que dans d’autres situées à peu de distance les esclaves formaient la moitié de la fourmilière. Le climat n’est donc pas pour grand chose dans ceci, et les observations de Smith utilisées par Darwin, prétendant qu’en Angleterre la F. sanguinea fait moins d’esclaves que dans le midi, me paraissent avoir peu de portée. J’ai en effet observé sur le col de Maloggia, à une élévation de près de 1800 mètres, sous un climat tout particulièrement froid, des fourmilières sanguinea sans esclaves, et d’autres qui en avaient beaucoup. J’ai fait la même observation au pied du Mont-Tendre, c’est-à-dire presque dans la plaine. J’ai cru observer que les nids sans esclaves contenaient un nombre particulièrement grand de $ sanguinea très petites ; la loupe me montra toujours leur chaperon échancré; ce n’étaient donc point des F. rufibarbis, race qui manquait du

reste clans les environs, tandis que les fnsea y abondaient. Cependant cela n’explique pas grand chose, car il y a de petites $ sanguinea dans toutes les fourmilières, aussi dans celles à esclaves. Je ne veux pas trop rechercher le motif qui pousse les sanguinea à se faire presque toujours des esclaves. Peut-être le sentiment de leur force, et le désir de travailler moins, pour faire plus à leur aise la chasse aux Las. flavus et niger, est-il le mobile qui les pousse à cet acte. Celui-ci leur serait peu à peu devenu plus ou moins instinctif puisqu’il était avantageux à la conservation de leur espèce. Des faits analogues que nous verrons plus loin (XXII), chez les F. rufa et exsecta , semblent parler pour ce que je viens d’énoncer.

3. La manière dont la F. sanguinea se procure ses auxiliaires est fort différente des procédés du P. rufescens. Chose curieuse, quoique cette fourmi soit commune dans toute l’Europe, aucun auteur, sauf Huber, ne parle de ses expéditions. Il faut dire, il est vrai, qu’elles commencent ordinairement le matin, durent longtemps, et sont peu fréquentes. Huber les a admirablement décrites ; j’ai pu confirmer l’exactitude de tout ce qu’il en dit.

On peut observer ces expéditions dès le milieu de juin au milieu d’août (à Vaux du moins). Les F. sanguinea partent par petites troupes, sans ordre; ces troupes envoient constamment des émissaires pour chercher un renfort qui n’arrive que peu à peu, de sorte qu’elles emploient plusieurs heures pour arriver à leur but. On ne voit point une armée compacte ayant une tête et une queue, mais, sur un espace de vingt à soixante pas, on remarque des pelotons de fourmis qui se suivent, et entre deux des Ç isolées qui vont et viennent. Lorsque le peloton qui marche en tête a trouvé un nid de F. fusca ou de F. rufibarbis , il ne fait que l’examiner; les habitants (F. rufibarbis p. ex.) ont le temps de se reconnaître et de chasser les premières sanguinea ou même de les faire prisonnières. Les sanguinea se hâtent alors d’aller appeler du renfort; nulle part ; mieux que là on ne peut observer les signaux et la manière dont ils sont compris. Ces fourmis font un véritable siège ou plutôt un blocus, jamais d’invasion subite. Elles forment un cercle on au moins un demi-cercle autour du nid de leurs ennemis et restent sans avancer, les maudibules ouvertes et les antennes en arrière. Les rufibarbis de leur côté arrivent en masse sur leur dôme, s’entassent sur les ouvertures du nid, et cherchent inutilement à attaquer les sanguinea. Quand ces dernières se sentent en force suffisante, elles tentent l’assaut qui ne manque jamais, et dont le but évident est d’ai'river aussi vite que possible aux ouvertures du nid pour empêcher les rufibarbis d’emporter leurs nymphes. La seule présence des sanguinea effraie en effet tellement les rufibarbis que presque toutes sont déjà hors de leur nid au moment de l’assaut. Cet assaut produit une mêlée d’une vivacité étonnante. Les sanguinea s’élancent avec un ensemble remarquable sur le dôme et se répartissent en autant de troupes qu’il y a d’ouvertures. Chacune de ces troupes pénètre en partie dans l’ouverture qu’elle assiège en bousculant les rufibarbis qui en sortent, et en formant une véritable douane qui permet aux fourmis de sortir seules, mais force à rentrer toutes celles qui portent des nymphes. En effet, dès que

l’assaut a commencé, toutes les rufibarbis cherchent à s’enfuir avec leurs nymphes, et c’est ce que les sanguinea ne veulent pas. Rien n’est curieux comme d’observer cette lutte aux portes du nid. Ici une rufibarbis parvient à s’enfuir; là une sanguinea arrache une nymphe à une rufibarbis et la réintroduit dans le nid ou l’y jette simplement par l’ouverture; ailleurs une rufibarbis veut sortir en emportant une larve, mais elle se voit rejetée dans le nid avec son fardeau, etc. Au bout de quelques minutes les sanguinea ont ainsi forcé les rufibarbis à évacuer leur nid en y laissant presque toutes leurs nymphes; elles ont en même temps pénétré peu à peu elles-mêmes dans le souterrain. Quelques rufibarbis essaient bien d’y rentrer, mais il est rare qu’elles arrivent à en retirer une nymphe. Les sanguinea n’ont pas il est vrai les terribles mandibules pointues ni l’élan I ' irrésistible des P. rufescens, mais elles sont en revanche bien plus grandes et plus fortes qu’eux. Aussi lorsqu’une rufibarbis ou une fusca lutte avec une sanguinea pour la possession d’une nymphe, a-t-elle toujours le dessous au bout d’un instant. Aussitôt après l’assaut une partie des sanguinea se mettent eu petites troupes à la poursuite des rufibarbis dans toutes les directions, afin de leur ravir encore les quelques nymphes qu’elles ont emportées. Elles les débusquent des touffes d’herbe et des trous de grillons où les rufib. venaient de se réfugier avec leurs Ç fécondes et le peu qu’elles avaient sauvé du pillage, s’y croyant en sûreté. Bref, c’est une razzia aussi complète que possible. Une fois les rufibarbis entièrement éliminées et les sanguinea établies dans le nid conquis, ces dernières commencent à emporter les nymphes hors du nid, et à les transporter chez elles, ce qu’elles font sans se presser. Ce déménagement dure encore pendant la journée suivante, même quelquefois pendant trois jours et plus, lorsque la distance est grande et le butin considérable. Elles abandonnent ensuite le nid pillé où les rufibarbis ne rentrent presque jamais. Les F. fusca résistent au commencement avec tout autant d’énergie que les F. rufibarbis, et elles se déterminent en général moins facilement que ces dernières à prendre la fuite. Lorsque les sanguinea font l’assaut de leur dôme et que toute résistance au dehors est devenue impossible, il arrive le plus souvent que les F. fusca au lieu de fuir rentrent précipitamment dans leur nid et barricadent leurs portes avec des grains de terre. Mais les sanguinea ont bientôt arraché tons ces obstacles et se mettent à envahir le nid. Au bout d’un moment on voit tout-à-coup les fusca sortir en masse avec des larves et des nymphes. Elles ne font dès lors presque plus de résistance, et sont activement poursuivies par les sanguinea. Eu somme on peut dire que les rufibarbis qui perdent plus vite leur espoir, qui fuient plus tôt avec leurs nymphes, conservent par contré beaucoup plus de courage individuel après l’assaut, car elles osent même rentrer au milieu des sanguinea pour reconquérir leurs élèves. Les sanguinea cherchent toujours à tuer le moins possible de rufibarbis ou de fusca , mais lorsque ces fourmis s’attachent avec trop d’acharnement à leurs pattes, elles les écrasent avec leurs mandibules.

Les expéditions des F. sanguinea commencent, avons-nous dit, le matin; suivant la distance où se trouve la fourmilière qu’elles vont attaquer, l’assaut a lieu à 1 1 heures,

midi, 1 lieure, 2 heures, parfois même seulement à 3 ou à 4 heures du soir. J’ai vu des sanguinea, après avoir conquis le nid d’une première fourmilière rufibarbis, repartir de ce nid dans une direction qui faisait un angle avec la première direction qu’elles avaient suivie, et aller piller une seconde fourmilière rufibarbis dont le nid était situé à 8 pas de celui de la première, et à plus de 50 pas du nid des sanguinea.

Un moyen fort simple d’observer ces assauts sans attendre les expéditions des F. sanguinea qui sont rares (guère plus de deux ou trois par an et par fourmilière), consiste à remplir un sac de ces fourmis, et à le verser à trois ou quatre décimètres d’une fourmilière fusca ou rufibarbis. Si les sanguinea sont assez nombreuses, et s’il fait chaud, le combat ne tarde pas à éclater. Mais dans ce cas elles n’ont pas le temps de faire un blocus, et, surtout si elles ont affaire à des F. rufibarbis, elles sont ordinairement attaquées avant d’avoir pu assaillir. Je vis souvent des F. sanguinea, en nombre vraiment très petit, attaquées ainsi par les rufibarbis du nid près duquel je les avais déposées, se voir piller leurs propres nymphes par les rufibarbis, et pourtant ne pas renoncer à l’assaut. Elles finirent même dans plusieurs cas par mettre en fuite les rufibarbis vingt fois plus nombreuses qu’elles et par s’emparer de leur nid. Ce n’est ni leur force, ni même leur adresse qui leur donne la victoire, mais simplement leur courage et leur tactique. Elles savent se reconnaître et marcher avec ensemble au milieu de nuées d’ennemis qu’elles effraient en les mordant de droite et de gauche sans jamais s’acharner sur l’un d’eux; elles évitent avant tout de se laisser prendre les pattes. Elles font lâcher prise aux rufibarbis en menaçant leur tête de leurs mandibules, comme les P. rufescens, quoique elles ne puissent pas la transpercer. J’ai vu des troupes de dix ou quinze sanguinea savoir manœuvrer assez bien au milieu de centaines de rufibarbis pour arriver à une des ouvertures du nid et y pénétrer à elles seules, décidant ainsi le sort du combat, car c’était le signal de la fuite des rufibarbis. Les rufibarbis se mettent très tôt à emporter des larves et des nymphes, mais elles continuent malgré cela à se défendre, ce qui n’est pas le fait des fusca. J’ai même vu un cas où un très petit nombre de sanguinea apportées par moi avaient réussi par leur hardiesse à envahir un énorme nid de grosses rufibarbis dont les habitants en fuite avec leurs nymphes couvraient le terrain à dix ou quinze décimètres à la ronde. Cependant les rufibarbis qui rentraient dans le nid pour en tirer encore des nymphes ne trouvant plus ou presque plus de sanguinea qui s’opposassent à elles vinrent rappeler les fuyardes qui rentrèrent peu à peu avec leurs nymphes. En effet, les combats ayant continué, les sanguinea dispersées par la masse énorme de rufibarbis qui sortaient, et amarrées en grande partie au terrain par celles qui se défendaient, n’avaient plus pu se réunir pour assiéger les trous; elles furent alors presque toutes tuées par les rufibarbis qui, revenues de leur frayeur, se jetèrent sur elles d’un commun accord. Comme Huber, j’ai trouvé plusieurs fourmilières de F. sanguinea qui avaient à la fois des esclaves fusca et rufibarbis. Il n’y a rien d’étonnant là, car les sanguinea soignent elles-mêmes en grande partie les nymphes de leurs esclaves. Ce qui est bien plus curieux, c’est qu’une

même fourmilière de P. rufescens ne pille presque jamais (IX) qu’une des deux races d’esclaves, lors même que des fourmilières de l’autre sont à sa portée.

4. Les F. sanguinea vont encore souvent attaquer en petites troupes des nids de Lasius niger et flavus; elles s’amusent à en tuer les habitants, mais ne s’emparent du

j nid que lorsqu’elles veulent s’y établir. Schenk a cru à tort qu’elles faisaient des esclaves avec les nymphes du L. alienus, et F. Smith qu’elles en faisaient avec celles du L. flavus. C’est une erreur complète; elles ont toujours mangé les nymphes de Lasius que je leur ai données. Ces auteurs ont évidemment pris des cas de nids doubles pour des fourmilières mixtes. Il m’est bien arrivé une fois, le 22 août, de trouver dans un nid de F. sanguinea situé sous une pierre toute une rangée nombreuse de cocons de Lasius (niger? flavus?)’,

i mais il n’y avait aucune $ de Lasius éclose à côté, tandis qu’il y avait de nombreuses esclaves rufibarbis. Ce nid contenait en outre de nombreux cocons de rufibarbis et de sanguinea. Mais je vois dans ce fait seulement une preuve de plus que les F. sanguinea font souvent la chasse aux Lasius et à leurs cocons pour les manger (v. du reste l’exp. X). C’est grâce à la taille de ces cocons et à la localité où se trouvait le nid que je pus reconnaître avec certitude qu’ils étaient de Lasius.

5. Rien n’est fréquent comme de voir déménager les F. sanguinea , et cependant elles sont au fond d’une fidélité remarquable à leurs nids. Elles ont en effet l’habitude de se construire ou plutôt de voler plusieurs nids (aux F. fusca qu’elles ont pillées, à des L. flavus etc.), et d’habiter tantôt l’un, tantôt l’autre, souvent deux ou trois à la fois; l’un d’eux est ordinairement le préféré, du moins pendant quelques années, puis plus tard c’est un autre. Plusieurs auteurs prétendent qu’elles ont un nid qui leur sert de quartier d’hiver. Je ne le crois pas. Je connais du moins une fourmilière qui a trois nids et qui a positivement passé l’hiver une fois dans l’un et l’autre fois dans un autre.

6. Lorsque des F. sanguinea sont vaincues par une grosse fourmilière de F. pratensis , ce qui arrive fréquemment, elles savent s’enfuir en bon ordre avec leurs nymphes, et défendent les portes de leur nid jusqu’à la dernière limite; j’ai vu quelques-uns de ces cas. Les praiensis ne savent pas bloquer le nid ; leur but n’est du reste pas de piller les cocons qu’elles méprisent même souvent complètement. Elles assiègent d’abord d’un seul côté et seulement une ou deux portes, de sorte que les sanguinea ont le plus souvent le temps de faire tout leur déménagement par les issues encore libres avant que les pratensis y soient arrivées. Les seules déroutes véritables de F. sanguinea que j’aie observées furent causées par des Polyergus (IX) *). A nombre égal la F. sanguinea l’emporte tou-

*) Les combats entre P. rufescens et F. sanguinea sont un des plus merveilleux exemples de l’importance de la tactique dans les luttes des fourmis. Aucune fourmi n’est battue aussi facilement par le P. rufescens que la F. sanguinea, et cela parce qu’elle a la même tactique que lui, mais avec moins d’ensemble, moins de résolution, et sans avoir les mêmes armes. Elle est culbutée et roulée par l’élan irrésistible de l’amazone avant d’avoir pu se reconnaître. En effet, ni l’une ni l’autre de ces fourmis

jours sur la F. pratensis', j’ai vu des sanguinea mettre en fuite des prasmsis au moins quatre fois plus nombreuses qu’elles. Ce qui donne le dessus à l’ordinaire aux F. pratensis, c’est leur nombre beaucoup plus grand; même leurs plus petits nids sont extrêmement peuplés.

7. Je vis une fois des F. sanguinea surprises au milieu d’une expédition par une violente averse, nouveau cas où l’instinct des fourmis se trouve en défaut. Une autre fois je vis une armée de P. rufescens revenant chargée de nymphes être assaillie par une petite troupe de F. sanguinea; quelques Polgergus ayant lâché leurs cocons pour se défendre, les sanguinea attrapèrent ces derniers et s’enfuirent en les emportant. Une autre fois encore des F. fusca que j’avais établies au milieu d’un massif furent pillées moins d’une heure après leur installation par une troupe de trente ou quarante sanguinea qui venaient d’un très petit nid situé à dix pas de distance.

Page 1