espèce. L. fuliginosus
Se distingue par ses grandes colonies, son architecture, son odeur, ses chemins battus
et ouverts, sa vie au grand jour, sa marche en files. Il cultive les pucerons des grands arbres, surtout ceux du chêDe dont il y a beaucoup d’espèces, entre autres une très grande vivant sur l’écorce du tronc. Il sait aussi faire la chasse aux vers et aux insectes, comme la F. rufa. Sa supériorité numérique le fait craindre de toutes les fourmis. Je mis un jour le contenu de plus de dix nids de F. pratensis devant un tronc d’arbre occupé par des fuliginosus. Ceux-ci furent d’abord assiégés dans leur arbre, mais ils se bâtèrent d’aller demander du secours aux nids des autres arbres de la colonie, et je ne tardai pas à voir arriver à pas mesurés d’épaisses colonnes noires qui sortaient des arbres environnants ; je compris alors l’utilité des colonies; les pratensis accablées par le nombre s’enfuirent en masse, non sans avoir eu une foule de morts, et en abandonnant presque tous leurs cocons à l’ennemi. Les fuliginosus prirent ces cocons avec avidité et les firent tous disparaître dans leur arbre. Une autre fois je vis une file de L. fuliginosus allants et venants qui traversaient un sentier. Presque tous ceux qui rentraient à leur nid portaient de belles nymphes £ Ç ou de Myrmica ( scàbrinodis ?). Ces nymphes étaient toutes entièrement fraîches, mais plusieurs d’entre elles étaient plus ou moins déchirées. Il était évident que ces L. fuliginosus venaient de dévaliser une fourmilière de Myrmica, mais j'eus beau suivre leur file dans le pré d’où elle venait, je ne pus découvrir le nid pillé; il faut dire du reste que le temps me manquait. A en juger par la quantité des nymphes pillées, la fourmilière des Myrmica ne devait pas être petite. Le sort réservé à ces nymphes était évidemment d’être mangées.
Une expérience que je fis sur l’odeur du L. f uliginosus ne fut pas aussi décisive que l’expérience faite sur celle du T. erraticum, mais le résultat fut différent. Je coupai les têtes, thorax et abdomens de plusieurs $ et les mis ensemble dans l’alcool. L’alcool ne se purifia qu’avec une certaine peine de cette odeur pénétrante du L. fuliginosus. Les têtes, écrasées, donnèrent une odeur très violente, mais les thorax et les abdomens ne me parurent pas entièrement inodores. L’expérience est un peu difficile (vu la ténacité de l’odeur); elle a besoin d’être renouvelée avec beaucoup de soin. Je crois cependant avoir montré que cette odeur n’a pas sa source, du moins pas la principale, dans le venin, comme chez les Tapinoma. L’éjaculation du venin ne produit du reste pas d’odeur marquée.