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NIDS A DOMES MAÇONNÉS

C’est ici qu’on peut observer le mieux en plein jour l’art de nos fourmis. C’est aussi presque uniquement sur deux types de cette catégorie qu’ont été faites les observations d’Huber et d’Ebrard, savoir la F. fusca (fourmi noire-cendrée) et le L. niger (fourmi brune d’Huber), fourmis qui comme nous le verrons font aussi des nids d’un tout autre genre. Je transcris ci-dessous les passages les plus saillants de ces deux auteurs sur les dômes et la manière dont les fourmis les construisent, en faisant observer que tous deux entendent ordinairement par fourmilière ce que j’appelle nid. Ce sont d’abord une description des nids de F. fusca par Huber * ; puis les procédés employés par les ouvrières de la même espèce pour bâtir puis un cas des plus curieux de procédés intelligents employés par une ouvrière, toujours de F. fusca , observé par Ebrard ***. Ensuite vient la description du nid des L. niger par Huber ****, puis la manière dont les ouvrières s’y prennent pour le bâtir *****.

* (Huber. Rech. f. ind. Genève 1810, pag. 30). « Si l’on veut juger du plan intérieur des fourmilières, il convient de choisir celles qui n’ont pas été gâtées accidentellement, et dont la forme n’a pas été trop altérée par les circonstances locales: il suffira, alors, d’une attention médiocre pour s’apercevoir que les fourmilières d’espèces différentes ne sont pas construites dans le même système ».

« Ainsi le monticule élevé par les fourmis noires-cendrées offrira toujours des murs épais, formés d’une terre grossière et raboteuse, des étages très prononcés, et de larges voûtes, soutenues par des piliers solides: on n’y trouvera ni chemins, ni galeries proprement dites, mais des passages en forme d’œil-de-bœuf: partout de grands vides, de gros massifs de terre, et l’on remarquera que les fourmis ont conservé une certaine proportion entre les piliers et la largeur des voûtes auxquelles ils servent de supports ».

** (Huber l. c., p. 44, 43). « Lorsque les fourmis noir-cendrées veulent donner plus d’élévation à leur demeure, elles commencent par en couvrir le faîte d’une épaisse couche de terre qu’elles apportent de l’intérieur; et c’est dans cette couche même qu’elles tracent,

en creux et en relief, le plan d’un nouvel étage: elles creusent d’abord ça et là, dans ! cette terre meuble, de petits fossés plus ou moins rapprochés les uns des antres, et d’une largeur proportionnée à leur destination; elles leur donnent une profondeur à peu près

; égale: les massifs de terre qu’ils laissent entre eux doivent servir ensuite de base aux

murs intérieurs, de manière qu’après avoir enlevé tonte la terre inutile au fond de chaque case, et réduit à leur juste épaisseur les fondements de ces murs, il ne reste pins à ' leurs architectes qu’à en augmenter la hauteur et à recouvrir d’un plafond les loges qui j, en résultent. »

« Après avoir observé l’esprit dans lequel étaient construites ces fourmilières, je | sentis que le seul moyen de pénétrer dans les véritables secrets de leur organisation, | était de suivre individuellement la conduite des ouvrières occupées à les élever. Mes jour- I naux sont remplis d’observations de ce genre : je vais en extraire quelques-unes, qui L m’ont paru intéressantes. Je décrirai donc ici les manœuvres d’une seule fourmi que j’ai I pu suivre assez longtemps pour satisfaire ma curiosité: »

« Un jour de pluie je vis une ouvrière creuser le sol auprès d’un trou qui servait

B de porte à la fourmilière : elle accumulait les brins qu’elle avait détachés, et en faisait de I petites pelottes, qu’elle portait çà et là sur le nid; elle revenait constamment à la même K place, et paraissait avoir un dessein marqué, car elle travaillait avec ardeur et persévérance, y Je découvris d’abord en cet endroit un léger sillon tracé dans l’épaisseur du terrain ; il I était en ligne droite, et pouvait représenter l’ébauche d’un sentier ou d’une galerie : | l’ouvrière, dont tous les mouvemens se faisaient sous mes yeux, lui donna plus de pro- | fondeur, l’élargit, nettoya ses bords, et je vis enfin, sans pouvoir en douter, qu’elle avait P eu l’intention d’établir une avenue conduisant d’une certaine case à l’ouverture du souter- [ rain. Ce sentier, long de 2 à 3 pouces, formé par une seule ouvrière, était ouvert au-dessus, | et bordé des deux côtés d’une butte de terre : sa concavité, en forme de gouttière, se | trouva d’une régularité parfaite, car l’architecte n’avait pas laissé dans cette partie un I seul atome de trop. »

« Le travail de cette fourmi était si suivi et si bien entendu, que je devinais presque I toujours ce qu’elle voulait faire, et le fragment qu’elle allait enlever. »

« A côté de l’ouverture où ce sentier aboutissait, en était une seconde, à laquelle il I fallait aussi parvenir par quelque chemin : la même fourmi exécuta seule cette nouvelle >| entreprise; elle sillonna encore l’épaisseur du sol, et ouvrit un autre sentier parallèlement j au premier, de sorte qu’ils laissaient entre eux un petit mur de 3 à 4 lignes de hauteur. » « Les fourmis qui tracent le plan d’un mur, d’une case, d’une galerie, etc., travaillant chacune de leur côté, il leur arrive quelquefois de ne pas fa, ire coïncider exactement les I parties d’un même objet, ou d’objets différents; ces exemples ne sont pas rares, mais ils i ne les embarassent point : en voici un où l’on verra que l’ouvrière découvrit l’erreur et sut la réparer. »

« Là s’élevait un mur d’attente; il semblait placé de manière à devoir soutenir une

voûte encore incomplète jetée depuis le bord opposé d’une grande case; mais l’ouvrière qui l’avait commencée lui avait donné trop peu d’élévation pour le mur sur lequel elle devait reposer : si elle eut été continuée sur le même plan, elle aurait infailliblement rencontré cette cloison à la moitié de la hauteur, et c’était ce qu’il fallait éviter : cette remarque critique m’occupait justement, lorsqu’une fourmi arrivée sur la place, après avoir visité ces ouvrages, parut être frappée de la même difficulté, car elle commença aussitôt à détruire la voûte ébauchée, releva le mur sur lequel elle reposait, et fit une nouvelle voûte, sous mes yeux, avec les débris de l’ancienne. »

« C’est surtout lorsque les fourmis commencent quelque entreprise, que l’on croirait voir une idée naître dans leur esprit, et se réaliser par l’exécution. Ainsi, quand l’une d’elles découvre sur le nid deux brins d’herbe qui se croisent et peuvent favoriser la formation d’une loge ou quelques petites poutres qui en dessinent les angles et les côtés, ou la voit examiner les parties de cet ensemble, puis placer, avec beaucoup de suite et d’adresse, des parcelles de terre dans les vides et le long des tiges; prendre de toutes parts les matériaux à sa convenance, quelquefois même sans ménager l’ouvrage que d’autres ont ébauché : tant elle est dominée par l’idée qu’elle a conçue, et qu’elle suit sans distraction. Elle va, vient, retouime jusqu’à ce que son plan soit devenu sensible pour d’autres fourmis. »

*** (Ebrard, Etud. de mœurs , Genève 1864. p. 3.) « Le sol était mouillé et les travaux en pleine activité. C’était un va-et-vient continuel de fourmis sortant de leur demeure souterraine et apportant des morceaux de terre qu’elles adaptaient aux constructions anciennes. Ne voulant pas disséminer mon attention, je la fixai vers la salle la plus vaste. Une seule fourmi y travaillait. L’ouvrage était avancé, et cependant, malgré une saillie prononcée en dedans de la partie supérieure des murs, un espace de 12 à 15 millimètres restait à couvrir. C’était le cas, pour soutenir la terre restant à placer, d’avoir recoui's, coxxxnxe le font plusieurs espèces de fourmis, à des piliers, à de petites poutres, ou bien à des débris de feuilles sèches; mais remploi de ces moyens xx’est pas, ai-je dit, dans les habitudes des fourixxis noires-cexxdrées. »

« Notre ouvrière, paraissaxxt quitter xxxx moment soix ouvrage, se dixfigea vers une plante de graminée peu distante, dont elle parcourxxt successivement plusieurs feuilles (feuilles lixxéaires, c’est-à-dire longues et étroites). Choisissaxxt la plus proche, elle alla chercher de la terre mouillée qu’elle fixa à son extrémité supérieure. Elle recommença cette opération jusqu’à ce qxxe, cédant sous le poids, la feuille s’inclinât légèrement du côté de la salle à couvrir. Cette inclinaison avait lieu malheui'eusexxxent plutôt vers l’extrémité de la feuille, laquelle xnenaçait de se rompre. La fourmi, parant à ce grave inconvénient,, la rongea à sa base externe, de sorte qxx’elle s’abaissa dans toute sa longueur, au-dessxxs de la salle. Ce n’était point assez : l’apposition n’était pas parfaite; l’ouvrière la compléta en déposant de la terre entre la base de. la plaxxte et celle de la feuille, jusqu’à ce qxxe le

rapprochement désiré fut produit ; ce résultat obtenu, elle se servit de la feuille de graminée en guise d’arc-boutant, pour soutenir les matériaux destinés à former une voûte. » **** lÊ c . pag. 31.) « Cette fourmi (Las. niger), l’une des plus industrieuses,

construit son nid par étages de 4 à 5 lignes de haut, dont les cloisons n’ont pas plus d’une demi-ligne d’épaisseur, et dont la matière est d’un grain si fin que la surface des murs intérieurs en paraît fort unie. Ces étages ne sont point horizontaux ; ils suivent la pente de la fourmilière ; de sorte que le supérieur recouvre tous les autres, le suivant embrasse jj tous ceux qui sont au-dessous de lui, et ainsi de suite, jusqu’au rez-de-chaussée, qui 1*1 communique avec les logements souterrains. Cependant ils ne sont pas toujours arrangés li avec la même régularité, car les fourmis ne suivent pas un plan bien fixe ; il semble, au I contraire, que la nature leur ait laissé une certaine latitude à cet égard, et qu’elles peuvent, I selon les circonstances, le modifier à leur gré; mais quelque bizarre que puisse paraître [j leur maçonnerie, on reconnaît toujours qu’elle a été formée par étages concentriques. »

E« Si l’on examine chaque étage séparément, on y voit des cavités travaillées avec | soin, en forme de salles; des loges plus étroites et des galeries allongées qui leur servent I de communication. Les voûtes des places les plus spacieuses sont supportées par de petites [ colonnes, par des murs fort minces, ou enfin par de vrais arc-boutans. Ailleurs, ou voit

Ides cases qui n’ont qu’une seule entrée ; il en est dont l’orifice répond à l’étage inférieur : on peut encore y remarquer des espaces très-larges, percés de toutes parts et formant ' une sorte de carrefour, où toutes les rues aboutissent. Tel est à peu près l’esprit dans lequel sont construites les habitations de ces fourmis : lorsqu’on les ouvre, on trouve les I cases et les places les plus étendues remplies de fourmis adultes; mais on voit toujours que leur nymphes sont réunies dans les loges plus ou moins rapprochées de la surface, suivant les heures et la température, car à cet égard les fourmis sont douées d’une grande sensibilité, et paraissent connaître le degré de chaleur qui convient à leurs petits. »

« La fourmilière contient quelquefois plus de vingt étages dans sa partie supérieure, et, pour le moins, autant au-dessous du sol. Combien de nuances de chaleur doit admettre une telle disposition, et quelle facilité les fourmis ne se procurent-elles pas par ce moyen, pour la graduer? Quand un soleil trop ardent rend leurs appartements supérieurs plus chauds qu’elles ne le désirent, elles se retirent avec leurs petits dans le fond de la fourmilière. Le rez-de-chaussée devenant à son tour inhabitable pendant les pluies, les fourmis de cette espèce transportent tout ce qui les intéresse dans les étages les plus élevés, et c’est là qu’on les trouve rassemblées avec leurs nymphes et leurs œufs, lorsque les souterrains sont submergés. »

***** (Huber, l.c.pag. 36 — 41). «Chaque fourmi apportait donc entre ses dents une petite pelote de terre qu’elle avait formée en ratissant le fond des souterrains avec le bout de ses mandibules (ce que j’ai vu souvent au grand jour) : cette petite masse de terre étant composée de parcelles réunies seulement depuis quelques instans, pouvait aisément se prêter à l’usage que les fourmis voulaient en faire; ainsi, lorqu’elles l’avaient appliquée

à l'endroit où elle devait rester, elles la divisaient et la poussaient avec leurs dents, de manière à remplir les plus petites inégalités de leur muraille. Leurs antennes suivaient tous leurs mouvemens, en palpant chaque brin de terre, et quand ils étaient disposés ainsi, la fourmi les affermissait en les pressant légèrement avec ses pattes antérieures : ce travail allait fort vite. »

« Après avoir tracé le plan de leur maçonnerie, en plaçant çà et là les fondements des piliers et des cloisons qu’elles voulaient établir, elles leur donnaient plus de relief, eu ajoutant de nouveaux matériaux au-dessus des premiers. Souvent deux petits murs, destinés à former une galerie, s’élevaient vis-à-vis l’un de l’autre et à peu de distance; lorsqu’ils étaient à la hauteur de 4 ou 5 lignes, les fourmis s’occupaient à recouvrir le vide qu’ils laissaient entre eux, au moyen d’un plafond de forme cintrée: cessant alors de travailler en montant, comme si elles avaient jugé leurs murs assez élevés, elles plaçaient contre l’arête intérieure de l’un et de l’autre, des brins de terre mouillée, dans un sens presque horizontal, de manière à former au-dessus de chaque mur un rebord qui devait, en s’élargissant, rencontrer celui du mur opposé; leur épaisseur était ordinairement d’une demi-ligne. La largeur des galeries qui résultaient de ce travail était le plus souvent d’un quart de pouce. »

« Ici plusieurs cloisons verticales formaient l’ébauche d’une loge qui communiquait avec différents corridors par des ouvertures ménagées dans la maçonnerie; là c’était une véritable salle dont les voûtes étaient soutenues par de nombreux piliers; plus loin on reconnaissait le dessin d’un de ces carrefours dont j’ai parlé ci-dessus, et auquel aboutissent plusieurs avenues. Ces places étaient les plus spacieuses; cependant les fourmis ne paraissaient point embarrassées à faire le plancher qui devait les recouvrir, quoique elles eussent souvent deux pouces et plus de largeur: c’était dans les angles formés par la rencontre des murs, puis le long de leurs bords supérieurs, qu’elles en plaçaient les premiers éléments; et de la sommité de chaque pilier s’étendait, comme d’autant de centres, une couche de terre horizontale et un peu bombée, qui allait se joindre à d’autres parties de la même voûte, partant de différents points de la grande place publique. »

« Cette foule de maçonnes, arrivant de toutes parts avec la parcelle de mortier qu’elles voulaient ajouter au bâtiment; l’ordre qu’elles observaient dans leurs opérations, l’accord qui régnait entre elles, l’activité avec laquelle elles profitaient de la pluie pour augmenter l’élévation de leur demeure, offraient l’aspect le plus intéressant pour un admirateur de la nature. »

« Cependant, je craignais quelquefois que leur édifice ne pût pas résister à sa propre pesanteur, et que ces plafonds, si larges, soutenus seulement par quelques piliers, ne s’écroulassent sous le poids de l’eau qui tombait continuellement, et semblait devoir les démolir; mais je me rassurai en voyant que la terre apportée par ces insectes adhérait de toutes parts au plus léger contact, et que la pluie, au lieu de diminuer la cohésion de ses particules, semblait l’augmenter encore. Ainsi loin de nuire au bâtiment par sa

chûte, elle contribue donc à le rendre plus solide. Ces parcelles de terre mouillée, qui ne tiennent encore que par juxta-position, n’attendent qu’une' averse qui les lie plus étroii ternent, et vernisse, pour ainsi dire, la surface du plafond qu’elles composent, ou les murs et les galeries restées à découvert. Alors les inégalités de la maçonnerie disparaissent ; le dessus de ces étages, composés de tant de pièces rapportées, ne présente plus qu’une : seule couche de terre bien unie, et n’a besoin, pour se consolider entièrement, que de la chaleur du soleil. »

« Ce n’est pas qu’une pluie trop violente ne détruise quelquefois plusieurs cases, surtout lorsqu’elles sont peu voûtées; mais les fourmis ne tardent pas à les relever avec n une patience admirable. »

« Ces différents travaux s’exécutaient à la fois sur toutes les parties de la fourmi- I lière qu’on vient de décrire: ils se suivaient de si près dans ses nombreux quartiers, qu’elle se trouva augmentée d’un étage complet en 7 à 8 heures. Car toutes ces voûtes, N jetées d’un mur à l’autre, étant à la même distance du plan sur lequel elles s’élevaient, I ne formèrent qu’un seul plafond lorsqu’elles furent terminées, et que les bords des unes atteignirent ceux des autres. »

« A peine les fourmis eurent-elles achevé cet étage qu’elles en bâtirent un nouveau; a mais elles n’eurent pas le temps de le finir; la pluie cessa avaut que leur plafond fût I entièrement construit. Elles travaillèrent cependant encore quelques heures, en profitant I de l’humidité de la terre; mais le vent du nord s’étant levé avec violence, il la dessécha ij trop promptement ; de manière que les fragments rapportés n’avaient plus la même ad- I hérence, et se réduisaient en poudre : les fourmis voyant le peu de succès de leurs efforts, se découragèrent enfin, et renoncèrent à bâtir; mais, ce dont je fus étonné, c’est qu’elles détruisirent toutes les cases, et les murs qui n’étaient pas encore recouverts, et répartirent les débris de ces ébauches sur le dernier étage de la fourmilière. »

Il m’est impossible de décrire d’une manière plus intéressante ou plus exacte que ne I le font ces deux auteurs les procédés employés par les ouvrières maçonnes. Mes observations nombreuses, mais peu suivies, sur ce sujet ne font que confirmer à peu près entièrement celles d’Huber, aussi je me dispense de les rapporter. Je ferai seulement remarquer que les étages concentriques superposés du nid des L. niger ne s’observent que rarement d’une manière très distincte; le plus souvent on ne voit que des vestiges de 1 cette disposition, car il est assez rare de trouver un nid parfaitement intact et isolé.

Nous avons donc une première catégorie de maçonnes se rattachant au type du Laj sins niger. Ce type se distingue par un certain ensemble dans le travail des ouvrières, i par une certaine régularité dans la construction qui laisse plus ou moins reconnaître des étages concentriques superposés, et enfin par l’emploi de piliers en terre pour soutenir ! les voûtes. Les plus grands dômes du L. niger , ayant plus ou moins la forme régulière typique, appuyés quelquefois contre une grosse pierre ou contre un tronc d’arbre, peu-

vent dépasser O"1', 3 en hauteur et Ora‘, 6 en diamètre de base; ces dômes sont permanents. La race L. aliénas bâtit de même, mais vit plus souvent sous les pierres. Les dômes de ces deux races ont en général plusieurs ouvertures latérales. Le L.flavus bâtit des dômes aussi grands et souvent même plus grands que le L. niger. Son architecture est analogue à celle du précédent, mais se rapproche un peu de celle de la F.jusca; ses constructions beaucoup plus massives et résistantes que celles du L. niger laissent voir moins de piliers, et les étages y sont peu nets. Ses dômes sont permanents, sauf les petits dômes secondaires perchés sur le principal, petits amas de cases que cette fourmi, comme toutes les autres maçonnes, bâtit légèrement, dans un but provisoire, et quelle appuie ordinairement à une touffe d’herbe ou à une tige quelconque. Les dômes de cette espèce, fermés le plus souvent en temps ordinaire, sont ouverts de tout côté par les $ lorsqu’il pleut et lors de la sortie des Ç et cf. Le L. flavus est une des plus pures fourmis maçonnes; il ne bâtit que très rarement son nid d’une façon différente. L’espèce L. umbratus et ses races, surtout le L. mixtus, font quelquefois des dômes maçonnés. Leur architecture n’a rien de saillant, sinon que les galeries et les cases sont grandes et espacées; le tout est très massif, ce qui rapproche leurs nids de ceux des Camponotus. Elles s’établissent volontiers dans des terrains marneux. Je vis une seule fois un nid de L. mixtus au milieu d’un pré avec un petit dôme assez plat, fraîchement maçonné, très léger, percé de nombreuses et larges ouvertures. Ce nid exceptionnel ressemblait extérieurement beaucoup à un nid de F. rufibarbis; il était très peuplé de Ç et de rf. Les dômes de l’espèce umbratus sont ordinairement complètement fermés. Tous les dômes des espèces du genre Lasius ont quelque chose de commun dans l’aspect. Les brins ou touffes d’herbe, les tiges de plantes n’entrent que rarement dans leurs constructions et y sont accessoires. Si

le nid est dans le gazon, les tiges de

traversent le dôme tout droit, sans

changer la disposition des étages.

Vient ensuite le type Camponotus, représenté par le C. aethiops. Cette fourmi fait des dômes très plats, étendus et irréguliers, d’une maçonnerie extrêmement compacte. Tout y est spacieux; ce sont surtout de larges galeries tortueuses qui après quelques méandres dans le dôme s’enfoncent rapidement à une grande profondeur sous terre. Les nids du C. sglvaticus sont parfaitement identiques à ceux du C. aethiops, d’après ce que j’ai observé à Vienne (Autriche). Ces deux races étant très craintives et vivant très cachées, le dôme manque souvent; il a ordinairement l’aspect d’un placard de boue humide et homogène qui a été séché au soleil; il ne laisse apercevoir aucune ouverture à sa surface, sauf lorsque les ouvrières sont occupées à maçonner, auquel cas il ressemble à un nid de Formica jusca en formation. Le nid ne s’ouvre que par des trous latéraux cachés on par des galeries tortueuses peu profondes, s’éloignant du dôme et s’ouvrant à une distance souvent assez grande. Très souvent plusieurs dômes éloignés de quelques pieds les uns des autres sont en communication par de pareilles galeries. D’autres fois ces dômes se touchent tous et n’en forment qu’un très étendu et très irrégulier occupant

souvent plusieurs pieds carrés de terrain. Il faut ordinairement une assez grande habitude pour reconnaître que cette terre nue, compacte, à peine bombée est le dôme d’un nid de fourmis. Le Camponotus ligniperdus fait souvent des nids maçonnés identiques à ceux du C. aethiops. Peut-être est-ce aussi quelquefois le cas du C. herculeanus et du C. pubescens. Le C. lateralis fait rarement des nids à dômes, quoique, comme l 'aethiops, il niche toujours dans la terre. Ses nids sont toujours petits; le dôme, quand il y en a un, est plat, restreint et fermé; les cases et galeries sont plus analogues à celles des F. fusca qu’à celles du C. aethiops. Le type des Camponotus se rapproche de celui des F. fusca par son irrégularité et par le manque de piliers et d’étages distincts, mais aussi de celui des Lasius par la rareté de l’emploi de végétaux comme soutiens de la maçonnerie.

Un troisième type, celui de la F. fusca, est des plus répandus. Nous avons vu la description qu’en font Huber et Ebrard. Ce type se distingue par sa grande irrégularité venant de ce que les ouvrières travaillent dans une indépendance complète les unes des autres. Les étages ne sont pas du tout marqués aussi nettement que le dit Huber; les fourmis ne construisent pas ad hoc de piliers de soutien, mais les gros trous percés en tout sens font que des pans de mur ressemblent à des piliers. Pour la même raison les cases et les galeries se confondent le plus souvent. Un trait distinctif de ce type est l’emploi de tous les objets qui se présentent pour rendre les constructions plus solides, ou bien plus élevées et plus spacieuses. Une touffe d’herbe servira d’échafaudage, une coquille d’escargot vide fera une case, une feuille de plantain fera un plafond ; une tige tortueuse ou un rhizome grimpant sur un bloc qui surplombe servira de centre ou d’appui à une tour qui s’élèvera beaucoup au dessus du reste du dôme etc. etc. Aussi n’est-ce pas la règle de trouver un pareil nid ayant vraiment un dôme de forme régulière. On voit ordinairement un dôme plat, surmonté de plusieurs dômes secondaires irréguliers et grimpant autour d’un appui végétal quelconque. De plus la base du dôme n’est pas un cercle ni une ellipse, mais une courbe irrégulière faisant des avancements dans divers sens. Les dômes secondaires disparaissent presque totalement en automne, et il ne reste alors que le dôme fondamental très aplati, inégal, composé de terre nue et compacte ; on ne le reconnaît que difficilement alors pour un nid de fourmis. La F. fusca construit les dômes les moins irréguliers de ce groupe avec le T. caespituni. Ses dômes sont presque toujours fermés à la surface et ne s’ouvrent que latéralement ou par des galeries qui s’éloignent du dôme. Souvent deux ou plusieurs dômes éloignés de quelques pieds les uns des autres sont en communication souterraine. La F. rufibarbis, qui est plus souvent mineuse que maçonne au contraire de la précédente, sait aussi bâtir des dômes analogues à ceux de celle-ci. Ils sont plus irréguliers, d’une construction moins massive, moins élevés et percés de plusieurs ouvertures soit au milieu, soit sur les côtés ; les $ y entrent et en sortent continuellement. Du reste les formes intermédiaires entre les F. cinerea, rufibarbis et fusca font aussi des nids intermédiaires. La F. sanguinea bâtit souvent des nids de terre pure qui ont alors tout-à-fait

l’architecture des deux formes précédentes, mais sont toujours percés de plusieurs ouvertures latérales très visibles. Le P. rujescens ne travaillant pas, son nid est bâti par ses esclaves fusca ou rufibarbis, chacuns à leur manière ; les nids de rufescens à esclaves rufibarbis sont ouverts de tout côté, ceux de rufescens à esclaves fusca sont fermés sur le dôme mais ont plusieurs ouvertures latérales dont quelques-unes, situées en général du même côté du nid, sont grandes, faciles à voir, et servent à la sortie et à la rentrée de l’armée. Dans les petits nids il n’y a quelquefois qu’une seule de ces grandes ouvertures. C’est probablement ce qui a fait dire à Mayr que le nid du P. rufescens ne communique avec l’extérieur que par un seul trou. Le fait est que je n’ai encore vu qu’un seul nid, très petit pour lequel cela fût vrai. Les nids de P. rufescens sont ordinairement plus grands que ceux de F. fusca ou de F. ruftbarbis seules; ils sont surtout plus étendus et ont souvent plusieurs dômes secondaires. La F. gagates fait parfois des dômes maçonnés tout-à-fait analogues à ceux de la P. fusca. Les F. pressilabris et truncicola font très exceptionnellement des nids à dôme de terre pure à la façon des F. fusca. La F. pratensis même peut avoir temporairement un dôme analogue. Le T. caespitum rentre dans le type fusca quoique beaucoup plus petit et d’une autre sous-famille. L’art de bâtir est chez lui au fond exactement le même, seulement les nids se trouvent beaucoup plus finement construits vu la taille des artisans. Les dômes secondaires atteignent ici une dimension relativement très grande, rendue nécessaire par la masse de grosses larves Ç et que les $ doivent élever. Ces dômes secondaires sont un labyrinthe des plus élégants qui a très souvent pour centre une touffe d’herbe servant d’échafaudage, ou une tige de plantain ou une autre tige analogue servant de pilier central. Mayr (Ungarn’s Ameisen, p. 19) fait la même remarque à propos de cette fourmi. Le dôme principal est toujours massif, assez plat, et ressemble à s’y méprendre à un dôme de F. fusca lorsque les dômes secondaires ont disparu, tellement il est compacte, nu et fermé. Ces nids maçonnés de T. caespitum paraissent toujours fermés, sauf lors de la sortie des çf et des Ç, et lorsque les $ bâtissent; mais en réalité ils sont percés à une foule d’endroits de très petites ouvertures, obstruées ordinairement par quelques grains de terre meuble ou de sable, et qui vomissent des files innombrables de petites ouvrières dès qu’un danger ou une proie se présente. Cette espèce sait du reste bâtir de diverses autres façons. Enfin le Solenopsis fugax qui vit ordinairement d’une toute autre manière bâtit quelquefois de très petits dômes en terre, semblables à ceux des T. caespitum, mais toujours plats, et contenant quelques grandes cases réunies par de longues et étroites galeries à d’autres cases semblables situées plus loin, soit dans la terre, soit dans le nid d’une autre espèce.

Nous avons encore à parler des dômes temporaires dont nous avons dit quelques mots plus haut. Quelques fourmis, surtout le T. erraticum, n’eu font jamais d’autres. Le but des dômes temporaires est de procurer de la chaleur à des larves ou à des nymphes, et cela promptement, lorsqu’une cause passagère quelconque produit de l’ombre sur le nid. Lorsque la cause qui a nécessité la construction du dôme disparaît, les fourmis l’aban-

donnent, et il s’écroule bientôt, vu sa fragilité. Le T. erraticum qui doit son nom à ce qu’il change très souvent de demeure, et qu’il déménage avec une rapidité étonnante toute sa famille à des distances souvent considérables, est un des hôtes les plus communs de nos prairies naturelles. Or ses Ç et ses d éclosent en juin, c’est-à-dire avant que les prés soient fauchés. Comment se procurent-ils du soleil? Dès l’apparition des premiers rayons de soleil du printemps les $ sont en activité, plus tôt que la plupart des autres fourmis; elles sortent leurs œufs des souterrains et les placent sous la croûte superficielle du terrain, car leur nid simplement miné n’a pas de dôme apparent. Là les œufs éclosent rapidement et les larves grossissent. Mais le soleil fait aussi pousser l’herbe et les larves se trouvent bientôt à l’ombre. Alors on voit sur tous les prés s’élever en peu de jours des centaines de petits dômes en forme de tours, auxquelles les touffes d’herbe servent d’échafaudage. Ces dômes s’élèvent perpendiculairement; ils sont à peu près cylindriques; leur base à peine plus grosse qu’une pièce de cinq francs n’est souvent pas plus large que leur sommet. Ils atteignent ainsi une hauteur de deux ou ti'ois pouces, rarement plus, mais cela leur suffit ordinairement pour dominer la partie la plus touffue des graminées et n’être guère dépassés que par les tiges florifères. Ces dômes sont composés d’une croûte extérieure très fragile en grains de terre agglomérés, formant un mur plus ou moins cylindrique et vertical dont le sommet est voûté. L’intérieur est un échafaudage de feuilles de graminées qui se tordent en cherchant à croître et que les fourmis relient quelque peu entre elles par de la terre pour les fixer. Pas question de distinguer ici des salles ou des galeries, car tout le dôme ne forme qu’un grand hangar. Aussi les ouvrières se tiennent-elles toutes accrochées par leurs pattes au plafond de la voûte ou bien aux innombrables poutrages de terre et de verdure qui composent l’édifice, ou encore accrochées les unes aux autres, portant chacune une larve ou un paquet de petites larves et d’œufs agglomérés suspendu à ses mandibules. Ce dôme est toujours percé de plusieurs trous. Sitôt que l’herbe est fauchée, ces dômes s’aplatissent; dès que les 9 et les d se sont envolés ils disparaissent à peu près totalement. Quelquefois, lorsque l’herbe repousse, on en voit quelques-uns se reformer pour les larves et les nymphes de qui doivent encore éclore, mais jamais ils n’atteignent la hauteur des premiers. La partie souterraine du nid des T. erraticum est solide ; les cases et les galeries y sont petites et éloignées les unes des autres, ce qui contraste avec l’architecture du dôme. Presque toutes les fourmis maçonnes savent élever des dômes pareils qui forment le plus souvent alors ce que nous avons appelé ci-dessus des dômes secondaires; ce sont cependant surtout les maçonnes du type de la F. fusca qui excellent dans ce genre. Il leur reste souvent en automne un assez grand nombre de cocons $ à faire éclore ; l’herbe a repoussé et le soleil est très oblique. On voit alors surtout la F. sanguinea élever rapidedement des dômes exactement semblables à ceux que nous venons de décrire chez le T. erraticum. J’en vis une fois un de trois pouces de haut élevé en une seule nuit par des sanguinea ; j’ôtai la croûte et ne trouvai en dessous aucune trace de maçonnerie, mais simplement une épaisse touffe d’herbe couverte d’ouvrières qui portaient des nymphes.

Cette croûte maçonnée ne servait qu’à concentrer la chaleur solaire. Enfin l’espèce Myrmica rubra et toutes ses races, surtout la M. laevinodis, élèvent des dômes temporaires presque identiques à ceux du T. erraticum, mais à parois moins verticales; cependant elles se passent le plus souvent de tout dôme, sauf la M. laevinodis. Elles ne font jamais de dômes permanents*).

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