‹ Les fous littérairesChapitre 9 sur 11 · ADDITIONS · texte numérisé non relu

ADDITIONS

De nouvelles recherches et quelques communications bienveillantes survenues pendant l'impression de ce travail, nous permettent d'y placer quelques nouveaux personnages.

On comprend d'ailleurs qu'il aurait fallu plus d'un gros volume si nous avions tenté d'énumérer tous les fous littéraires, tous les écrivains excentriques 1), tous les visionnaires ; nous aurions été entraînés bien loin si, abordant le terrain brûlant des contemporains, nous avions voulu signaler ces poètes, ces

1 A Tégard de ce mot, rappelons ce qu'écrivait Nodier, dans le Bulletin du bibliophile (nov. 1835). » J'entends par livre excentrique,

- un livre qui est l'ait hors de toutes les règles communes de la com-

- position et du style, et dont il est impossible ou très difficile de devi ■ a nerlebut, quand il est arrivé par hasard que l'auteur ait eu un but ■• en l'écrivant. -

politiques, ces illuminés, ces monomanes de tout genre qui écrivent, qui parlent, qui ne sont point renfermés et que réclame toutefois la pathologie mentale. Leur tour viendra plus tard.

SGILL (John).

Visionnaire anglais qui publia à Dublin en 1698, un livre étrange où il déduisait de textes bibliques fort tourmentés, la possibilité pour l'homme d'arriver à la vie éternelle, sans passer par la mort. Il soutenait que si les hommes venaient à mourir, c'était par suite de leur manque de foi ; il annonçait que, quant à lui, il serait enlevé au ciel, tout vivant comme Enoch et Elie ; l'autorité s'émut; le livre de ce fou fut brûlé, et l'auteur fut expulsé de la Chambre des Communes dont il faisait partie.

Baxter.

Louis- Napoléon, thc Infidel Antéchrist. Volume imprimé au Canada, en 1861.

On ne s'attendait pas à voir l'empereur des Français signalé comme reproduisant la bête

décrite dans le 13e chapitre de l'Apocalypse ou comme étant la huitième tête de l'empire romain ; c'est toutefois ce qu'ont cherché à démontrer les auteurs de divers écrits publiés vers 18G0 : The Speaking Image, or Napoleonism prophetically Unveiled ; the Exigence or the Septimo-Octave Roman Emperorship.

M. Daniel Stephens ( Brie f Exposition of Daniel and Saint John, 1861), abonde dans ce sens; il annonce que les ennemis de Dieu, dont l'empereur des Français est le chef, seront écrasés dans la vallée de Megiddon ; en 1864, le mystère d'iniquité sera détruit dans des torrents de sang qui s'élèveront jusqu'à la bride des chevaux.

Baxter établit que l'Antéchrist (Louis-Napoléon) contractera en L861, avec les Juifs une alliance qui durera sept ans ; les Juifs reviendront dans la Palestine ; ils construiront un nouveau temple qui sera terminé en 1865; le pape, expulsé de Rome, se rendra également à Jérusalem où il deviendra le prophète de Napoléon ; tous deux seront vaincus à Armagedeon, et ce sera en 1868 qu'ils seront précipités dans le lac de feu.

Baxter s'écrie d'un ton de triomphe, que ce qu'il avance est clair comme le soleil à midi (Clear as the sun at moonday).

Un officier anglais, le major S. Scott Philips, ne demeura pas en arrière; il publia en 1860, un écrit: Interprétation of th eProphecies, destiné à établir que Napoléon III était très positivement l'Ante-

christ; en 18(33, il devait en cette qualité, exercer sur la terre entière un pouvoir absolu, subjuguer les pays où régna jadis Nabuchodonosor, faire des miracles grâce à l'appui de Satan, commencer en 1865, une persécution sanguinaire contre le peuple de Dieu et succomber en 1867.

On lit dans Ezechiel (XXXIX 2), que Gog, monarque impie, sera retenu par une fourche à dix dents; n'est-ce pas l'annonce évidente des dix puissances qui, en 1856, signèrent le traité de Paris destiné à dompter la Russie ? Et peut-on méconnaître les chemins de fer dans cette prophétie : « tes souliers seront de fer et de cuivre. <>

Les divers ouvrages où se trouvent exposées ces rêveries ont été l'objet d'une notice intéressante dans le North British Reriew, n° LXXIV (Edinburgh, nov. 18(32 , pp. 397-421.

ECAN (Jean), médecin belge, né en 1815, mort en 1572.

Il avait étudié non-seulement le grec et le latin, mais encore l'hébreu. Son érudition l'égara ; il voulut établir dans ses Indo-Scythica que la langue d'Adam était le teutonique, le bas-allemand, thèse étrange qu'il chercha à soutenir au moven d'étymologies extravagantes. Voir, entre autres ouvrages : David Clément. Bibliothèque curieuse, t. IX, 245, et Paquot, Mémoires, t. III, p. 27.

IOGUET (J.).

Magistrat qui, contemporain du bordelais De Lancre, dont nous avons parlé, se montra son émule; il raconte dans ses Discours des Sorciers (1G03-1G10), ses exploits à une autre extrémité de la France, dans les montagnes de la Franche- Comté; se livrant de bonne foi à la barbarie d'une procédure en délire, le juge de Saint-Claude condamna au dernier supplice, une foule de malheureux clu z lesquels les folies de la lycanthropie complétaient celles de la démonomanic ; le sabbat et toutes ses turpitudes étaient pour lui des crimes avérés que le feu seul devait expier. Voir l'ouvrage du docteur Calmel sur la folie, 11,310-336.

Un témoignage curieux de la crédulité de nos ancêtres à cet égard, se trouve dans l'ouvrage de J. Ninauld : De la lycanthropie, transformation et extase des sorciers où les actions du diable sont mises en évidence. (Paris, 1615, in-8°j, M. Bourquelot a traité à un autre point de vue la lycanthropie flans une dissertation intéressante, 1843, in-8°.

OUSQUET (Auguste).

Nous connaissons de cet auteur, le titre du livre intitulé : Le Mystère de V Être suprême, livre de vie, immortel ouvrage parfait, fait à Bessenon. Béziers, 1879, in-8°, 263 pages, mais nous ue l'avons pas rencontré.

AILLEAUX (Charles).

« Apocalypse de celui qui fut Cailleaux », Alex. Dumas en a parlé (Mes Mémoires, chap. CXCIV), ainsi que M. Ch. Yriarte, Célébrités de la rue. C'était un disciple de Ganeau, dit le Mapah. (Voir ce nom).

HABANNES (le marquis de; .

Il exposait en 1831 et 32, dans une des galeries du Palais Royal, des transparents ou tableaux qui accompagnaient des brochures de 4 et 8 pages ; une seule, la Foudre de vérité, 1832, atteint le chiffre respectable de 48 p. La police les saisit presque toutes. Après quelques mois d'une exhibition bruyante et contrariée, la famille de ce personnage excentrique réussit, dit-on, à le fixer dans une maison de santé. » (Intermédiaire, I, 116).

HICOT.

C'était sans doute un sobriquet donné à un Gascon qui joua le rôle de fou à la cour d'Henri III et ù celle d'Henri IV, et qui fut tué d'un coup d'épée. Voir l'ouvrage de M. Cancl sur les Fous de cour, pp. 198-207.

On a sous le nom de Chicot deux écrits dont il n'est peut-être pas l'auteur: Advertissement et premiêres escriptures du procès contre Henry de Va-

lois. 1589, Paraboles de Cicquot sur C estât du roy de Navarre. 1593.

OLINS.

Un ces réformateurs de l'espèce humaine que notre siècle a laissés dans un oubli profond ; il a publié divers écrits, notamment : Du parti social et de la liberté politique considérée comme complément moral de l 'homme, 1835; Socialisme rationnel, 1850 ; Qu est-ce que la science sociale ? 1853.

M. Lerminier, dans un article de la Revue des Deux Mondes, et plus tard, Capo de Feuillide, dans la Presse, ont parlé des idées de Colins. Il rêvait un état de choses où la science éternelle, dont il se regardait comme seul possesseur à l'exclusion du monde entier, serait constituée en l'état de dogme définitif.

Très persuadé de ce qu'il avançait, il fit en 1835, distribuer son livre à tous les pairs, à tous les députés, à tous les professeurs, à tous les journalistes ; personne ne prit la peine de lire cet amas d'extravagances.

OLUMNA (Francisgus).

Moine italien, qui vivait vers le milieu du quinzième siècle; Nodier, qui s'en est occupé à diverses reprises, le déclare nettement atteint de folie ; il a laissé un ouvrage fort singulier : Hypnerotomachia,

imprimé par Aide l'ancien, à Venise en 1499, infol. ; des gravures sur bois, dont les dessins sont attribués à C. Bellino, augmentent le prix de ce volume étrange. Quant à la question bibliographique, voir le Manuel du Libraire, t. IV, p. 773 et A. F. Didot, Aide Manuce, p. 132 et suiv.

L ' Hypnerotomachia est une sorte de roman philosophique, écrit dans une langue factice ; un amant voit en songe sa maîtresse ; il décrit les fêtes, les monuments, les usages de l'antiquité. M. Loubens, Complément de t Encyclopédie moderne , t. XII, p. 719, parle avec enthousiasme de « ce livre pro- « fond et charmant qui renferme la chevalerie des « beaux-arts et qui fut, vers la fin du xve siècle, le « puissant hiérophante de la seconde Renaissance. ••

On trouve des copies des figures sur bois dans Dibdin, Bibliotheca Spenseriana et dans Jackson, Wood-Engraving , p. 2G7-272, ainsi que dans le Cabinet de l'amateur, 1861, pp. 362 et 363. Consulter aussi le Menagiana, t. IV, p. 609, le Conservateur, décembre 1756; C. Rosetti, Il misteria delV amor platonica del medio evo (Londres, 1840, 5 vol in-8°j t. III, p. 740 et suiv. ; B. Fillon, Quelques mots sur le songe de Poliphile. Paris, 1879, in-4°, 43 pages. Un éditeur parisien, M Liseux, annonce une traduction complète par M. Cl. Popelin. Le dernier écrit de Nodier est une nouvelle fort intéressante : Franciscus Columna.

EYRAUX Antoine), de Vienne (Isère).

Il a publié Découverte de la véritable astronomie basée sur la loi commune aux mouvements des corps; in-8° de 8 feuilles, plus 2 pi. Imp. de Timon, à Vienne octobre 1855).

On lit en note sur le titre <• Cette importante dé-

* couverte peut profiter à la navigation, et elle sert

* de point de départ pour se rendre compte de tous « les faits astronomiques qu'on voit effectuer aux " corps célestes. — Jusqu'à ce jour, l'origine de « ces faits était ignorée par tous les astronomes « anciens et modernes. "

RERE (James Hartley).

Combined vieic of the Prophecies of Daniel, Ecco dus and Saint-John, 1814.

En étudiant les prophéties de Daniel, cet illuminé imagina de diviser le IIe chapitre en denx parties ; les 19 premiers versets, s'appliquant au règne d'AntiochusEpiphane, le reste concernaitLouisXVI; Napoléon est évidemment l'Antéchrist; la petite corne, c'est le pape; une période de 1290 ans, commencée au mois de mars 533, se terminera en mars ou en avril 1823, époque exacte de la destruction totale de la papauté et du rappel des Juifs.

L'année 1823 s'écoula, les événements annoncés avec tant d'assurance ne se réalisèrent point; il se remit à étudier Daniel et il découvrit que c'était le

fils de Napoléon qui devait être l'Antéchrist ; c'est ce qu'il démontra dans un écrit mis au jour en 1826; la mort prématurée de ce jeune prince vint détruire cette explication; Frère ne se découragea point; il publia en 1833 un nouvel ouvrage destiné à établir que la base de sa théorie restait certaine et que c'était à un membre de la famille napoléonienne que s'appliquaient les prédictions de Daniel.

AMA MACHADO (J. du).

Membre de l'Académie des Sciences de Lisbonne, commandeur de l'ordre du Christ, conseiller de légation à Paris; malgré tous ces titres honorables il faut le ranger parmi les écrivains dont la tête est un peu dérangée ; il avait rempli d'oiseaux un vaste appartement qu'il occupait quai Voltaire à Paris. A force d'étudier les mœurs des volatiles il arriva à. formuler un système, une théorie basée sur les moyens de déterminer les dispositions physiques et morales des animaux, d'après les analogies d<^ formes, de robes et de couleurs. Il entre dans les détails les plus étendus sur la couleur des plumes et des becs, et en tire les conséquences les plus étranges. D'après lui, si la parole manque au sing<\ c'est un avantage pour cet animal, qui a conservé sa pleine liberté.

Bien loin de s'enorgueillir de sa station verticale, l'homme devrait peut-être la maudire. Ces idées, et beaucoup d'autres tout aussi singulières, sont expo-

secs dans la Théorie des ressemblances (Paris, 1831 à 18Û8, 1 parties, in-4°), publiée aux frais de l'auteur; c'est l'œuvre d'un nionomane.

UENTIS (S.J.).

Ce personnage a publié à Bruxelles, en 1834, sans y mettre son nom, une brochure intitulée :

f'/ie doctrine, ou le chaos remplacera l'ordre, puis le temps mettra fin à nos aberrations . Dieu, destinée, équité. Par l'équité accomplir notre destinée, la volonté de Dieu.

Nous n'avons pas rencontré cette brochure, mais le titre en dit assez.

Page 1