‹ Les fous littérairesChapitre 6 sur 11 · LIVIER(I) -M · texte numérisé non relu

LIVIER(I) -M

Auteur de plusieurs ouvrages de grammaire et d'ét ymologie, (notamment deYOptike du cœur, dont M. do la Sicotière a donné l'indication, plus complète (pie ne l'avait donnée Quérard, dans les Supercheries ou dans le Dirt. des Anonymes. Ces ouvrages sont d'une excentricité qui touche à l'insanité.

Ordre (V) du domicile du temple et du tabernacle vivants de Dieu qui sont son Verbe fait homme, personnellement et collectivement dont je manifeste, par sa faveur spéciale, l'expression visible, salutaire, harmonieuse, couronnée de gloire et pleine de bonheur comme mon Église. Paris, 1834, in-8°.

Cette époque était féconde en folies de ce genre ; nous ignorons quel est l'auteur de cet opuscule ; il fut suivi d'un autre :

« L'ordre de la résurrection simple ou de la per- « fection de notre père céleste, tel que Dieu le de- •' mande pour son bonheur inaltérable, tel qu'il se « manifesta dans la quarantaine glorieuse de Jésus- " Christ revécu pour être aujourd'hui l'expression « merveilleuse de son immortalité qui reste en com- « munication dans son triple rapport comme un

« levain splendide qui fait fermenter son ample « sujet au profit de la Sion permanente. «

En vers.

(Catalogue de la. Bible impér. Histoire de France, t. IV, p. 771).

AOLETTI.

Jésuite dont les rudes travaux de mis- §y^S/t sionnaire dans l'Amérique du Sud avaient dérangé la raison. Il était enfermé depuis cinq ans lorsqu'il écrivit sur les questions alors si fort controversées de la grâce et du libre arbitre un livre rempli d'absurdités. Les instruments symboliques du culte des Hébreux étaient, selon lui, employés pour déterminer la condition future des fils d'Adam ; il chercha, au moyen de gravures, à élucider cette idée peu nette. Dans un autre écrit, il voulut établir que les Aborigènes de l'Amérique étaient les descendants directs du diable et d'une des filles de Noë.

ARACELSE (Aureolus-Phil.-Theophr. .

Alchimiste, médecin, philosophe, esprit souvent

égaré, charlatan insigne et talent incontestable, souvent discuté et encore mal connu. Nous n'avons pas à reproduire ici des détails qu'on trouve très facilement. On a mis sons son nom une Prognosti-

ratio datée de 1536, mais bien plus récente; on y trouve des allusions au cardinal de Richelieu, évidemment venues après l'événement.

Paracelse composa, dit-on, 250 traités différents; il peuplail Le monde de démons et de génies, et, précurseur de nos spirites, il affirmait s'être entretenu dans l'autre monde avec des personnages célèbres, notamment avec Avicenno.

Voir : Adelung, Hist. de la folie humaine, t. VII, pp. 189-365; Hoefer, Hist. de la chimie , t. II, p. 7; Kousselot, Hist . philosophique du moyen-âge, t. II, p. 236; Renouard, Hist. de la médecine, t. II, p. 123; le Dict. des Sciences philosophiques, t. IV, pp 549-557 ; Cap, Études biographiques pour servir à Vhist. des Sciences naturelles, etc.

ARISOT (J.-P.).

La Foy dévoilée par la raison, dans la connaissance de Dieu, de ses mystères et de la nature. 1680, in-8°, 280 pages.

L'auteur était un homme grave, conseiller du roi, maître ordinaire de la Chambre des comptes; ce n'en était pas moins un aliéné, avec cette circonstance commune à ces réformateurs qu'a vus surgir le XIXe siècle (nous laissons de côté les fourbes et les charlatans) ; il croyait tenir en sa main la vérité des vérités, ignorée jusqu'à lui. Ses divagations inintelligibles roulent principalement sur le début de l'Evangile de Saint-Jean.

M. Du Roure lui a consacré un court article {Analecta Billion, t. II, p. 343) : « Parisot trou- « vait dans la matière les trois éléments de la Tri- « nité : le Sel, générateur des choses, répondant à « Dieu le père ; le Mercure, dont l'extrême fluidité « représente Dieu le fils, répandu dans tout l'uni- « vers; le Soufre, qui, par sa propriété de joindre « le sel au mercure, figure évidemment le Saint- « Esprit. »

Condamné au feu, le livre de Parisot est devenu très rare, sans être fort recherché.

AULI (Oliger).

Bericht... Adresse à toutes les puissances de l'Europe. 1706, in-8°.

Oliger Pauli, l'auteur de cet écrit et de quelques autres du même genre (la plupart en langue hollandaise;, né en 1644 à Copenhague; fort jeune encore, il prétendit avoir des visions, et à douze ans, il se vanta d'avoir conclu un pacte avec Dieu; il s'éprit de l'idée d'expulser les Turcs de l'Europe, et de délivrer la Judée ; il écrivit dans ce but des lettres très pressantes à Louis XIV et à Guillaume III, à l'empereur d'Allemagne, qui n'en tinrent aucun compte; il se plaisait à remanier la carte de l'Europe ; il voulait établir les Juifs comme habitants d'un puissant empire situé sur les rives de la Mer rouge et retirant de l'île d'Ophir d'immenses richesses. Il exposa ces folies dans des ouvrages qu'il

répandit en Hollande, et il trouva quelques prosélytes. En dépit de l'exaltation de son cerveau troublé, il parvint à un âge auquel il est donné à bien peu d'hommes d'atteindre ; il était dans sa 98e année lorsqu'il mourut en 1740.

Voir : Adelung, t.. IV, pp, 374-388.

IETIT (l'abbé).

C'était un pauvre curé normand dont la tête c'était pas bien saine ; de mauvais plaisants le mystifièrent en lui misant composer, en lui dictant deux tragédies ridicules qui ne furentjamais représentées, comme bien l'on peut croire : David et Bethzabée, 1754; Balthazar, 17.V>.

L'auteur dit dans sa préface : « On m'a fait naître - quelques scrupules au sujet de certains vers dont « le style est assez fort pour qu'on les soupçonne « du grand Corneille. Diverses personnes se sont " récriées au sujet du nom d'ffanon, roi de Raba, à " cause d'une ridicule équivoque avec celui d'un ani- -• mal fort connu. « On trouve des vers tels que ceux-ci :

" Quel est donc le sujet qui cause votre angoisse, « Qui du sein des plaisirs vous porte à la tristesse? «

L'auteur justifie cette rime : « Elle n'est peut-être que neuve «

David manifeste ses inquiétudes :

« Quatre rois, vive Dieu ! ci-devant mes amis, « Devenus tout à coup mes mortels ennemis. »

Sadl.

Et ce prince, vainqueur de mille incirconcis, Frémissait que David en eut dix mille occis. »

Nathan.

Très puissant en troupeaux de bœufs et de moutons, A peine pouvait-il les paître en ses vallons. »

I OIRET (Pierre).

Eruditione De tripliez, solida, superficiaria et falsa. Amstelodami, 1693, in-12, et 1707, in-4°.

Le but de cet écrit est d'établir qu'il n'y a point de véritable savant sans une illumination d'en haut. L'auteur, Pierre Poiret (né à Metz en 1646, mort en Hollande en 1719) a laissé de nombreux écrits.

11 s'est fait surtout connaître comme éditeur des Œuvres d'Antoinette Bourignon (Amsterdam, 1679, 19 vol. in-8 ■■) et de plusieurs ouvrages de Mine Guyon.

Dans son Idea theoligiœ christianœ juxta principia J. Boehmi. Amsterdam, 1687, in-12, il reconnaît que l'intelligence de l'écriture sainte est à peu près impossible. Personne ne lit plus aujourd'hui Y Economie divine, ou système universel et démontré des œuvres et des dessins de Dieu envers les hommes (Amsterdam, 1687, 7 vol. in-8°) ; il en existe une traduction latine, Francofurti, 1705, 2 vol. in-4°, et une en allemand, ; Poiret s'efforce d'y établir d'une manière certaine, l'accord général de la nature et de la grâce, de la philosophie et de la théologie.

Sa Bibliotheca mysticorum. Amsterdam, 1703, pourrait être consultée, mais elle manque de critique.

r ONIATOWSKA (Christlna).

Prophétesse, née en 1610; elle était fille de Julien Poniatowsky, membre d'une des plus illustres familles '!'• la Pologne, qui débuta par embrasser la vie monastique, mais bientôt, jetant le froc aux orties, il quitta sa patrie, se réfugia en Bohême et s'y maria; après avoir subi diverses persécutions, il entra comme bibliothécaire chez un seigneur morave, le comte Charles de Zerotin ; sa fille fut admise chez la baronne Engelburg von Zelking ; bientôt sa tête s'exalta; elle eut des visions dont le récit fut très amplement couché par écrit ; elle débita beaucoup de prédictions qui trouvèrent des croyants et qui furent réimprimées à diverses reprises; les livres de ce genre rencontrent toujours des -amateurs. Vers 1632, la raison lui revint, elle se maria, et après douze ans d'un mariage qui fut paisible, devenue mère de cinq enfants, elle mourut le 5 décembre 1644 dans un âge pou avancé. Adelung a pris la peine de lui consacrer un long chapitre, tom. VI, p. 267-331, mais il n'offre aujourd'hui qu'un bien médiocre intérêt.

OSTEL (Guillaume), né en 1505, mort enl581,

Doué d'une vaste érudition, chercheur infatigable, inquiet, visionnaire, de même que bien d'autres esprits malades, il écrivait sans relâche, abordant toutes sortes de sujets ; le Manuel du Libraire donne la longue liste de ces productions que les bibliomanes recherchent avec empressement sans se croire tenus de les lire ; la plus extravagante de toutes a pour titre : Les très merveilleuses victoires des femmes du nouveau monde. Paris, 1553, in-16, réimprimé vers 1750 et à Turin, J. Gay et fils, 1869, à 100 exempl.

Devançant les insanités débitées dans notre siècle, Postel veut régénérer le monde au moyen de la femme; il a trouvé la nouvelle Eve; c'est une vieille Italienne qu'il nomme la mère Jeanne et dont la substance est passée dans la sienne.

Voir : Adelung, t. VI, p. 166-206; Sallengre, Mémoires, t. II, Du Roure, Analecta Biblion. t. I, p. 387; le Conservateur, avril 1756, p. 28-44; les M< langes extraits d'une grande biblioth. 1. 1, p. 161: le Dict. des sciences philosophiques , t. Y, p. 82 (analyse du traité : de Orbis terrœ concordia .)

" Postel qui n'avait ni goût, ni esprit, mais qui « avait autant de génie qu'on peut en avoir sans goût « et sans esprit, a surtout une aptitude incroyable « à remuer les souvenirs de l'antiquité. C'est une « espèce de grand homme dans un autre siècle.

- Leibnitz n'a pas été plus savant, ni Bacon plus

- universel » (Ch. Nodier).

Sur les voyages de Postel en Orient, voir : le Sera-

peum. Leipzig, 28 février 1853; ce même journal, il" 23 el 24 de 1858, donne une liste raisonnée de 24 ouvrages de P. que possède la bibliothèque de Dresde.

Quelques citations ne seront pas ici hors de propos. '• Mais sur toutes les créatures qui oncques ■ furent, ou sont, ou qui seront, ha esté en cette vie

- admirable la très saincte Mère Johanna qui est

- Eve nouvelle, laquelle, par trente ans ou environ » lia esté en continuelle méditation spirituelle et " mentale et quasi autant de temps à ministrer aux

- pauvres malades à l'ospital, de laquelle jay vu « choses si miraculeuses et si grandes qu'elles exce- « dent tous les miracles passés, sauf ceux d'Adam, « nouveau Jésus, mon père et son époux. Outre « qu'elle me révéla innumérables secrets des Escrip- « tares, elle me prédit aussi choses principalement « touchant la destruction du règne de Satan et la " restitution de celui du Christ qui doibvent adve-

- nir et entre les aultres qui je d^vois être son fils « aine «

- Plus diray avec souveraine raison que pour « montrer au veu et sceu et très parfaite cognois- * sance de tout le monde la grande sotise et imbe- « cilité de Satan, Dieu délibéré que par la femme « soit réellement vaincu Satan, et tant en savoir « qu'en pouvoir surmonté que vrayment, réalement « et de fait soit lié et contraint de laisser l'humaine « génération en liberté. Et n'eut Dieu jamais permis •• que ladite partie inférieure de l'homme et la

« maternité universelle eust été par le meschant, sot « et couart Satanas surmontée si n'eust été à cette « fin que quand il auroit, le pis qu'il aurait pu, tué « tous les enfants de femme, il peust, non pas par « l'homme seulement, mais par la femme en son « entier restituée, tant en savoir comme en force, « surmonté. »

Consulter aussi le Conservateur, avril 1758, p. 26-40; Audin, Hist. de Calvin, 1850, 1. 1, p. 83; M. du Roure, Analecta biblion, t. I, p. 387, a analysé Y Histoire mémorable des expéditions faites parles Gauloys; la Grammatica arabica est l'objet d'une longue note dans le catalogue Silvestre de Sacy, t. II (1846), nc 2761; la Commentatio de Etrarice regionibus . . . a été réimprimée dans le t. VIII du Thésaurus antiquit. ital. de Burman.

IROUVY (P.-J. de).

Général-major, pensionné honorablement au louable service de l'auguste maison d'Autriche.

Relation de la courte campagne de 1815 en Brabant méridional. Dînant, imp. Rosolani, 1827, pet. in-8°, 67 pages.

Le Bidletin du bibliophile belge, tom. III, pp. 126-132, fait connaître, par d'assez longs extraits, cette production excentrique, dans laquelle il est bien peu question de la campagne de 1815; les digressions s'enchevêtrent de la façon la plus bizarre et l'auteur, qui tient en profond mépris

L'orthographe et la ponctuation, compose ordinairement sea chapitres (il y en a vingt-deux) d'une seule pli rase.

Réalité de la magie et des apparitions . Ouvrage dans lequel on prouve par une multitude de faits et d'anecdotes authentiques et par une foide d'autorités incontestables, l'existence des sorciers, la certitude des apparitions, la vérité des possessions, etc., (par l'abbé Simonet). Paris, 1819, in-8°.

1*110 note du cat. Emeric-David (1862) n° 876, dit que la Congrégation de Rome dépensa des sommes considérables pour retirer les exemplaires de ce livre absurde.

Recherches sur les fonctions providentielles des dates et des noms dans les annales de tous les peuples. Paris, 1852, in-8°, 294 pages.

L'auteur trouve dans les noms et -les dates, sept lois harmoniques qui dominent dans les événements de l'histoire; il se livre à des séries de combinaisons obscures et compliquées où il serait fort inutile de chercher à le suivre ; il croit avoir découvert qu'il y aura 278 papes, ni plus ni moins. Voir d'ailleurs : la Bibliothèque de V École des Chartes, 3e série, tom. IV, p. 193.

Réflexions morales et politiques sur S. A . R. feu Charles- Ferdinand d'Artois, duc de Berry, poème en sept chants. In-8°, 119 pages

Une note manuscrite de Quérard signale comme auteur le chevalier Luzy-des-Beaux. C'est une des plus étranges productions qu'il soit possible de rencontrer; le poète commence par exposer longuement ses idées sur la césure; il a imaginé de la faire marquer dans l'impression. Exemple :

Ne fout qu'à leur déli : re élever des autels ;

Toi que je crois vivant : bieu mieux que les mortels.

L'auteur dédie •' ce fruit de son zèle à la vie pré- « sente et imaginaire de feu S. A. R. le duc de * Berrv, à présent, de toute éternité, bienheureux. »

L'ouvrage se termine par quelques petites pièces de vers ; transcrivons deux quatrains :

D'aimer ses ennemis : c'est difficile à l'homme Surtout de pardonner : à d'ogres assassins. En est-il parmi nous : dans nos pieux mondains Qu'aux forts de leurs revers : ruminent pareil somme i

Si l'on voit pardonner : c'est rare dans ce monde Encore y trouve-t-on : quelque intérêt caché, Mais sans fiel, sans rancune : en parcourant sa ronde D'aimer ses ennemis : est un divin péché.

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