‹ Les fous littérairesChapitre 7 sur 11 · ESTIF DE LA BRETONNE (N.-E · texte numérisé non relu

ESTIF DE LA BRETONNE (N.-E

Sans ranger décidément au nombre des fous, ce très fécond et bizarre écrivain, on peut affirmer qu'il n'avait pas toujours la tête bien saine. L'Etude critique du docteur Mireur, de Marseille, placée en tète de l'édition nouvelle du Pornographe (Bruxelles,

Gay et Douce, 1879, pet. in-8°) reconnaît qu'une sorte de délire fatal avait dévié les élans de cette organisation exceptionnelle; il se laissa aller à la dérive d'une imagination extravagante.

Dédaigné, ouMié pendant plus de soixante ans, Restif s'est ensuite emparé de l'attention publique; M. Monselet lui a consacré un petit volume intéressai .

L'infatigable bibliophile Jacob (M. Paul Lacroix) a fait paraître en 1875 à la librairie Fontaine, sous le titre de Bibliographie et Iconographie de Restif de la Bretonne, un gros volume qui est un chefd'œuvre de patience et d'exactitude bibliographique.

Les deux cent et quelques volumes composés par Restif, après être restés longtemps sur les quais, offerts à des prix minimes, sont devenus l'objet de recherches ardentes; ils se payent très cher.

M. Aug. Fontaine inscrit sur son catalogue de 1878-79, les Nuits de Paris, 16 tom. en 8 vol., 900 francs; et Y Année des dames nationales, 12 vol. 500 francs.

Quel que soit le nombre des ouvrages de Restif, il se proposait de l'accroître grandement, car il a lui-même indiqué plus de trente productions qu'il préparait ; on y remarque les Mille et une Sottises, les Mille et une Métamorphoses, le Tour de France, le Naufrage, etc.

KeYERONI DE SAINT-CYR (le baron), mort en 1820.

Après avoir été militaire, il se fit littérateur; il composa un assez grand nombre de pièces de théâtre fort oubliées aujourd'hui et quelques romans où se montre une imagination surexcitée : le Torrent des passions ; Pauliska, ou la Perversité moderne ; M. Paul Lacroix a consacré une note à ce dernier ouvrage, Bulletin du bibliophile, 1852, p. 401.

Révéroni devint fou, et sa folie se déclara d'une façon singulière. Il écrivit aux sociétaires du théâtre Fevdeau pour leur demander une lecture qu'on lui accorda ; il parut, son manuscrit à la main, de l'air le plus sérieux et lut les noms des personnages de son opéra-comique intitulé : les Amov.rs du Marais. Premier crapaud, M. Huet; second crapaud, M. Ponchard; première grenouille, Mme Lemonnier, etc. On n'en écouta pas davantage, et l'on interrompit l'auteur qui fut conduit dans une maison de santé où il mourut [Catalogue Soleinne, n° 2441). Coïncidence étrange; une des pièces de Révéroni est intitulée : le Délire.

EYNAUD (Jean).

On ne saurait refuser à ce collaborateur de Pierre Leroux à X Encyclopédie nouvelle, à ce représentant du peuple en 1848, une place parmi les illuminés. Dans son livre intitulé Terre et Ciel, il se prononce avec Pythagore et Platon pour la pré-existence des âmes, pour une série d'existences après la mort. Comme bien d'autres rêveurs, il se flatte que la

puissance de l'homme su:' la nature se développera dans des proportions inouïes jusqu'ici; il annonce qu'on se pendra maître de la nuit, du chaud, du froid, de la pluie; il a L'idée de rendre l'Océan productif : « Qui sait tout le profit dont la niasse des mers sera peut-être un jour la source? Je ne puis croire que cette immense partie du domaine de l'homme soit condamnée à une stérilité perpétuelle, à ne jamais verser d'autre richesse dans nos sociétés qu'un peu de sel et de poisson : le genre humain devenu plus puissant, en tirera parti, à l'exemple de Dieu, pour sa propre économie. »

Tout comme M. Henri .Martin, Jean Reynaud partage les chimères relatives à la science des druides : '• Le vieux druidisme parle à mon cœur. » Voir dans l' Encyclopédie nouvelle (non achevée) son article sur le druidisme, tissu d'assertions dépourvues de toute critique.

IICHER Edouard), né à Noirmoutiers en 1792,

mort à Nantes le 21 janvier 1834.

Épris de la solitude, il se livra à l'étude de l'histoire naturelle, il fit d'intéressantes recherches sur les antiquités de la Bretagne, mais il se laissa gagner par les idées mystiques de Swedenborg, et son intelligence s'égara. Il développa ses théories sur l'homme, sur l'univers, sur le monde spirituel dans huit gros volumes intitulés : la Nouvelle Jérusalem, 1832-1836. Il prétend établir l'union harmo-

nieuse du monde des corps avec celui des esprits, niais il n'a pas résolu ce problème fort délicat. Il a laissé, indépendamment de bien des manuscrits, de nombreux ouvrages dont Quérard donne la liste : France littéraire, t. XII. Voir aussi : E. Piot : Mémoires sur la vie et les ouvrages dE. Rieher. Nantes, 1836. Une édition des Œuvres littéraires de Rieher avait été entreprise à Nantes ; elle devait avoir 15 ou 16 volumes ; il en a paru sept de 1828 à 1842; l'entreprise a ensuite été abandonnée.

OBERTS.

C'est de ce nom qu'est signé un opuscule intitulé : « Grand gouvernement universel du monde entier de Verbum Dei; « il figure au catalogue de la bibliothèque nationale. Hîst. de France, t. XI, p. 362, n° 2800.

OEMELING (Christian-Anton).

Illuminé allemand, auteur de divers ouvrages imprimés pour la plupart sans lieu ni date (un est daté de 1710) ; ils sont indiqués au catalogue Alexis Ouvaroff, n' 87-90.

OHLER (Christian et Jérôme).

Deux frères, deux paysans bernois qui, en 1746, s'annoncèrent comme les deux témoins dont parle l'Apocalypse. La femme de l'un d'eux aura la lune

sous ses [lieds; le jugement dernier aura lieu le jour de Noël L748.

I. "émotion fut grande dans tout le pays; quelques brochures répandirent les doctrines de ces novateurs dangereux qui ajoutaient que tout était pur pour les purs. Lejustc est impeccable quoiqu'il fasse. Celte théorie pouvait mener loin; le Sénat de Berne la réfuta péremptoirement; les deux Rohler furent condamnés à mort et exécutés en 1753.

oXDET (L.-E.), né en 1717, mort en 1785.

Ecrivain des plus laborieux, hébraïsant distingué, connu surtout par d'importants travaux sur la Bible ; il eut le tort de vouloir, après tant d'autres, interpréter l'Apocalypse ; dans une Dissertation fort longue sur le rappel des Juifs (1777, 4 vol. in-12, 1780, 2 vol. in-4°), il annonce que le règne de l'Antéchrist ne durera que sept ans, et il fixe la fin du monde à l'an 1860. Il parait que son calcul s'est trouvé fautif.

OUSTAING (J -B.), avocat à la cour de Bordeaux, ancien bâtonnier.

Spiritisme chrétien, ou Révélation de la révélation. Les quatre Evangiles suivis des commandements expliqués en esprit et en vérité, par les Evangélistes assistés des apôtres- Moïse. Paris, Librairie centrale, 18G6, 3 vol. in-12.

Cet ouvrage, imprimé à Bordeaux, offre une preuve nouvelle du penchant qui porte les aliénés à écrire sans relâche ; il ne contient pas moins de 1872 pages. On a droit de s'étonner qu'un jurisconsulte éclairé se soit, vers la fin de ses jours, laissé entraîner aux plus absurdes aberrations.

L'auteur annonce tout d'abord qu'il a été messianiquement averti qu'il n'y a là qu'une « œuvre pré- « paratoire à la grande et progressive révélation de « l'esprit de vérité. «

Il raconte que le 26 juin 1861, l'esprit de Jean- Baptiste et celui de son père se manifestèrent à lui; l'esprit de l'apôtre Pierre se manifesta le 30 juin ; les quatre évangélistes lui dictent l'ordre d'écrire, et il écrit sur les Evangiles un immense commentaire où éclatent, à chaque page, les hallucinations d'un cerveau que le spiritisme a détraqué. Les phrases sont d'une longueur excessive ; des mots en caratères italiques ou majuscules y sont fréquemment intercalés, sans qu'on en devine le motif; en définitive, il n'y a rien de saillant dans cet interminable et illisible fatras.

OUSMART (J.-B.;.

Ouvrage anti-philologique traita nt des obligations et devoirs des Enfants à Végard de leurs Père et Mère. Tournay, s. d., in-8°, 48 pages.

L'auteur, cerveau fêlé, avait été notaire à Tournay (cat. Wyt à Gand).

AJDE le marquis de).

Nous qg voulons pas nous arrêter sur cetérotomane trop célèbre, mort à Charenton; nous indiquerons seulement deux faits peu connus.

Les personnes (en petit nombre sans doute; qui auront pris la peine de lire le Catalogue de la Bibliothèque nationale, [Histoire de France), auront trouvé (t. XI, p. 19, n° 2400), un opuscule attribué au marquis, sur la foi d'une note manuscrite du temps : Idée sicr le mode de la sanction des lois, Paris, de l'imprimerie de la rue Saint-Fraire, s. d., (1792). Si cette attribution est exacte, elle atteste une excursion de l'auteur en dehors de son domaine habituel.

Un volume des plus curieux, consacré à une portion peu étudiée de la bibliographie, a été publié à Londres en 1876 : Index librorum prohibitorum, in-4°, sous le pseudonyme de Pisanus .Fraxi ; il n'a été tiré qu'à petit nombre, et il n'a point été livré au commerce : nous y lisons que M. de '**, à Paris, possède le manuscrit d'un ouvrage de Sade, composé à la Bastille en 1786 : c'est un rouleau de papier couvert de caractères microscopiques ; le fond et la forme sont les mêmes que dans les immondes productions enfantées par l'imagination délirante de ce monomane.

Oaint-mars.

On est bien tenté de ranger parmi les excentriques ou fous, et plus près des derniers que des premiers, un certain M. de Saint-Mars, auteur d'une brochure sur les origines ou les Etymologies Gauloises, dans lequel, en faisant plus particulièrement à la Normandie, l'application de son système, il décompose tous les noms de lieux de manière à leur donner les significations les plus étranges. Chaque syllabe, chaque lettre même y devient un mot. Le nom est une phrase. Aucun souci du vieux français, du vieux latin, des noms, types des noms actuels, qui ne renfermaient cependant ni les mêmes syllabes, ni les mêmes lettres. Ainsi, Alençon ne viendrait pas d'Alercum, Alercum ctAuleris, mais signifierait : Al ville — en près — çon confluent, ou quelque chose d'approchant. Cette singulière élucubration doit avoir eu deux éditions a la fin du siècle dernier.

OVINT-MARTIN (Louis-Claude), dit le Philosophe inconnu, né le 18 octobre 1743, mort le 13 octobre 1803.

Il serait fort inutile de redire ici au sujet de ce théosophe célèbre les détails qu'on peut lire dans la Biographie universelle, et surtout dans la Nouvelle Biographie générale (Paris, Didot, t. XLIII, col. 62-70) ; nous renverrons aussi aux écrits spé-

ciauxdont il a été l'objet : Notice biographique sur L.-C. de Saint-Martin, par Génie. 1824, in-8°; Essai sur la vie et les écrits de Saint-Martin, par

Caro. 1852, in-8°, et surtout : Saint -Martin le philosophe inconnu, par Matter. 1802, in-8°. Dans la longue liste des écrits de cet illuminé (quelquesun- «nu été traduits en allemand) on remarque un volume de 460 pages que certains amateurs recherchent à cause de sa singularité : Le Crocodile, ou la guerre du bien et du mal, arrivée sous le règne de Louis XV, poème epico-magique en 102 chants, par un amateur de choses cachées.

Saint-Martin avait laissé en manuscrit des traités sur la Bible, sur l'origine des choses, sur le magnétisme, etc. ; ils n'ont point été imprimés, il est probable qu'ils ne le seront jamais.

On trouve dans le catalogue Ouvaroff, nos 130- 151 et suiv. des détails bibliographiques sur les œuvres de Saint-Martin, et sur les écrits qui s'y rapportent ; il signale sept éditions différentes Des Erreurs et de la Vérité, et une traduction allemande (Breslau, 1782).

Dan son Examen des Dictionnaires de la langue française (Paris, 1820, in-8°), Ch. Nodier transcrit (p. 258), la définition que donne le lexicographe Boiste du mot : Martinisme. « Commerce avec les •• âmes, les anges et connaissance des mystères de « la nature; » il ajoute : « je prie les lecteurs de « nos Dictionnaires de ne rien croire de tout cela. « Les Martinistes n'ont aucun commerce avec les

âmes ; il est probable qu'ils n'en ont pas davantage avec les anges, et on doute qu'ils connaissent à fond les mystères de la nature. Si les lexicographes devaient en parler, il faudrait qu'ils se bornassent à dire ce qui est vrai, c'est que Saint- Martin était un fou, et qu'un Martiniste serait un charlatan dans le cas où il y aurait encore un Martiniste. »

OAJNT-SIMON, né le 17 octobre 1760, mort le 19 mai 1820.

Nous n'avons point à retracer ici la biographie de ce chef d'une secte fameuse ; nous ne discuterons pas avec ses disciples sur la question de savoir jusqu'à quel point il appartient à la catégorie des fous littéraires ; nous n'entreprendrons point d'exposer sa doctrine ; renvoyons à cet égard aux ouvrages que signale M. J. Morel à la suite d'un long article inséré dans la Nouvelle Biographie générale, t. XLIII, col. 117-127.

Mentionnons les oeuvres choisies de C.-H. de Saint-Simon, précédées d'un Essai sur sa doctrine. Bruxelles, 1859, 3 vol. in-12.

Le premier volume contient les Lettres cVun hàbibitant de Genève à ses contemporains, 1807, et X Introduction aux travaux scientifiques du XIXe siècle, 1807-1828. Dans ces écrits auxquels on n'accorda aucune attention, le futur apôtre poursuit les idées qui lui furent toujours si chères : une

organisation sociale entièrement neuve, l'égalité de la femme.

l'a us le second volume, le Mémoire sur la science de Vhomme. 1813, ei le Travail sur la gravitation universelle. Divers ouvrages de peu d'étendue composent le 3P volume que termine une Notice bibliographique (Voir la Libre Recherche. Bruxelles, t. XVII [1860], p. 309.

OARDAT Rose-Mario)

Loi d'Union. Paris, 1847, in-8°, t. Ier (et unique).

.M. Champfleurv [les Excentriques, p. 133), parle en détail de cet ouvrage bien oublié aujourd'hui et qui est une imitation des rêveries de Fourier ; il n'y a plus de villes, mais des tribus groupées autour du Temple du bonheur, et ayant chacune pour chef un septuagénaire; le mariage est conservé, il doit être célébré deux mois après la coupe des blés mais il est bien facile à rompre, il -suffit d'aller écrire avant le lever du soleil, sur un registre à ce destiné : Mariage malheureux, et on est parfaitement libre de convoler à de secondes noces tout aussi faciles à briser. L'auteur était d'ailleurs persuadé qu'il avait trouvé le moyen de faire la félicité du genre humain, il s'écrie : « si la France accepte la Loi d'Union, la Loi du ciel, elle fera le bonheur de toutes les familles. » La France a laissé M. Sardat prêcher dans le désert.

Shisteime Chevet heicphozé au théhatre des Dhilasmans Khomiqe le 22 du mhoiz dhavrile hané 1853, san gharanti du gouvernheman. Shinte Chiberte hékoute, jhe timplore.

L'auteur était très convaincu de ce qu'il appelait sa mission ; son ouvrage n'a pas été imprimé, M. Ch.-M.-L. Charles Marty Lavaux), qui en parle dans la Gazette bibliographique (Paris, Lemerre, 1868-69, p. 43), dit n'avoir vu que des copies autographiées, exécutées avec beaucoup de soin.

OlEGROLEK (Georges-Paul).

Illuminé allemand ; il mit son nom à un volume de 140 pages, imprimé en 1705 avec l'indication supposée de Pamphilie, aux frais des bons amis; le titre peut se traduire comme suit : Au nom de Jésus-Christ, juge des vivants et des morts, prédication de son évangile éternel destiné à anéantir tout ce qui s'appelle démon, enfer et péché. L'auteur de ce tissu d'extravagances se qualifie de « simple écolier de la sagesse céleste. «

wMART (Christophe).

M. Delepierre nous apprend qu'après avoir eu de brillants succès à l'université de Cambridge, cet Ecossais fut saisi en 1754, d'une folie furieuse; traité selon l'usage du temps avec une rigueur inhumaine, il fut enfermé clans une cellule, privé

d'encre, de papier, de plume; il traça à l'aide d'une clef sur les panneaux de bois de sa chambre, un poëme de cent strophes environ, en l'honneur du roi David, poëme où se trouvent des beautés réelles, pures de toute extravagance. M. D. en donne des échantillons remarquables.

OmITH (Joseph).

Visionnaire fameux, fondateur de la secte des Mormons, né en 1805, mort en 1844; il avança qu'un ange lui avait révélé où se trouvaient les plaques d'or ou YUrim-Thumim, c'est-à-dire, le pectoral du grand-prètre ; il les copia, les traduisit, guidé par l'inspiration divine, et entra ainsi en possession des livres sacrés de la religion nouvelle. Ces insanités trouvèrent de nombreux adhérents, et le rétablissement de la polygamie ne fut pas étranger au succès du mormonisme. Il serait superflu d'entrer ici dans des détails qu'exposent de nombreux ouvrages indiqués dans la Nouvelle Biographie générale, t. VII, 412, à l'article consacré à Bringham Young, second prophète souverain des Saints des derniers jours ; voir aussi, t. XLIV, 19, l'article qui concerne Joseph Smith.

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