EXPOSÉ. -— PLAN GÉNÉRAL
Pendant la guerre actuelle, la question de l’organisation des relèves, des soins préopératoires allait présenter un double intérêt : elle devait d’abord s'opposer, si possible, à l'augmentation de la léthalité avant l’ambulancé, signalée
au cours des dernières guerres ; de plus, il lui fallait par la
rapidité et la sécurité du transport remédier à l’aggravalion de l'infection, fonction du temps écoulé entre le moment de
[a blessure et celui de l'intervention. Ce dernier facleur, acquisition récente de la science chirurgicale, prenait pro-
gressivement une place prépondérante dans le pronostic des blessures graves.
Jusqu'en 1914, en effet, les ambulances pouvaient se lenir à quelques centaines de mètres, tout au plus à 2 ou 3 kilomètres du champ de bataille ; bien plus, la durée restreinte de l'engagement leur permettait souvent de venir s'installer le soir même sur le lieu du combat. Pendant la campagne 1914-18, dès que les circonstances le permettent, on tend à cette solution idéale : le chirurgten vient au blessé ; en secteur calme, les ambulances divisionnaires se portent à 7, 6, 3 kilomètres de la ligne de feu {amb. 1/7 3 de Pont-à-Mousson).
La création des multiples postes chirurgicaux avancés pendant la guerre de tranchées, est une autre expression de cette nécessité imposée au service de santé de la précocité dans les soins aux grands blessés. Par malheur, ce genre de formation n’a jamais pu fonctionner de façon salisfaisante au cours d’une bataille de quelque envergure. L’embouteillage immédiat, l'insécurité sinon du séjour, au moins des communications, ont privé les blessés de leur
secours au moment où il semblait le plus désirable.
Aussi l'expérience a-l-elle posé le problème sous une au-
Leysags. — Nouveau traité de Pathologie générale. Bouchard et Roger, Paris, 1912.
tre forme : remédier à l'éloignement forcé des ambulances par la rapidité et la perfection du transport du blessé depuis son point de chute jusqu'à la salle d'opération. Pa
Que représente ce transport pour un fracturé de cuisse ?
Théoriquement, aussitôt atteint, il est pansé par les brancardiers de sa compagnie ; ceux-ci, Sous la conduite du médecin auxiliaire, le portent au poste de secours du bataillon. Là, un médecin aide-major l’examine, le panse, lappareille ; de là il est amené sur brouette porte-brancard au Poste de secours régimentaire ; le Médecin-Chef du régi-
ment vérifie les soins donnés et l'envoie au Groupe des
brancardiers divisionnaires, où, après nouveau contrôle médical, il est mis en auto sanitaire à destination du centre chirurgical ; parfois du centre de fracture. Cette filière peut être suivie par le blessé accidentel d’un secteur calme, organisé.
= Pendant un combat important, la pratique est souvent différente de ces données réglementaires.
Be blessé, la cuisse cassée, rampe vers le ‘prochain fossé où il espère s’abriter du feu. Là, un camarade, Juimême souvent, applique sur la plaie un pansement individuel et au-dessus un lien constructeur en cas d'hémorragie. Là, il doit attendre, pour être relevé, une accalmie dans le
combat; c'est-à-dire pendant quelques heures, souvent jus-
qu'à la nuit. À ce moment, une équipe de brancardiers le cale sur un brancard plus ou moins déformé où détérioré, parfois sur une toile de tente ; l'un d’eux immobilise tant bien que mal la fracture avec une branche, un fourreau de baïonnelte ; enfin, il est apporté au poste de secours du bataillon. 11 y rencontre le premier médecin, installé lui aussi derrière un talus, ou dans un trou d’obus, sous une tôle ondulée ou dans une sape toujours incommode. Le
médecin doit partager son activité entre les multiples de-
voirs de sa charge : direction des relèves, reconnaissance du nouveau secteur, soins à la foule de blessés qui lenvironnent ; au plus tôt il expédie le fracturé au poste de secours régimentaire, parfois au G. B. D. Le blessé accomplit ce nouveau trajet sur lès épaules d’une autre équipe : les brancardiers divisonnaires. À destination, il trouve enfin
la première installation située hors de la mêlée du com-
bal ; elle est à l'abri du tir direct des mitrailleuses : il est
L' n. Dodé —
TS