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gouttière de Delorme n’immobilise pas. C’est un fait patent pour les fractures hautes ; le bord supérieur de la gouttière n'atteint pas le niveau du foyer de fracture ou le dépasse à peine de quelques centimètres. Sous l’action de ia pesanleur, la pointe du pied tourne en dehors : la gouttière, dépourvue d’ailerons latéraux, roule sur-le brancard, jusqu’à ce que le pied vienne y reposer par un de ses bords : d’où un décalage considérable du fragment inférieur. On pouvait du moins espérer que cette coque rigide, avec son matelas de coton, amortirait les chocs extérieurs ; mais le talon de la goultière vient le plus souvent poser sur la barre transversale d'accouplement du brancard ; les moindres chaos de la route sont intégralement transmis de la sorle sous forme d'une série-de chocs douloureux et dangereux. Bien plus, en cas de fracas important avec dilacération musculaire, Ja suppression de {ous points d'appui, levier osseux et tonus musculaire, iransforme l'extrémité distale en meribre ballant. La goutlière est progressivement repoussée par les secousses vers le siège du patient où la toile du brancard est distendue au maximum ; la déformation de la cuisse est portée à son comble.
Si la gouttière protège mal contre les nouveaux traumatismes, assure-l-elle au moins la contention après réduction? Les diagrammes radiologiques préopératoires pris à Parrivée: dans lambulance chirurgicale, répondent par la régative : les déplacements dûs aux contractions musculaires ne sont pas mieux corrigés que ceux qui dépendent des Chocs extérieurs. Ghevauchement, transposition, angulalion persistent et avec eux les menaces qui en découlent : l'observation rapportée par le Professeur -QuéÉNu à la Société de Chirurgie en est une nouvelle preuve : Piqüre de l'artère fémorale par une esquille chez un fracturé du fémur ; les goutlières métalliques constituent un mauvais moyen d'immobilisation pour l'évacuation des fracturés (1). En particulier, les parties molles, comprimées entre la gouttière et les pointes f'agmentaires sont conltusionnées, embrochées, dilacérées, d'autant plus que, dans lespoir d’une meilleure contention, le serrage des lacs à été plus prononcé ; l’action du fragrnent supérieur en particulier, pointant en haut et en dehors, tend à embrocher la masse du vaste externe et menace la peau.
Enfin la rigidité, la fermeture hermétique de cette enve-
() Soc. de Chir., t. XII, n° 14, 5 avril 1916, p. 876.
A2 loppe présentent d'autres inconvénients. Pour le membre blessé ? Obligation de s'adapter à la forme de la gouttière, de s’y mouler malgré l'absence des saillies et des méplais correspondant au creux poplité, au mollet, à la dépression rétromalléolaire, d’où compressions, hyperextension, douleurs et déformations surajoutées, parfois danger grave, dans les fractures sus-condyliennes. La présence de la chaussure vient porter le comble à cette gêne. Son absence favcriserait l'apparition des douleurs si connues et si intolérables du talon. Le membre est tout entier gêné dans sa circulation, manque d'aération, toutes conditions propres à agsgraver l'infection. Pour le Médecin ? Impossibilité de juger, sans l'enlever, de l'œdème de la jambe, du développément de la circulation collatérale, de la persistance d’une hémorragie dont sang et caillots s'accumulent invisibles au fond de la gouttière ; chose plus grave encore peut-être, le garrot S'y dissimule facilement (4). De
En résumé, la gouftière de Delorme n’a pas répondu aux espoirs fondés sur elle. Les autres modèles ont-ils été plus heureux ?
La gouttière en fil de fer possède 2 oreillettes latérales qui empêchent le roulis de la jambe el la surélèvent au-dessus du plan du brancard ; mais, ceci à part, elle-reproduit tous les autres défauts de la gouttière de Delorme. Ajoutens que la semelle est en équinisme prononcé, que Je serrage en esf difficile, que sa forme particulière donne au membre une attitude pénible surtout dans les fractures hautes.
La Raoult Deslongchamps, |a plus ancienne des 3, (2) s’est révélée la seule utilisable. Toujours munie de sa ceimture pelvienne, elle épouse assez exactement la forme du membre. De largeur réduite, simple attelle postérieure, elle ne s'oppose pas à la surveillance médicale. Modifiée au début de la guerre par Desror elle a pu rendre d'utiles services.
Mais en général, comme les autres gouttières, elle ne maintient pas la réduction, la contention y est infidèle.
En présence de ces insuffisance qualitatives, parfois mèê-
(1) LaARDENNoIS. — Réunion Médico-chirurgicale de la IIIe Armée, 21 février 1917.
(2) Du traitement des fractures des membres ; nouvelle méthode dispensant du séjour au lit et permettant le transport immédiat, sans douleur, du blessé au moyen des nouveaux appareils en zinc laminé. In-8°, Paris 1882.
(3) Soc. Chir., t: XI, n° 53, 4 nov. 1914, p. 1180.
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