‹ Les Fractures de Cuisse du Champ de Bataille à l'AmbulanceChapitre 27 sur 40 · PEN: GE · texte numérisé non relu

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tifs par des tubes de caoutchouc, marque un réel progrès. Dans la IT° Armée, ils furent d’abord distribués tels quels ; la fixation s’en faisait grâce à la fourchette du blessé: pour cela il faut placer la fourchette le dos appuyé sur un petit pansement, appliqué lui-même contre le point à comprimer ; on passe alors un des chefs du tube dans Fintervalle de 2 dents, on tire doucement sur le tube, on le rabal, au dessous, puis de l’autre côté du membre et on fixe le chef ainsi ramené entre 2 autres dents de la fourchette. On constitue de la sorte un garrot élastique à pelote d'appui électif ; le manche de la fourchette dépasse le pansement ; il fait office de signal d'alarme lors de l’arrivée du blessé dans une formation sanitaire.

- Le dernier garrot réglementaire distribué dans l’armée française en 1918, procède du même principe. La force élastique est toujours fournie par un tube de caoutchouc ; mais la fourchette est remplacée par une plaque métallique rec-

tangulaire, pourvue sur une face de 2 dents où se fixent les

chefs du tube de caoutchouc. Cette plaque est percée à ses 4 coins de petits trous par où passent les fils qui attachent à son autre face un tampon dappui.

Malgré ces perfectionnements, ce garrot est encore rudimentaire, son application est difficile et douloureuse. La pression qu'il exerce varie dans des proportions considérables suivant l'épaisseur el surtout la composition, la vulcanisation du caoutchouc. Même avec un tube neuf, bien calibré, il est impossible de doser l'effort au moment où l'on entoure le membre et fixe le tube ; car le degré de traction devrait être proportionné à l’embonpoint du sujet, à sa tension artérielle. Enfin la pose de ce garrot nécessite toujours au niveau du membre fracturé une mobilisation qui peut aggraver les lésions primitives.

Ces inconvénients, ces dangers réels ont provoqué lPactivité des chercheurs. La pratique de la sphygmomanométrie, des appareils à brassards les a naturellement orientés. vers le garrot pneumatique. Le modèle construit par le Dr Beaugrand à l’ambulance Auto Chirurgicale n° 7, nous à paru donner toutes garanties et diminuer considérablement le nombre des risques. Il est constitué par un tube de caoutchouc assez fort pour supporter, sans faire hernie, une pres-

sion de 30 centimètres de mercure ; une chambre à air de

motocycelette de 6» millimètres de diamètre répond parfaitement en pratique à ces désiderata. Le tube est entouré d’un manchon de foile forte, genre sangle, afin d'éviter le glisse-

ment de appareil sur'ie tronc du cône formé par la cuisse près de sa racine.

L'appareil est maintenu pur 2 courroies solides el souples, assez longues et pereées de trous d’un bout à Pautre. Le bouclage: doit toujours pouvoir être fait à la partie postéro-externe dela cuisse:

La largeur oplima parait être de 7 centunètres ; la longueur de 50 centimètres. L'expérience montre que, dans ces conditions, les extrémités du tube se croisent s’il est plus long ; or il est préférable qu'il resle entre ses extrémités un espace libre ; le croisement entraineraiÿ Penroulement des 2 chefs Fun sur Pautre. = 5

La communication de la cavité pneumatique avec l’extérieur est maintenue par un tube de caoutchouc ; sa fermreture est confiée (très simplement à une presselle à vis, remplaçable partout ; ce moyen est beaucoup plus sûr que les robinets d'arrêt qui ne présentent pas une garantie d’ébanchéité suffisante. La pression sera fournie au moment opportun par une forte poire de (hermocautère, amplement suffisante, Un manomètre mélallique, gradué jusqu'à 35 cen: limètres est annexé à la poire el indique à chaque instant le degré de Ja pression intralubulaire.

Pour interrompre & circulation dans une cuisse, il faut une pression qui peut atteindre 30 centimètres de mercure chez des sujels gras et non choqués. Mais l'adjonction d’une pelote, placée sous là manchelte dans là région de là fémorale, diminue la pression nécessaire d'un tiers environ.

Ce garrol peut être placé avec la plus grande douceur ; on le glisse sous le membre après l'avoir soulevé légèrement ; à ce moment, l'insufflation est poussée jusqu'à cessalion de l'hémorragie ; cette eessation indique la pression mathématiquement suffisante et nécessaire. I semble diff cie de frouver un moyen plus pratique et plus élégant de doser’ lw siriction. Par malheur, les circonstances n’ont pas permis de généraliser l'emploi de ce garrot.

N'y a-t-il donc pas: d'autre moyen de combattre les hémorra: gies; au: Poste de Secours ou: au G. B. Di? Nous ne le pensons: pas el l'expérience de la guerre actuelle semble: démontrer que la queslion des hémorragies, dans les fractures des membres, se confond avec la question des garrots.

En effet, les grands: hémorragiques par plaie ouverte de là fémorale meurent sur le terrain, immédiatement ; s'ils arrivent au posle de secours, ils ne saignent plus; mais ce

es er

sont des moribonds qui ne lardent pas à succomber à l'anéhe’aiguë : Pierre N..., 56° R. I, blessé à Cuvily, le 41 Avrit 1918 à 300 mètres du G. B. D., nous fut apporté la cuisse brisée, avec lésion de l’artère-fémorale; il était tombé dans une mare de sang et, malgré la promptilude des secours qui lui lurent portés, mourait quelques minutes après. Aussi comprend-on facilement la hâte apportée par les blessés ou leurs camarades à «digaturer » le segment du membre atleint dès - la blèssure reçue. Ceci explique que tous les hémorragiques, -ou soi-disant els, soient déjà à leur passage au poste de se- COUPS, non plus des hémorragiques, mais des garrottés, plus ou moins légitimes d’ailleurs. C'est aussi de cette facon sans doute qu'il faut entendre l'affirmation suivante du Dr BABIN dans Ta « Pratique du Poste de Secours avancé ». « Je n'ai famais vu dhémorragie nécessitant un garrot. » Est-ce à dire-que lé rôle du médecin soit nul désormais ? extrême urgeñce de la complication justifie, sur Ha ligne de feu, la précipitation souvent aveugle apportée à la com- - battre. Par contre, au poste de secours, au G. B. D., les conditions matérielles meilleures, la présence d'un technicien de sang-froid commandent au plus {ôt une révision sérieuse de ces garrols, les uns posés à tort, les autres de mauvais aloi, parfois lrop serrés, tantôt insuffisants. L'Official Copy anglaise consacre aux détails de celte nécessité presque tout son chapitre sur Fhémorragie « L'usage systématique du garrot ne saurait être trop sévèrement condamné » y est-il écrit; et plus loin : « le devoir urgent du premier officier sanitaire qui le voit est, d’abord, de l'enlever. » e

Pour nous, nous avions adopté la ligne de conduite suivante :

Après avoir enlevé le pansement, nous coupions tous les liens brulaux et procédions à l'examen de la plaie, de son siège, de ses orifices, de son aspect ; examen plus où moins

. facilité par le degré de sa béance. Parfois, nous nous trouvions en présence (l’un membre déjà ædémalé, livide, avec taches cyanotiques, refroidi ; la plaie était toute entière com-

blée de caillots adhérents, cohérents, noirâtres sur lesquels serpentait un très mince filet rouge, véritable suintement en surface du caillot ; dans d’autres cas, les faibles dimensions de l’orifice cutané de Ia plaie ne permettaient aucune explo-

re

ration visuelle ; l'écoulement sanguin était alors nul et la trace de lhémorragie primitive persistait seulement sous forme d’un hématôme visible et palpable sous les téguments; exceplionnellement, 3 fois sur 60 hémorragiques passés à notre poste spécial, il nous a été donné de constater une hémorragie en jet : dans ces 3 cas, il s'agissait d’une artère axillaire imparfaitement comprimée par un garrot : la hauteur de la plaie ou le glissement du garrot sur le moignon de l'épaule lempêchaient de rempli convenablement son rôle.

L'interrogatoire du blessé nous apprenait qui avait posé le garrot : médecin ou camarade ? Pourquoi : jet de sang ou suintement ? :

Enfin la recherche systématique du pouls distal à la pédieuse et à la tibiale postérieure, complétait notre examen clinique.

Si cette vérification apportait la preuve qu'il s'agissait bien d’un lien injustifié et uniquement nuisible, nous le sûpprimions purement et simplement. Dans 30 cas sur 60, nous avons pu agir de la sorte, sans aucune récidive hémorragique ; les chirurgiens qui contrôlaient nos blessés aux étapes suivantes nous en ont donné l’assurance.

Si, au contraire, le siège de la blessure, ses caractères, l'absence de pouls périphérique nous laissaient quelque doute, nous substituions au premier lien brutal un autre moyen d’hémostase. |

Théoriquement, nous aurions préféré employer la Jliga- Lure du vaisseau atteint. Mais une ligature aurait comporté commé temps préparatoire le débridement et le neltovage de la plaie, au minimum ; en un mot une intervention chirurgicale complète destinée à trouver le vaisseau intéressé, puis à Tl'aveugler. Ces manœuvres auraient été tout à fait déplacées d'habitude dans les circonstances de temps et de lieu où nous nous trouvions. Mises à part, les exceptions constituées par les 3 axillaires précédemment citées, nous nous sommes loujours bornés à replacer un garrot aussi correct que possible, procédé rapide et qui n'expose pas la plaie à de nouveaux contacts.

Nous complétions ces soins en hâtant encore, si possible, l'évacuation des garrottés persistants, en les faisant signaler aux ambulances opératoires par des fiches très apparentes et oralement, par le conducteur de la voiture où ils trouvaient place.

- Nous avons pleine conscience de limperfeclion regretta-

ble d’une pareille méthode : le garrok est un mal ; il nous a paru un mal nécessaire dans les conditions spéciales envisagées ici. S'il a contribué à faire sacrifier trop de membres, il à réussi par contre à sauver quelques existences et nous croirions agir à contre sens en demandant sa suppression.

I1 serait préférable d'essayer d'en diminuer les dangers tout en en conservant les avantages.

Pour arriver à ce résultat, il serait souhailable de multiplier en première ligne les agents simples d'hémostase élastique ; le tube de caoutchouc avec plaque d'appui électif nous semble tout indiqué pour ce stade. Cette vulgarisation aurait un double avantage ; permettre immédiatement toutes les hémostases d'extrême urgence ; supprimer les redoutables agents de stricture trop brutale ; fil téléphonique ou cordon de soulier.

Dès le G. B.-D., après examen systématique de tous les garrots, un garrot pneumatique, analogue au modèle du Dr

= BEAUGRAND, fournirait un moyen souple et réglable de pro- Jonger avec de moindres risques les hémostases nécessaires:

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