‹ Les Français au CanadaChapitre 7 sur 10 · L ES FR A N Ç A IS A U C A .Y A T) A · texte numérisé non relu

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sa seigneurie de Saint-Michel, de vastes hangars d'où partaient les chargements. Ils avaient, paraît-il, pour complice dans ce commerce clandestin, le contrôleur de marine Bréard.

Il n'est que juste de dire que la construction d'un grand nombre de forts, élevés sous l'administration de Bigot, à d'énormes distances sur les frontières, tels que Beauséjour, Duquesne, Machault. la Presqu ilo et bien d'antres, dont l'approvisionnement était aussi difficile que coûteux, avait légifimomentaugmenté les dépenses de la colonie; celles de la guerre étaient ensuite venues s'y ajouter. C'était à l'intendance, dont relevaient toutes les questions de finances, à voir à ce que les magasins du roi. établis dans chaque poste, fussent pourvus de tous les approvisionnements nécessaires aux garnisons des forts cl aux tribus sauvages. De concert avec le contrôleur do la marine Bréard, l'intendant était entré en société avec la maison Gradisli, de Bordeaux, qui remplissait leurs commandes et les expédiait au Canada. Bigot avait fait élever à quelques pas du palais un vaste entrepôt destiné à recevoir les marchandises, et il y avait nommé comme garde-magasin un commis du nom de Clavery , que lui avait complaisamment fourni le sieur Estèbe, lequel était lui-même garde-magasin du roi. Le but secret de cette spéculation était d'accaparer le commerce et surtout de vendre aux magasins du roi ; mais, pour couvrir les apparences, on faisait le commerce de détail.

Chaque année l'intendanl envoyai! à la cour l'état de tout ce qui était nécessaire à la colonie pour l'année suiAanle; il avait le soin do faire des demandes

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Insuffisantes, et fournissait ainsi le prétexte de prendre à l'entrepôt ce qui manquait aux magasins du roi. On trouva aussi le moyen de vendre plusieurs fois la marchandise au roi. et toujours à des prix plus élevés.

Le public ne larda pas à s'apercevoir de ces fraudes, et, ne pouvant y remédier, s'en vengea par un la//i caractéristique : la maison interlope s'appela (( la Friponne ».

L'exemple parti de si haut devint contao-ieux, d'autant plus que les dépositaires de l'autorité ouvraient eux-mêmes toutes grandes les portes de l'intrigue et du péculat. La Grande Société eut bientôt des ramifications jusque dans les postes les plus éloignés. Des favoris, mis à la place des fonctionnaires intègres, firent en peu de temps des fortunes aux dépens du roi.

La misère à Montréal était moins grande qu'à Québec ; mais, en revanche, le commerce y était encore plus paralysé. Varin. commissaire de la marine, et Martel, garde-magasin du roi, s'étaient emparés de tout le trafic.

On vit s'élever à Montréal une succursale de la Friponne, dont la direction fut confiée à Pénisseault et à Maurin. deux autres personnages restés en vue dans la galerie des ])illards sans vergogne.

Louis Pénisseault, (ils d'un avocat de Poitiers, tenait une maison de commerce à Montréal, lorsfpi'il épousa (lyT^^i) iVlarie- Marguerite Le Moine de Martigny, issue d'une des meilleures familles du Canada. D'un caractère vif et pénélraiil. ahMte dans ses allures, il était excellent organisateur, habile en loule espèce de transactions, mais d'un esprit faux e! d nne insij'ne niauNaisc foi. sans uiomiis (rMilloiirs. (oininc

Fa plupart de ses pareils. N'ayant pas eu d'enfants, il ne fut pas heureux en ménage et vécut presque séparé de sa femme. Ce fut le malheur de M'"'' Pénisseault. Elle était d'une rare heauté, « et avait des qualités d'esprit qui la faisaient regarder avec admiration. Sa conversation était libre et enjouée; » il y avait dans toutes ses manières quelque chose de grand qui dénotait de la naissance.

Elle menait grand train, avait un salon recherché, à cause des grâces de sa personne et de son esprit ; mais elle avait le tort de manquer de discernement et d'inviter à sa table plusieurs des parvenus qui remplissaient alors les bureaux de l'administration. M""^ Pénisseault attira trop l'attention du chevalier de Lé vis. qui se laissa captiver par ses charmes. Son assiduité au salon de cette femme, déjà regardée comme légère, acheva de la com])romettre el attira sur M. de Lévis les sévérités de l'opinion.

Le petit bossu, difforme, à la physionomie et au maintien sinistres, réputé l'être le plus laid de la colonie, qui répondait au nom de François Maurin , était natif de la Saintonge. Plein d'esprit, de talent, de ressources, expert dans le négoce, rapace, quelquefois généreux par vanité, ce petit Thersitc était le digne acolyte de Pénisseault. L'un el l'autre semblaient s'être donné la main pour écraser le peuple par leur arrogance et insulter à la misère pidjlique par leur opulence et leur faste.

Pénisseault. chargé de la visite des postes, de la construction ou de la réparation des entrepôts, de la nomination des employés, en profila pour y organi- ■^('i- le pillage en règle au profil de la Grande Société.

Les fonctionnaires probes furent écartés, pour faire place à des individus plus dociles, ou, comme on disait communément. « à des gens cpii ne se mêlaient point d'examiner ce qu'on leur faisait faire. »

L'entretien des postes devint dès lors une ruine pour l'Etat. Tout fut un prétexte au pillage : la qualité des effets, leur quantité, leur transport, leur emmagasinement, leur vente, leur distribution.

Ainsi Cadet, qui s'était offert à fournir des rations aux mallieurcux Acadiens réfugiés au Canada, leur fit distribuer de la morue gâtée, qu'il chargea au compte du roi à un prix exorbitant.

Le conlracteur chargé du transport des marchandises ou du matériel de guerre oblenait l'ordre de faire des réquisitions le long de la route. L'habitant, aimant mieux se prêter à une corvée gratis que d'être toute une campagne éloigné de chez lui , se soumettait à la réquisition; et le contracteur en augmentait d'autant son profit.

Le commandant d'un fort, sous prétexte de gagner l'esprit des sauvages ou de les envoyer en parti de guerre, grossissait leur nombre outre mesure pour obtenir une plus grande quantité de présents. Au lieu de les distribuer, il les vendait pour des fourrures. qu'il commerçait ensuite à son ))rorit.

L'auteur des Mémoires sur le ddiuida prétend (ce qui n'est guère vraiscnihlahle) cfuo Le \ errier, bcaulils (In gouverncui', oflicior ni l)ra\e. ni spirituel, commantlanl à Michiliniakinac. fil un jour un certilical (le dix niillr livres au lieu de dix. •■! . ajipreiiniil (pie ce conipli- avait été ac(piilt(', il conlinna sur le même pied, \ussi i('\inl il ascc iiik^ lorlunc.

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