PREFACE XI
L'œuvre du chemin s'est, accomplie dans l'ancien monde en des milliers d'anne'es; ici, en deux siècles au plus. Il existe encore des hommes qui ont connu ces premiers « ingénieurs des chemins )> que furent les troupeaux de buffles. Un tel exposé prend, ainsi, quelque chose de réel, de précis, qui fait pénétrer jusqu'aux racines mêmes de la civilisation américaine : <( Il existait toute une classe d'ingénieurs topographes, antérieurs aux écoles et prétendant moins à linfaillibilité que ne le font d'ordinaire les géomètres. Ce sont les animaux sauvages : le buffle, le daim, l'antilope et l'ours, qui traversent la forêt, guidés nonparlecompasmaispar l'instinct, lequelles conduit toujours sur le bon chemin, à savoir : aux cols les moins élevés des montagnes, aux gués les moins profonds des rivièfes, aux pâturages les plus riches des forêts, aux meilleures sources salines et à la voie praticable la plus directe entre deux points éloignés l'un de 1 autre. Ils circulent surdes milliers de milles, opèrent leurs migrations annuelles dans les deux sens et ne manquent jamais de choisir le chemin le plus facile et le plus court. Ce sont ces ingénieurs primitifs qui tracent les premières routes dans un pays neuf; les Indiens la suivent et font de la piste d'un buffle une véritable route stratégique. Les premiers chasseurs blancs empruntent encore les mêmes pistes pour poursuivre leur gibier; et, alors, l'ex-chemin des buffles se transforme en une route carrossable pour le service de l'homme blanc, en attendant qu'il devienne la route macadamisée ou la voie ferrée de l'homme de science ».
Voilà donc les grandes lignes delà civilisation tracées sur le sol ; maintenant les villes n'ont plus qu'à