XII PRÉFACE
s'agglomérer : ce sont « les cités occidentales issues des chemins de portage français». Alors, apparaît l'Américain définitif, Ihabitant des villes, fils de cette étonnante et rapide adaptation de l'Européen à la terre si récemment découverte : cette série de générations, où le coureur-des bois devient le Yankee, trouve son exposé psychologique dans le chapitre: « De La Salle à Lincoln» ; ainsi apparaît la création magistrale des xviii^etxix^ siècles, lapersonne-nation qu'est le peuple américain. « La vallée de la nouvelle démocratie », est personnifiée par un homme, Washington.
Washington a commencé sa vie militaire en luttant contre les Indiens et contre les Français ; il l'a portée à son apogée par la guerre de l'Indépendance en absolue confraternité d'armes avec La Fayette et Rochambeau. Ainsi le cycle s'achève : la France était là aux origines, elle est encore là à l'épanouissement. D'où son rôle intense, persistant, invisible et puissant dans le développement prodigieux de la puissance américaine. L'Amérique ignore le plus souvent cette influence ; mais elle la subit. Car les cadres de son existence, certains traits de son esprit, certains caractères de son gouvernement résultent de la première organisation de la colonie française : le tempérament d'un peuple, comme celui des individus, se forme dès le berceau. « Car qui sont, en somme, ceux qui gouvernent? Selon le mot de Bismarck, c'est la multitude invisibledes esprits, la nation d'hier et celle de demain. Et cette invisible multitude des esprits d'hier et des esprits de demain, de ceux qui ont la bouche fermée par la poussière et de ceux qui n'ont pas encore revêtu un corps humain, parleront