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A SE RAPPROCHER DES ANGLAIS

avoir notre armée à deux lieues d'eux, mais parce qu'il n'y a pas assez de vivres.» On avait, en eiïet, tiré, de ces deux platées, des munitions considérables pour approvisionner l'armée qui assiégeait Valenciennes.

Mazarin faisait, dans cette dépêche du 24 juillet, un grand éloge du colonel Lockhart, qui avait suivi la cour à la Fère. « On est ici, écrivait-il, extraordinairement satisfait dudit colonel, étant impossible d'agir plus obligeamment qu'il fait, et véritablement la manière dont il en a usé, dans le malheur qui nous arrive, mérite que vous en fassiez des remerciements à M. le Protecteur, de la part du roi, et que vous lui disiez, de la mienne, que j'ai été fort touché de toutes les offres qu'il nous a faites. » Il est évident que Mazarin cherchait, par ces éloges, à se concilier l'ambassadeur d'Angleterre, qui ne manquerait pas d'en être inl^ormé par Gromwell. Mais Lockhart dissimulait, sous des formes extérieures de politesse et d'amitié, une sagacité peu bienveillante. Il n'avait pas eu de peine à pénétrer les négociations de Mazarin avec les Espagnols, et il en avait informé Gromwell *. « M. le Protecteur, écrivait le président de Bordeaux, appréhende les suites du voyage de M. de Lionne ^ » Il fallait surtout s'efforcer de

* D'après Vittorio Siri, ce fut Mazarin lui-même qui prévint Lockhart de l'envoi de Lionne en Espagne, Nous verrons, en effet, qu'il lui en parla, mais après l'échec de Valenciennes.

2 Affaires étrangères, Angleterre, t. 67, f» 227.

2(j RUPTURE DES NÉGOCIATIONS

dissiper ces soiii)COiis. Mazarin n'y manqua pas ; il eut avec le colonel Lockliart une explication dont il rendit compte au piésident de Bordeaux dans une dépôche du 8 aoûtiG5G' : « J'ai parlé à fond à M. le colonel Lockliart du voyage et de la négociation de M. de Lionne, afin qu'il en \)hl écrire en détail à M. le Protecteur. Sur quoi, je vous dirai, en deux mots, que, quoique nous fussions bien assurés que les Espagnols n'étaient nullement disposés à la paix, on jugea, pour chose absolument nécessaire, défaire cette mission, afin que leur intention fût connue de tout le monde, d'autant plus qu'ils publiaient hautement que, si le roi eût seulement consenti à envoyer une personne eu Espagne, la paix aurait été conclue en deux jours, le roi catholique étant tout à fait disposé à y apporter les dernières facilités, et c'a été un grand bonheur pour nous d'avoir pu faire paraître à tous, nonobstant ces artifices des Espagnols et les autres [artifices], dont ils se sont servis pour persuader au pape et à tous les princes de la chrétienté qu'ils souhaitaient avec passion de contribuer à son repos et que la France seule en empêchait l'exécution, qu'ils en sont, en effet, plus éloignés que jamais, prétendant des conditions si injustes, que le roi fera la guerre, toute sa vie, avec l'approbation générale, plutôt que de les

* Affaires étrangères, ibid., t. Ct(i, i" 272. A en croire Rordeaux, l.ockhart ne se laissa pas facilemenl persuader et continua, pendant quelque temps, à entretenir la déliance de Cromwell contre la France.

AVEC L'ESPAGNE (Sept. 1650). 27

accorder. Nous attendons le retour de M. de Lionne, avec l'éclaircissement en bonne forme, pour faire avouer aux plus critiques et à tous ceux qui sont le plus mal intentionnés pour la France, que, si la paix ne se fait pas, la seule injustice des Espagnols en est la cause. »

A l'époque où Mazarin écrivait cette dépêche. Lionne n'avait pas encore reçu les instructions supplémentaires qu'il avait demandées à la cour'. Mais, dès ce moment, sa négociation ne pouvait plus être sérieuse. Lionne s'y obstinait, cependant, et aurait voulu avoir la gloire de conclure la paix. Mais ses discussions avec don Louis de Haro tournèrent toujours dans le môme cercle^. N'ayant pu arriver à aucune conclusion, il quitta Madrid dans les derniers jours de septembre 1656. L'abbé Vittorio Siri, que Lionne ramena avec lui en France, raconte que cet ambassadeur lui déclara que Mazarin n'avait pas eu l'intention réelle de conclure la paix avec l'Espagne ^; le fait paraît incontestable en ce qui concerne les négociations qui suivirent l'échec de Valenciennes. L'aveu de Lionne est conlirmé,pour

* D'après M. Valfrey (p. 39), la réponse de la cour n'arriva à Madrid que le 3 septembre 1656.

2 Ou en trouvera les détails dans M. Valfrey, p. 39 et suiv. Dans les derniers jours, on parla incidemment de la possibilité du mariage de Louis XIV avec l'infante Marie-Thérèse ; mais ce projet fut écarté par les Espagnols.

^ Manuscrit des Affaires étrangères intitulé : Histoire des troubles de la France, t. 111, f" 525 v».

58 SIKGE ET PRISE DE COXDÉ

tiollc époque, par la déclaralion de la dépêche du 8 août, que nous avons citée plus haut '. Mazarin revient encore, dans une dépêche du IV) novembre -J65G, sur la cause de la rupture des négociations et l'impute aux demandes faites par les Espagnols en faveur de Condé. « Si Sa Majesté, écrivait-il au président de Bordeaux-, accordait le rétablissement du prince de Condé dans tous ses gouvernements de places et de provinces et dans ses charges, et le tout à l'instance du roi d'Espagne, ce ne serait pas faire la paix, mais une trêve, qui durerait autant de temps qu'il faudrait auxEspagnols pour raccommoder leurs aflaires, venir à bout du Portugal, faire la paix avec l'Angleterre, donner ordre à tout ce qui leur fait peine en Italie, amasser beaucoup d'argent et recommencer la guerre, dans deux ou trois ans, à meilleures enseignes, avec assurance que le prince (de Condé), qui leur aurait obligation des avantages qu'il remporterait à présent par leur moyen, hésiterait d'autant moins à s'engager de nouveau avec eux, qu'il verrait plus d'apparence à faire réussir les projets qu'il avait faits contre cette couronne. »

En rompant avec l'Espagne, Mazarin prenait toutes les précautions nécessaires pour que l'échec de Valenciennes n'eût pas de conséquences funestes, et qu'une étroite liaison avec l'Angleterre permit à la

* Ci-dessus, p. 26.

- Affaires élrangèrcs, ANCiETEnnE, t. HO, ^291.

PAR LES ESPAGNOLS (Août 165()). 29

France de reprendre bientôt l'avantage. Après la levée du siège de Valenciennes, les généraux espagnols avaient formé le siège de Gondé. Le marquis du Passage y commandait une garnison nombreuse, qui s'était encore accrue par l'arrivée de soldats du corps d'armée de la Ferlé, qui avaient cherché un asile dans cette place. Mais les vivres manquaient, et Mazarin craignait que cette garnison, forte de plus de quatre mille hommes, ne fût contrainte de se rendre prisonnière. 11 eut une entrevue, à Guise, avec Tuienne, pour tâcher de prévenir ce malheur. Là ils reconnurent, comme l'écrivait Mazarin \ (( qu'il élait impossible de secourir Gondé ni d'obliger les ennemis à accorder une capitulation honorable à la garnison qui était dans ladite place, tandis que M. deTurenne demeurerait sur la Sambre, où il ne donnerait pas la moindre jalousie (inquiétude) aux ennemis. » Il fut convenu que Turenne « marcherait en diligence sur la Lys, afin que l'appréhension que les ennemis auraient d'exposer leurs places (de Flandre), les portât, malgré eux, à accorder des conditions raisonnables à M. du Passage, et surtout à se désister de la prétention de fiiire les soldats de la garnison prisonniers de guerre. » L'événement prouva que ces mesures avaient été prises fort à propos : les Espagnols voulant aller

* Lettre au président de Bordeaux (Aff. élr., ANGLETiinnE, t. 66, f" 272). — Comparez les Mémoires de Turenne, p. 480; ils sont moins explicites que la dépèche de Mazarin.

30 SIÈGE ET PRISE DE LA CAl'ELLE

au secours des places de la Lys, s'empressèrent d'accorder au gouverneur de Condé (18 août) les conditions qu'il avait demandées, c'est-à-dire la liberté de sortir, avec armes et bagages, de la place assiégée. Cette garnison alla rejoindre Turenne, et le maréchal se trouva alors en état de reprendre l'olTensive. Il assiégea la Gapelle ', place qui était regardée comme un des boulevards de la Picardie.

Pendant ce temps, Mazarin s'était rendu à la Fère, avec le jeune Louis XIV, qui aurait voulu rejoindre l'armée de Turenne. Mais le cardinal lui persuada « que son service et sa dignité ne pouvaient pas permettre » qu'il s'avançât plus loin'-. On croyait, à ce moment, que les Espagnols, qui avaient mis le siège devant Saint-Guillain et qui le levèrent pour venir au secours de la Gapelle, livreraient bataille à Turenne. « Il ne faut pas douter, écrivait le cardinal à la reine, le 26 septembre^, que les ennemis ne soient venus en résolution de tenter le secours de la Gapelle, et que, si don Juan et Garacène croient le prince de Gondé, on tentera tout pour cela, mais

' Cette ville n'est plus aujourd'hui qu'un chef-lieu de canton du département de l'Aisne. Loret {Muze historique, lettre du 30 septembre 1G5G) vantait l'importance de la Gapelle :

Pelilc, mais fort régulière

Et qui vaut (ce m'a-t-ou mande)

Un peu trois fois mieux que Conde'.

- Lettre de iMazarin à la reine (Aff. étr., France, t. 27-2, P 86). ^ Ibidem.

PAR TURKiNNE (Sept. 1656). 31

notre armée étant retranchée, plus forte que celle des ennemis, an moins de quatre à cinq mille hommes, et très bien postée, puisqu'ils seront contraints de passer par un défilé en notre présence, nous devons espérer que, si Dieu laisse agir les causes secondes ', nous aurons un bon succès, et toujours il serait très glorieux aux armes du roi, si on prend la Capelle en présence des ennemis, après leur avoir fait lever le siège de Saint-Guillain. »

Ces prévisions se réalisèrent: les Espagnols n'osèrent pas attaquer Turenne dans la forte position qu'il avait prise, et la Capelle se rendit le 26 septembre-. La marche des ennemis, qui s'étaient avancés jusqu'aux ligues françaises, n'avait servi, écrivait Mazarin à la reine, qu'à rendre « plus glorieuse la prise de la place, et leur honte plus éclatante d'avoir levé le siège de Saint-Guillain, pour venir voir prendre la Capelle. y>

On apprit, en même temps, que Valence, place du duché de Milan, située sur une hauteur de la rive droite du Pô, venait d'être prise par le duc de Modène, qui commandait les troupes françaises en Italie. « La conquête [de cette ville], écrivait Mazarin au

* Ces expressions de la langue ihcologiqne peuvent se traduire ainsi : Si Dieu n'intervient pas d'une manière surnaturelle.

2 Lettre de Mazarin à la reine, en date du 2G septembre (ibid., î° 113). La retraite des Espagnols irrita Condé. a. Tout le monde assure qu'il y a eu de grosses paroles entre le prince de Condé et don Juan, et qu'ils se sont séparés fort mal. » (Mazarin à la reine, 28 septembre, ibid., fo 125.)

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