‹ Les Français d'aujoud'huiChapitre 9 sur 229 · CONOI': FAIT LEVER LE SIÈGE · texte numérisé non relu

CONOI': FAIT LEVER LE SIÈGE

de palissades'. Des ponts furent jetés sui- l'Escaut et assurèrent les communications entre les divers corps de l'armée française. Le maréchal eut la précaution d'y ajouter une digue pour arrêter l'inondation '-. Tant que Turenne commanda seul, le siège fut bien dirigé, mais la Fcrté, que la maladie avait retenu quelque temps loin de l'armée, vint malheureusement, après sa guérison, prendre le commandement de la partie des troupes françaises, qui était surtout menacée par les ennemis. Les contemporains vantent sa bravoure, mais ils reconnaissent qu'il agissaitplus par passion quepar réflexion. Sa jalousie contre Gassion avait, en 4643, exposé l'armée de Coudé au plus grand danger, la veille de la bataille de Rocroi \ Le lendemain de cette bataille, la Ferté ayant voulu réparer sa faute par des actions d'éclat, s'était lancé, à la tête de sa cavalerie, au milieu des ennemis et avait été fait prisonnier \ Il se montra aussi téméraire au siège de Valenciennes. Il fit supprimer un des deux retranchements, «qui couvraient

* L'ambassadeur vénitien, Giiistiniani, clans une lettre du 3 juillet ir)5G(Bibl. nat., Fiha 119, f° 88), parle du soin qu'avait pris Turenne de forlilier son camp ; il mentionne des retranchements garnis de pieux : « Garnite di molti palli per render ail' inimico... et diflicile et duro il cimente. »

2 « (^on mirabile sollecitudine e diligenza Turenna vi providde oonsiruendo una diga clie servendo d'argine ail' inondatione, etc. » (Lettre de Giustiniani du 3 juillet, ibidem.)

■^ C'est le jugement de la Moussaie, que nous avons cité dans VUistoire de France pendant la minorité de Louis XIV, t. I, p. 78.

* II) idem, p. 8i.

DE VALENCIENNES (16 Juillet 1G5G). 23

son camp, en disant qu'il en avait assez d'un devant ses troupes ' )).

Gondé connaissait la Ferté, et ne manqua pas de profiter de son imprudence. Dans la nuit du 15 au 16 juillet, il attaqua le camp de ce maréchal et y trouva peu de résistance. L'infanterie fut taillée en pièces, ou prit la fuite. Le maréchal de la Ferté tenta vainement d'arrêter l'ennemi, à la tète de sa cavalerie ; il fut fait prisonnier, avec plusieurs de ses lieutenants généraux. Pendant ce combat, la garnison et les habitants de Valenciennes firent une sortie et se joignirent aux troupes espagnoles, pour achever la délaite du corps d'armée de la Ferté. Le débordement de l'Escaut empêcha Turenne de marcher au secours de son collègue; mais, du moins, il se retira en bon ordre, à la tête des troupes qu'il commandait et alla camper sur une hauteur près du Quesnoi. Il y fut rejoint par une partie des fuyards du camp de la Ferté, et lit si donne contenance, que les ennemis n'osèrent l'attaquer.

L'échec de Valenciennes ne laissait plus guère d'espoir de conclure la paix avec les Espagnols -.

* Mémoires de Paijmjur, p. 209.

-Lorcl, qui, comme nous l'avons vu ci-dessus, p. 18, note 1, avait annoncé, dans sa Muzc historique, l'espérance d'une trêve entre la France et l'Espagne, se hâta de démentir cette nouvelle :

... Dos que le roi catholique Eut appris, par la voix publique.

De Valenciennes le secours, L'allaire prit un autre cours.

(Li'ttro du li oclobre 1C36.)

21 MAZARIN CIIERCIIE

Leurs prétentions, (jui avaient déjà paru exorbitantes antérieurement, devaient s'accroître avec leurs succès. Aussi Mazarin chercha-t-il à se rapprocher des Anglais et à leur persuader que l'affaire de Yalcnciennes n'avait pas la gravité que les Espagnols lui attribuaient. Quelques jours après la levée du siège, le 24 juillet '1650, il adressait au président de Bordeaux une lettre ', où il atténuait les pertes essuyées parla France, et vantait la retraite de Turenne, « avec toute sa cavalerie, infanterie et bagages et douze pièces de canon. Il a fait ferme, ajoutait-il, et tenu' toujours tête aux ennemis, sans que, durant quatre ou cinq jours qu'ils ont été en présence, ils aient pu l'obliger à faire un pas en arrière. II sera bon que vous donniez part à M. le Protecteur de ce petit revers, qui ne laisse pas d'enorgueillir les Espagnols à tel point, qu'ils se vantent déjà de vouloir détacher un corps de leur armée pour envoyer en Angleterre ; mais ils sont bien loin de leur compte, et j'espère mettre les choses en état qu'ils s'en apercevront clairement, avant la fin de la campagne. »

Mazarin craignait surtout pour les dernières conquêtes de la France, Gondé et Saint-Guillain, « non pas, ajoutait-il dans la même dépêche, que les ennemis soient en état d'attaquer ni l'une ni l'autre par force, tant à cause des garnisons qu'il y a que pour

^ Affaires étrangères, Angi-ETEhre, t. GO, f 200. I.a miiiufe de cette dépêche est en partie aulograplie.

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